Plus tôt aujourd’hui, nous évoquions l’histoire d’une jeune femme autrichienne de 18 ans qui a décidé de porter plainte contre ses parents car ces derniers ont posté de nombreuses photos de son enfance sur Facebook. Photos que la jeune Autrichienne estime embarrassantes. Mais quels sont les droits des enfants dans pareilles situations ? Un cas comme celui-là serait-il envisageable en Belgique ?

Crédit photo : AFP
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Mieux vaut éviter de poster trop de clichés d’enfants mineurs sur les réseaux sociaux, ne serait-ce qu’à cause de la présence de prédateurs sexuels. Pourtant, beaucoup de parents n’hésitent pas à le faire. Mais en ont-ils le droit ? Pour Etienne Wery, avocat au barreau de Bruxelles, la réponse est évidente : « Oui, bien sûr, puisque les parents sont les tuteurs légaux de leurs enfants tant que ces derniers sont mineurs. »

Cependant, ce n’est pas pour autant que tout est permis en matière de publication de photos sur les réseaux sociaux. « Les parents, en tant que tuteurs légaux, ont le dernier mot. Mais il faut également faire preuve de bon sens. Et puis, ils ont aussi droit à l’erreur. Si d’ailleurs, ils dépassaient les limites, c’est à l’Etat d’intervenir. Tous les Etats possèdent un système de protection de l’enfance prévu à cet effet. »

La question du droit à l’image se pose alors. L’enfant bénéficie-t-il des mêmes droits que ses parents ? « Le droit à l’image est le même pour tout le monde mais tant que l’enfant est mineur, ce sont les parents qui prennent les décisions. »

Lors de sa majorité, l’enfant pourrait exiger le retrait de photos qu’il juge embarrassantes. Cependant, il y a une marge entre cette option et le fait d’intenter un procès selon l’avocat Etienne Wery. « Oui, on pourrait imaginer un cas extrême où l’on aurait une affaire semblable à celle de cette jeune femme autrichienne en Belgique… Mais un procès reste très extrême comme solution. Je pense que cette jeune Autrichienne devait avoir un contentieux avec ses parents au préalable. »

Reste que d’un point de vue éthique, il y a tout de même de quoi se poser quelques questions. Les jeunes parents d’aujourd’hui sont bien plus connectés que leurs propres parents et n’hésitent pas à partager des quantités importantes de clichés de leurs enfants sur les réseaux sociaux, dans des positions parfois fort incommodantes. A 16 ans, lorsqu’ils découvriront Facebook, leurs enfants retrouveront plusieurs centaines, voire milliers de photos d’eux sur les réseaux sociaux – si tant est que Facebook existe encore.

« Il faut savoir que les nouvelles générations n’ont pas la même réaction que les précédentes concernant le droit à l’image. Elles partent du principe que si elles n’ont rien à cacher, tout peut être publié. On peut dès lors voir sur Facebook des adolescents ivres sur une plage ou complètement nus dans un lieu insolite. Mais ça aura son lot de conséquences dans le futur. » Effectivement, il suffirait à l’employeur de taper le nom et le prénom de son candidat dans les moteurs de recherche pour tomber d’une façon ou d’une autre sur lesdites photos. Reste que, bien sûr, il existe des exceptions. Comme le cas de cette jeune autrichienne qui n’appréciait pas de retrouver quelques photos gênantes de son enfance sur le réseau social…

Dans la pratique, le meilleur conseil à adopter serait sans doute d’éviter de publier des photos de ses enfants que l’on considérerait soi-même gênantes si on les découvrait sur Internet à un âge de remise en question perpétuelle.

Rémi Lach