Les Facebook, Twitter et autres réseaux du Net ont joué un rôle considérable dans les pays arabes mais la Toile pourrait tout aussi bien être utilisée par les dirigeants menacés pour asseoir leur pouvoir, avertit Amnesty International dans son rapport annuel publié vendredi.

“Il ne fait aucun doute que les médias sociaux ont joué un rôle très important en permettant à la population de se rassembler”, a indiqué à l’AFP le secrétaire général de l’organisation, Salil Shetty. “Mais il faut également garder à l’esprit que cela donne aux gouvernements l’opportunité de réprimer la population”, a-t-il souligné à l’occasion de la publication du rapport annuel d’Amnesty, basée à Londres, qui célèbre cette année son cinquantième anniversaire. “Les gouvernements se battent pour reprendre l’initiative ou pour se servir de cette technologie contre les militants”, avertit le document.

“Les forces de la répression ont lancé une sérieuse contre-attaque”

Le “printemps arabe”, débuté avec le soulèvement en Tunisie en début d’année, a fait tomber le président de ce pays, Zine El Abidine Ben Ali, puis le dirigeant égyptien Hosni Moubarak. Mais dans des pays comme la Libye ou la Syrie, les révoltes perdurent sans faire tomber le pouvoir en place. “Les forces de la répression ont lancé une sérieuse contre-attaque”, souligne Salil Shetty. En Libye, le régime du colonel Mouammar Kadhafi “s’est servi de manière systématique de l’internet et des médias sociaux très sophistiqués afin de réprimer la population”. Les portails internet et les sociétés de téléphonie mobile pourraient se rendre complices de régimes oppressifs, espionnant les activités de militants ou bloquant l’accès à la Toile, regrette Amnesty.

En février, le géant britannique de la téléphonie mobile Vodafone a dit s’être plaint aux autorités égyptiennes, après avoir été obligé de diffuser à ses abonnés en Egypte des messages pro-Mubarak, sans qu’ils soient clairement attribués au gouvernement. “Ils doivent éviter de se transformer en pions ou en complices de gouvernements répressifs qui veulent étouffer l’opinion publique et espionner leur population”, avertit le rapport. En Egypte toujours, le régime avait par ailleurs bloqué à plusieurs reprises les accès à internet et à la téléphonie mobile, mais cela n’a pas totalement empêché les opposants d’organiser les rassemblements qui allaient mettre un terme, en février, au règne trentenaire de Hosni Moubarak.

La Chine anticipe et serre la vis

Prouvant le rôle primordial joué par le Net, les cybermilitants ont parfois remplacé les combattants des barricades au panthéon des héros révolutionnaires, à l’instar de Waël Ghonim, cadre chez Google devenu l’icône du soulèvement après avoir animé une page sur Facebook qui a fédéré des centaines de milliers d’opposants à Moubarak. Le jeune trentenaire a passé 12 jours aux mains des redoutés services de sécurité d’Etat.

En Chine, où les autorités craignent une contagion par le “printemps arabe”, le contrôle de l’internet, déjà serré, a encore été intensifié. “Tentant de prévenir une insurrection du type de celle du Moyen-Orient, le gouvernement renforce la répression des militants”, prévient Amnesty. Plus de cent activistes, la plupart présents sur la Toile, ont disparu après un appel lancé sur le Net en février enjoignant la population au soulèvement, indique Amnesty. La bataille pour le contrôle des cyberréseaux “est incertaine”, avertit Amnesty. “Comment cela finira-t-il? On ne le sait toujours pas“.