Les Anges de l’Internet

Journée cruciale, ce vendredi, pour les 17 entrepreneurs bruxellois actuellement en mission économique dans la Silicon Valley. Ils rencontrent des Business Angels, ces investisseurs américains qui font la pluie et le beau temps dans le monde des entreprises de l’Internet.

San Jose, 7h du matin. Une fine pluie s’abat sur la Silicon Valley. Un détail presque rassurant pour ces entrepreneurs bruxellois dont l’avenir de leur business en Amérique pourrait se dessiner dans la journée.
Les traits sont tirés et la tension est palpable. Dans moins de cinq heures, ils auront à peine 4 minutes pour convaincre les investisseurs américains que leur création informatique mérite leur soutien financier. Pour certains des 17 participants, celui-ci se chiffre entre 500.000 et 1,5 millions de dollars. Le défit n’est pas pour autant irréalisable. La plateforme Storify, co-fondée par le belge Xavier Damman connaît un véritable succès outre-Atlantique où elle s’est implantée et développée.

Le bus qui emmène les entrepreneurs est aujourd’hui particulièrement calme. Chacun répète consciencieusement le speech qu’il délivrera aux quatre Business Angels réunis à la demande de l’Agence bruxelloise pour l’Entreprise (ABE). L’exercice paraît simple mais la prestation ne doit en rien correspondre aux standards européens. Le show est à faire ‘à l’américaine’.
« Nous avons été coachés à l’ABE avant de partir et une ultime fois hier à l’US Market Access Center», explique David Goldenberg, fondateur de CVTrust, « mais l’exercice reste périlleux », ajoute René Loijens de RDLfile.
« Pour les Européens qui débarquent dans la Silicon Valley, c’est assez déstabilisant. Les pitchs sont très formatés. Ils doivent pouvoir répondre à de nombreuses questions particulièrement précises, chiffrées, sans pour autant noyer et ennuyer l’investisseur », explique Beth Susanne, consultante californienne.

Il est 10h30, la tension monte d’un cran avec l’entrée dans la salle de réunion des Business Angels. Tom Cervantez, Max Shapiro, Saijad Masud et John Ryan sont les quatre financiers que la ‘‘Team’’ aura à séduire. Le principe du pitch à l’Américaine est rappelé d’entrée de jeu : 4 minutes de présentation, 2 minutes de questions/réponses, 2 minutes de feedback et aucune distorsion possible du temps. Patrick Billiet ouvre le bal avec son application web qui permet d’optimaliser la gestion des voyages et des notes de frais dans les sociétés, « MobileXpense ».
Dans la salle, la concentration est au maximum. « Done ! », le facilitateur de l’US Market Access Center annonce déjà la fin de l’acrobatie. Les visages sont souriants et les questions fusent mais il est déjà temps de donner le feedback de la présentation. « Votre présentation est très bonne, en quatre minutes vous avez réussi à couvrir tous les points clés relatifs aux coûts, à la concurrence, au marché… Pour cela, félicitations, vous avez fait un très bon travail. Votre projet est également intéressant, me semble-t-il… », déclare Tom Cervantez, du groupe de capitaux Golden Gate Angels.
« Le feedback est vraiment intéressant, ça nous permet également de nous remettre en question et de connaître les ficelles de la réussite », note Patrick Billiet.

Jusqu’à 15h, les entrepreneurs belges vont, l’un après l’autre passer le grand test. Aucun contrat n’est signé à la fin de la prestation. Dans la Silicon Valley, le business se fait sur du moyen à long terme. Mais les contacts informels vont bons trains. Le projet Radionomy a particulièrement séduit deux des Business Angels. Ils n’ont pas encore quitté la salle qu’Alexandre Saboundjian a déjà envoyé par email la présentation de son système de webradios aux fonds d’investissement. « C’est un premier contact. Tout va désormais se jouer sur le suivi. C’est très important », dit-il avec satisfaction.

De son côté, Bruno Wattenbergh, directeur opérationnel de l’ABE est particulièrement satisfait. « J’ai été très agréablement surpris par les présentations des entrepreneurs et de voir que les Business Angels ont accueilli avec énormément d’enthousiasme les créations bruxelloises, me rend confiant pour la suite des opérations ».

Epuisés mais souriants, les 17 entrepreneurs bruxellois rentrent à l’hôtel. Motivés plus que jamais, ils refont inlassablement leur pitch avec beaucoup d’humour. Alors qu’ils redoutaient l’exercice, plus rien ne les arrête. De bonne augure pour les rencontres du lendemain chez Netsuite et Google.

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Aurore Peignois