Google a créé la surprise ce lundi en annonçant le rachat en cash pour 12,5 milliards de dollars du fabricant américain de téléphones portables, Motorola Mobility. Ce rachat vise, selon Google, à renforcer l’écosystème Android, son système d’exploitation qui tourne aujourd’hui sur 150 millions de smartphones de par le monde.

Les liens entre les deux firmes sont déjà forts. En 2008, Motorola a été l’un des premiers fabricants à faire basculer la totalité de son offre de téléphones sur Android, un système ouvert contrairement à celui du grand rival Apple.

Mais l’arrivée de Google dans le monde des fabricants de GSM soulève de nombreuses questions. Quelle va être la réaction des 39 autres fabricants de smartphones comme Samsung ou HTC qui utilisent également Android et qui sont en compétition directe avec Motorola ?

Dans son communiqué, Larry Page, CEO Google s’emploie à les rassurer. « Motorola sera géré de façon séparée. Cette acquisition ne modifie pas notre engagement à gérer Android comme une plate-forme ouverte. » Mais le principal intérêt du rachat de Motorola – une société à vendre depuis longtemps et qui a accumulé les déboires financiers ces dernières années – est surtout de permettre à Google de mettre la main sur un gros portefeuille de brevets. Motorola en a pour l’instant 17.000 enregistrés et 7.500 en cours de validation. Ces brevets doivent permettre à Google de « protéger Android », dixit Larry Page, contre les attaques lancées de toutes parts par Apple, Microsoft ou Oracle pour violation de leur propriété intellectuelle.

Ce rachat marque un tournant dans l’histoire de Google. Tout d’abord parce que le géant de l’internet n’est pas un habitué des méga acquisitions. Il achète habituellement des petites sociétés. Ensuite parce que cette acquisition le propulse dans le monde du hardware (matériel) alors que jusqu’ici il s’en était toujours tenu à du software (logiciels) et à des services. Google se rapproche ainsi du profil de son grand concurrent, Apple, qui est avant tout une société de hardware.

Investisseurs peu convaincus

Quelles vont être les répercussions de cette acquisition, l’une des plus grosses dans cette industrie depuis longtemps ? Personne ne le sait. Mais elle pourrait fondamentalement bouleverser le secteur. La manœuvre de Google n’a en tout cas pas eu l’air de plaire aux investisseurs. Lundi soir, son cours de bourse était en recul de -2,2 % tandis que celui de Nokia gagnait plus de 10 %, les marchés spéculant sur le fait que le fabricant finlandais pourrait subir le même sort que Motorola.

MUNSTER, JEAN-FRANCOIS