Test – Far Cry 6 : la revolución attendra

Ubisoft nous propose un nouvel épisode de la franchise Far Cry, près de quatre ans après le cinquième opus. Nouvel environnement, mais pas forcément nouveau jeu dans ses moindres recoins. 

On ne présente plus la franchise Far Cry. En 17 ans, l’une des plus célèbres sagas d’Ubisoft nous aura fait voyager dans plusieurs environnements (et époque) différents. On se rappellera par exemple de Far Cry 3 et de son cultissime antagoniste Vaas sur une île du Pacifique, ou encore du plus oubliable Far Cry Primal, qui nous plongeait en plein âge de pierre. Dernièrement, le studio français nous proposait de plonger en plein Montana, aux Etats-Unis, et de faire face à la famille Seed, sorte de secte religieuse.

Avec Far Cry 6, Ubisoft adopte un virage à 180° en termes d’environnement. Le titre nous plonge sur l’île fictive de Yara, située dans les Caraïbes et très fortement inspirée par Cuba. Yara est dirigée d’une main de maître par Antón Castillo, un despote qui est persuadé que le règne de la terreur est indispensable pour contrôler son île. Celle-ci regorge de soldats armés jusqu’aux dents prêts à répondre au doigt et à l’oeil aux ordres de leur maître. Campé par un Giancarlo Esposito (Breaking Bad, Better Caul Saul) au sommet de son art, le dirigeant yaran est probablement l’un des plus réussis de l’histoire de la franchise, aux côtés de Vaas et de Joseph Seed. Froid, calculateur, intelligent, mais également terriblement charismatique, Giancarlo Esposito est fidèle aux personnages qu’il interprète dans les séries. L’occasion d’ailleurs d’évoquer la bande originale de grande qualité du titre. Le doublage, comme la VO, sont tout simplement époustouflants et irréprochables. Les différents bruitages des environnements, qu’ils soient urbains ou en pleine nature, ainsi que ceux des armes sont tous immensément bien conçus.

Jusqu’ici, il n’y a pas grand-chose de neuf, et c’est peut-être ce que l’on reproche une fois de plus à la franchise. En effet, comme dans les précédents opus, Far Cry 6 nous met dans la peau d’un soldat dont la destinée sera de libérer l’île du joug de son oppresseur. On aurait notamment apprécié que le titre varie un peu plus par rapport aux épisodes précédents. Sa relation avec son fils, Diego, apporte en revanche un peu de dimension au scénario, puisque le gamin ne veut absolument pas prendre le pouvoir.

La présence de Giancarlo Esposito est, assurément, un avantage pour le titre.

Dani Rojas, le personnage que nous incarnons et dont nous choisissons le sexe, s’engage par la force des choses dans le groupe de guérilleros Libertad. Il va alors explorer Yara et les îlots alentours, et rencontrer une foule de personnages secondaires tous plus réussis les uns que les autres. Pour la première fois depuis longtemps, le protagoniste de Far Cry est acteur de l’aventure, et non plus spectateur des événements qui l’entourent. Il parle et apparaît (enfin !) dans les cinématiques. Bref, c’est un plaisir de contrôler un personnage qui en impose enfin dans chacune de ses interventions.

Notre protagoniste est militaire de formation, et s’était engagé dans l’armée de Castillo avant de finalement retrouver le droit chemin. Indéniablement, Dani est habile avec les armes, ce qui ajoute énormément de nervosité aux gunfights. Avant chaque affrontement, le titre nous proposera d’adopter soit une approche furtive, soit une méthode plus directe, en attaquant au forceps. Malheureusement, le titre tend beaucoup plus vers la seconde option que les précédents épisodes, et il n’est pas rare que l’attaque frontale soit la plus évidente. On s’infiltre moins que dans les précédents opus et, surtout, Far Cry 6 ne nous le permet plus autant. Les rares fois où nous souhaitons infiltrer un fort, on est très vite repéré et on doit alors tirer sur tout ce qui bouge. 

Les gunfights restent très réussies dans la franchise.

