Une startup belge réinvente le tracking en ligne

Changer le visage du tracking en ligne. Voilà le but de Vespucci Analytics, une start-up bruxelloise. Grâce à une première levée de fonds, la jeune pousse se lance dans de nouveaux défis. 

Michel Dawant et Achraf Ait El Hadj se sont rencontrés à la Solvay Brussels School. Dès la fin de leurs études, les deux Bruxellois se lancent dans la création d’une application. Le marché les intéresse mais possède quelques lacunes… Surtout dans l’analyse des comportements des utilisateurs.

Ces dix dernières années, des centaines de produits ont émergé pour pister les utilisateurs. “Plein de solutions existaient pour améliorer la façon de tracker, mais aucune pour définir quel comportement tracker spécifiquement” se souvient Michel Dawant. Autrement dit, avec ces algorithmes, l’utilisateur trouve uniquement ce qu’il cherche. C’est à lui de définir les informations qu’il souhaite récupérer depuis le comportement de ses clients.

Selon les deux créateurs bruxellois, il est compliqué de faire des hypothèses car elles traduisent de suppositions préalables. Dans la création de son hypothèse, il est possible que l’utilisateur oublie d’intégrer certaines données qui pourraient être essentielles pour améliorer son produit. Or, “si l’on oublie quelque chose dans une hypothèse, alors on ne le trouvera jamais”. Ces data oubliées sont absentes des résultats de tracking.

Le screen recording,”un tracking old school”

“L’enregistrement d’écran vidéo a introduit un tout nouveau paradigme dans une industrie qui n’avait jamais évolué” raconte Michel Dawant. Très vite, Michel et Achraf adoptent APSI pour améliorer le développement de leur application. Basé sur l’enregistrement vidéo ou “screen recording”, Michel décrit ce service comme “extrêmement rentable”. Pourtant, au fil du temps, deux problèmes émergent. L’enregistrement d’écran des utilisateurs s’est avéré problématique pour la protection de la vie privée. Ensuite, d’un point de vue pratique, il était nécessaire de regarder chaque vidéo une par une pour établir une analyse complète et pouvoir proposer des résultats représentatifs. Pour les deux créateurs, “cela représente un travail manuel beaucoup trop conséquent”.

C’est de ce constat que naît Vespucci Analytic. Le service permet de “tirer profit des analyses statistiques pour avoir les mêmes résultats que ceux du screen recording”, sans les deux contraintes expliquées ci-dessus.

Un voyage analytique

“Vespucci est un service construit autour d’une histoire, d’un parcours semé de dispersion et de corrélation”, présentent les deux créateurs. Le nom est d’ailleurs inspiré du navigateur et cosmographe florentin du XVe siècle, Amerigo Vespucci.

Le service promet d’analyser le comportement des utilisateurs d’applications mobiles sans les traquer. Pour décrire son fonctionnement, Michel Dawant prend l’exemple d’une application de livraison de nourriture à domicile. Une fois connecté, l’entreprise accède à un premier écran avec les caractéristiques du restaurant, les prix moyens des repas, le temps de livraison, le régime alimentaire, etc. Le deuxième écran concerne lui les commandes. Grâce aux données récupérées et fournies par le restaurateur, Vespucci génère une modélisation des commandes passées. “Notre service propose une vue sur les clients qui passent du premier écran, à la page dédiée aux commandes” explique Michel Dawant.

Trouver une donnée, sans la chercher

Ce “story finder” est un outil statistique qui passe en revue tous les éléments d’interface expérimentés par les clients de l’application (avis clients, régime spécifique, etc.). Cela permet au restaurateur de savoir lequel de ces éléments influence réellement les commandes. Par exemple, d’établir si c’est le régime spécifique du restaurant qui convainc les clients de passer une commande ou bien le temps de livraison. Ensuite, toujours via Vespucci, le restaurateur pourra comparer plus précisément la valeur commerciale de cet élément et le comparer aux autres.

Nous voulons casser ce lien entre la qualité de celui qui cherche et la qualité de ce qu’on trouve et proposer un outil accessible à tous”

Protection des données

La dernière mise à jour d’Apple, iOS 14, interdit d’utiliser un identifiant unique pour distinguer un utilisateur d’un autre. Depuis, à chaque téléchargement, un pop-up demande explicitement le consentement de l’utilisateur pour le tracking. Un moyen de forcer les entreprises à se détourner de ces anciennes pratiques, peu éthiques.

Pour Michel la différence entre Vespucci et les autres solutions concurrentes, “c’est qu’elles obligent à traquer certaines données, finalement inutiles à l’utilisateur”. La start-up bruxelloise propose aux clients de choisir eux-mêmes leur projet de développement et ce qu’ils souhaitent traquer en particulier. Les deux créateurs sont clairs, Vespucci n’a pas accès aux identifiants uniques.

“On sait ce que l’on traque et on évite de traquer ce qui ne va pas permettre d’améliorer le produit”

Grâce à une première levée de fonds de 800.000 euros, les deux compères se sont fixés de nouveaux objectifs. Parmi eux, la création d’une version web pour le début de l’année prochaine et le développement de clientèles fidèles et engagées pour leurs utilisateurs.