Le prodige américain de l’informatique et cofondateur du réseau social Reddit s’est pendu vendredi dans son appartement de Brooklyn, quelques semaines avant son procès pour piratage. Génie derrière le RSS, il s’était distingué par son talent au sein de la très petite communauté de codeurs socialement et politiquement actifs. Sa disparition suscite une vive émotion de part et d’autre de la ToilePeu connaissaient son nom, mais sa mort a provoqué une onde de choc sur le Web. Génie de l’informatique, cofondateur du réseau social Reddit, militant pour l’accès libre à Internet et défenseur des droits dans le monde numérique, l’Américain Aaron Swartz s’est pendu vendredi dans son appartement de Brooklyn. Il avait 26 ans.

Le petit prodige du code informatique devait comparaître le 1er avril devant la justice pour le vol présumé, en 2011, de millions d’articles scientifiques et littéraires à JSTOR – un service d’archivage en ligne de publications universitaires et scientifiques, accessible uniquement par abonnement – avec l’intention de les rendre publics.

L’affaire débute le 24 septembre 2010. Aaron Swartz entre alors par effraction dans la salle de câblage du Massachusetts Institute of Technology (MIT) via les conduits de ventilation, portant un casque de vélo pour masquer son identité. Le MIT est abonné à JSTOR. Le jeune hacker branche son ordinateur au réseau de l’institut et installe le script keepgrabbing.py.

Pendant des mois, Aaron Swartz télécharge et stocke, un à un, 4,8 millions d’articles scientifiques de JSTOR – soit la quasi-totalité du catalogue. Plusieurs serveurs de JSTOR croulent sous la quantité de téléchargements, conduisant au blocage de l’accès des utilisateurs du MIT au réseau. Aaron Swartz est arrêté le 6 janvier 2011.

Justicier des libertés

Ces articles ne furent jamais diffusés gratuitement sur Internet. Mais la justice américaine accuse le hacker d’en avoir eu l’intention. Bien que JSTOR ait abandonné ses poursuites judiciaires après que Aaron Swartz a restitué les documents téléchargés, le procureur du Massachusetts a décidé tout de même de poursuivre l’informaticien au pénal. Treize chefs d’accusation ont été retenus contre lui, dont vol, fraude informatique et accès illégal à des informations protégées. Aaron Swartz risquait 35 ans de prison et 1 million de dollars d’amende. Son procès devait débuter le 1er avril.

La famille et les amis d’Aaron Swartz ont publié un communiqué ce week-end dans lequel ils accusent la justice et le MIT d’être en partie responsables de son suicide. Le célèbre juriste Larry Lessing, avec qui Aaron Swartz a travaillé à l’élaboration des Creative Commons, s’est emporté dimanche sur le site Boingboing.net contre la justice qui a accusé Aaron Swartz d’avoir «volé» des biens «valant des millions de dollars», écrit-il. «Aaron n’a jamais rien fait dans sa vie pour «faire de l’argent», il ne travaillait que pour l’intérêt général, il était brillant, drôle, c’était un gamin génial».

En 2008, le FBI avait lancé une enquête contre Aaron Swartz qui avait publié des documents de la Cour fédérale américaine, normalement accessibles contre paiement sur la base de données Pacer. Aaron Swartz y était parvenu en installant un programme de son cru sur des ordinateurs publics. Celui-ci lançait un téléchargement de fichiers toutes les trois minutes, puis envoyait le résultat sur un site de stockage en ligne. En moins de trois semaines, le hacker réussit à charger plus de 18 millions de pages d’une valeur estimée à 1,5 million de dollars. Aucune charge n’avait alors été retenue contre le jeune homme.

Virtuose du code informatique

Né à Chicago en 1986, Aaron Swartz aurait développé sa première application web à 13 ans pour le compte de son père qui dirige une petite entreprise de logiciels informatiques. Une année plus tard, le jeune prodigue participe au développement de la norme RSS, l’outil utilisé pour recueillir des mises à jour de blogs, actualités, audio et vidéo. Aaron suit des cours à la Stanford University qu’il quitte après un an pour cofonder, en 2005, la célèbre plateforme de médias sociaux Reddit.

«Aaron était un codeur avec une conscience: un hacker infatigable et talentueux qui a investi son énergie dans des questions telles que la neutralité du réseau, la réforme du droit d’auteur et la liberté d’information», écrit André Poulsen, hacker et rédacteur en chef de Wired.com . «Dans la communauté infime des codeurs socialement et politiquement actifs, Aaron se distingue non seulement pour son talent et sa passion mais aussi pour se tenir au-dessus des luttes intestines pour la notoriété. Sa mort est une tragédie», poursuit-il.

Mais le jeune informaticien souffrait aussi de longue date de dépression, selon ses amis. En 2007, il avait publiquement évoqué l’idée du suicide, selon le New York Times, qui lui consacrait dimanche une demi-page. Sur son blog, il avait ainsi écrit: «Sortir, respirer un peu d’air pur, se lover contre quelqu’un qu’on aime et ne pas se sentir mieux, pire, se retrouver incapable de ressentir la joie que chacun semble partager. Tout est teinté de tristesse.»

De 2010 à 2011, Aaron Swartz est membre de Harvard et du MIT. Il collabore avec Tim Berner’s Lee, père fondateur du World Wide Web. Ces dernières années, il s’est illustré en militant pour un Web plus ouvert. Aux Etats-Unis, il était devenu le porte-drapeau du mouvement contre SOPA (Stop Online Piracy Act), la loi américaine contre le partage de fichiers en pair-à-pair, lorsque ceux-ci se font en infraction avec les droits d’auteur.

La nouvelle de sa mort a suscité une effusion d’hommages sur Internet. Les obsèques d’Aaron Swartz ont lieu ce mardi dans l’Illinois.

 

Mehdi Atmani/Le Temps

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