Pour participer à ces gunfights, le jeu propose plus que probablement l’arsenal le plus complet jamais rencontré dans un Far Cry. Les armes se comptent par plusieurs dizaines, et toutes sont personnalisables jusqu’à la moindre pièce. C’est d’ailleurs ce qui apporte une pointe de RPG dans le titre. Les armes sont personnalisables, comme le magasin, le viseur ou le type de munitions, et bien souvent le titre nous propose de personnaliser nos armes avec un établi avant de partir à l’attaque d’une forteresse. Ainsi, chaque ennemi dispose de ses propres défenses et résiste plus ou moins bien à certains types de munitions. Il faudra alors privilégier les balles perforantes pour les ennemis équipés d’un casque ou d’un gilet pare-balles tandis que les balles à têtes creuses conviendront principalement pour les ennemis plus traditionnels. Il faudra d’ailleurs bien réfléchir au type de munitions à utiliser, au risque de devoir vider plus qu’un chargeur sur un ennemi pour en venir à bout. 

Nous évoquions l’arsenal donc, et la multitude d’armes que nous propose le titre. Petite nouveauté cette année : les supremos. Juan, un des personnages que nous rencontrons au début de l’aventure, va nous créer cette espèce d’arme surpuissante qui s’enfile comme un sac à dos, mais qui peut prendre n’importe quelle utilité, à condition que l’on dispose d’uranium appauvri. Missiles téléguidés, émetteur IEM ou encore injection d’adrénaline, ce sac à dos amélioré permet de donner une toute autre dimension aux phases de tir et de leur apporter ce petit côté fun qui manquait cruellement dans les précédents épisodes. 

Yara ne varie pas beaucoup, puisque l’on passe principalement d’environnements tropicaux à des villages caribéens.

Tout droit inspiré de Far Cry 5, les amigos sont ces animaux qui vont vous venir en aide dans les combats. Nous récupérons par exemple, dès le début, un crocodile domestiqué qui partira au combat à vos côtés, ou encore un petit chiot qui se révélera utile pour détourner l’attention des gardes. S’ils permettent de retourner un combat en votre faveur, ces animaux pâtissent d’un gros défaut de Far Cry 6 : les errances de l’IA. Nous contrôlons nos amigos en leur donnant des ordres, qui sont tout simplement de nous suivre ou d’attaquer un ennemi. Si vous choisissez la seconde option, l’animal se verra très vite submergé par les soldats ennemis et ne bougera pas le moins du monde jusqu’à ce que vous deviez aller le sauver puisqu’il sera tombé au combat. En déplacement, notre compagnon n’adoptera pas toujours l’itinéraire le plus évident pour vous suivre, voire s’arrêtera carrément de marcher sans raison, et ce, au beau milieu de nul part. 

Du côté des ennemis, le constat est moins flagrant, même s’il reste tout aussi dérangeant. Ceux-ci ne sont absolument pas malins et attaqueront directement de face là où c’est possible. 

Toutefois, on ne peut que s’enthousiasmer face à la pléthore de contenus proposée par Ubisoft dans Far Cry 6. Comme dans les précédents épisodes, on retrouve les habituelles libérations de zones, où il faudra se battre, dès lors que nous avons atteint le niveau recommandé, pour rendre leur liberté aux Yarans. De nombreux checkpoints seront par exemple à libérer pour récupérer des lieux de déplacement rapide ou des tableaux de missions, jusqu’ici rien de bien neuf. D’ailleurs, on regrettera qu’une espèce de “routine” s’installe dans le titre, comme il est de coutume dans la franchise, puisqu’il va falloir libérer l’île, quartier après quartier, en enchaînant des missions qui ne changent pas énormément entre elles. Heureusement, le titre est jouable entièrement en coop, ce qui devrait permettre de passer de chouettes heures de jeu entre amis sur les routes de Yara. Nous apprécierons en revanche la tonne d’activités annexes proposées par le jeu. Outre les missions secondaires, on retrouve plusieurs jeux et activités qu’il nous est possible de faire pour “passer le temps”, comme des combats de coqs (très bien fichus d’ailleurs).

La conduite des véhicules est catastrophique. Qu’à cela ne tienne, on peut admirer les jolis paysages.

