Les médias, les distributeurs, les banques, les chaînes de restauration… tous se mettent aujourd’hui à proposer à leurs clients des applications à télécharger sur un smartphone. Le futur de l’internet sera mobile, entend-on souvent dire. Mais y a-t-il suffisamment de développeurs en Belgique pour faire face à cette révolution ? L’économie belge peut-elle tirer parti de cette nouvelle donne ou va-t-elle laisser cette activité filer à l’étranger ?

Mobile Monday, un réseau informel qui cherche à réunir tous les acteurs de la chaîne de valeur ajoutée du mobile et à les mettre en valeur a voulu prendre le pouls de la communauté des développeurs belges. Pour ce faire, il a envoyé un questionnaire via le Net. 70 développeurs ont répondu, un chiffre jugé représentatif par Tanguy De Lestré, projet manager chez Agoria (fédération de l’industrie technologique) et cheville ouvrière du Mobile Monday en Belgique.

Premier élément de portrait : une bonne partie des développeurs belges travaillent dans des start-up (23 %) ou en tant qu’indépendant (16 %). Ils sont désormais plus nombreux que les amateurs qui considèrent cette activité comme un hobby (17 %). C’est un signe que le secteur se professionnalise même si 32 % des répondants déclarent toujours ne pas pouvoir vivre du développement d’applications. « La Belgique accuse un gros retard par rapport à d’autres pays, note Tanguy De Lestré puisque seuls 18 % des développeurs travaillent au sein des départements marketing ou informatique d’entreprises ou chez des intégrateurs (NDLR : sous-traitants informatiques). Ce taux est de 50 % à l’international d’après les enquêtes dont on dispose ».

Il souligne néanmoins les handicaps de notre marché : une petite taille, un équipement en smartphones pas très élevé et un coût des abonnements data encore élevé si on le compare par rapport aux pays voisins.

Sans surprise, ils travaillent surtout sur la plateforme iOS d’Apple

La plupart des développeurs proviennent d’Anvers, de Bruxelles et du Brabant flamand. Ils lancent souvent entre 1 et 5 applications par an mais la part de ceux qui en créent plus de 10 augmente. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les développeurs ne travaillent pas tous sur des jeux. Ce type d’application n’arrive qu’en quatrième position, derrière les utilitaires, les applications de productivité et de business. Sans surprise, ils travaillent surtout sur la plateforme iOS d’Apple. Viennent ensuite Android et HTML (web). Quand on les interroge sur les plateformes pour lesquelles ils ont l’intention de travailler à l’avenir, Window Phone 7 arrive en tête, suivi de Android et HTML.

Pour aider les développeurs à mieux se faire connaître et montrer aux entreprises belges tout le vivier de talents qui existe sur le marché, Mobile Monday organise ce lundi soir la seconde édition de son Apps marathon. 17 développeurs viendront présenter leur application devant un public composé de professionnels du monde de l’ICT, des médias, des télécoms… La meilleure application recevra un prix de mille euros.

Le parcours du lauréat de l’année dernière illustre parfaitement le potentiel qu’offre ce marché pour de jeunes entrepreneurs. Fondée en juin de l’année dernière, l’entreprise gantoise In the pocket emploie aujourd’hui 16 personnes et s’attend à réaliser un chiffre d’affaires d’un million d’euros à la fin de l’année. Ses clients ? VRT, SBS, MTV, Mars, Samsonite, VW, Dexia, Autogrill…

« Ces six derniers mois, la demande a véritablement explosé », témoigne l’un de ses fondateurs, Louis Jonckheere. Le message de Mobile Monday – « il y a des compétences sur le marché qui ne demandent qu’à être utilisées » – ne devrait que mieux passer auprès des entreprises.

Jean-François Munster