L’île est immense et vous oblige donc à adopter un des différents moyens de transport proposés pour vous déplacer : chevaux, voitures, motos… Il y en a pour tous les goûts. C’est d’ailleurs la première fois que la franchise nous propose d’enfourcher un cheval pour nous déplacer. Jamais, dans un jeu vidéo, nous aurions rencontré expérience plus traumatisante en nous déplaçant avec un cheval. Le FPS ne se prête pas aux déplacements à cheval, quand bien même ceux en voiture améliorent légèrement l’expérience.

Toutefois, la frustration laisse très vite place au plaisir de découvrir une île de Yara très jolie et réussie visuellement, avec de nombreux paysages qui sont, n’ayons pas peur des mots, beaux. L’ambiance et les paysages caribéens sont à couper le souffle, mais on regrettera toutefois que l’île ne laisse pas suffisamment la place à d’autres paysages. On ne passera bien souvent que d’un paysage tropical à des petites villes aux allures de Santiago de Cuba, et c’est tout. Certes, la région ne se prête pas à beaucoup d’autres environnements, mais plus de diversité n’aurait pas été de refus. 

Nous avions évoqué plus haut l’attitude catastrophique de l’IA, profitons par ailleurs pour parler du manque d’optimisation du titre, tant sur la next-gen que sur les autres supports. Far Cry 6 ne bénéficie en effet pas suffisamment de la puissance des PS5 et Xbox Series et donne malheureusement l’impression d’avoir été sorti au plus vite, sans faire des versions nouvelles générations le fleuron des prochains jeux d’Ubisoft sur PS5/Series. Le clipping visuel est omniprésent, avec de nombreux éléments du décor qui surgissent soudainement au fur et à mesure que nous avançons. Les temps de chargement restent malheureusement un poil trop longuet au lancement du jeu et lorsque nous mourons, tandis que les animations, faciales ou corporelles, des personnages ne sont absolument pas du niveau que nous sommes en droit d’attendre. C’est malheureusement un reproche que nous faisons aux jeux d’Ubisoft, qui pâtissent bien souvent d’une finition en dents de scie.

Conclusion

Far Cry 6 est un bon FPS, mais qui sent terriblement le réchauffé. Après les plaines du Montana, Ubisoft nous emmène sur une île tropicale appelée Yara aux allures caribéennes bien marquées. Franche réussite à plusieurs niveaux, l’île ne propose malheureusement pas suffisamment de variétés dans les environnements. Toutefois, le jeu est très joli, et ce, malgré une optimisation pas toujours réussie sur consoles next-gen. Pétri de bugs, principalement visuels, Far Cry 6 ne profite pas suffisamment de la puissance des nouvelles consoles et a tout simplement des allures de jeu old gen. L’IA est quant à elle complètement à la ramasse et aurait mérité un meilleur ajustement. Côté casting, Ubisoft a frappé fort avec Antón Castillo, le dictateur complètement taré, campé par un Giancarlo Esposito époustouflant. La bande sonore est elle aussi de qualité, avec un doublage et une VO brillants. Mais malgré tous ces efforts, difficile de ne pas être déçu par cet épisode, qui sent atrocement le réchauffé. Le gameplay n’évolue pratiquement pas. La conduite des véhicules, et notamment des chevaux est catastrophique, tandis que les gunfights restent plaisants mais atrocement répétitifs en raison de la structure du jeu. Le scénario stagne aussi, avec un dirigeant autoritaire et complètement déjanté, mais qui reste dans la lignée de ses prédécesseurs. Si le jeu est donc réussi, il ne faut malheureusement pas s’attendre à de gros changements pour ce FPS en open world. 

Far Cry 6

Gameplay 7.5/10
Contenu 8.0/10
Graphismes 7.5/10
Bande son 8.0/10
Finition 6.0/10
7.4

On aime :

Une carte immense

Les gunfights, jouissibles au plus haut point

Entièrement jouable à deux

Le casting et la bande son

Un contenu vraiment très conséquent

On aime moins :

Les contrôles à cheval, catastrophiques

L'IA, qu'elle soit ennemie ou alliée

Aucune optimisation next-gen

Des objectifs parfois redondants

De beaux environnements qui ne varient pas beaucoup