Test – Romeo is a dead man : le raté de Grasshopper Manufacture

Trois longues années, c’est le temps qu’il aura fallu aux fans de Suda51 et Grasshopper Manufacture, pour enfin pouvoir découvrir le nouveau bébé du prestigieux studio nippon. Et avec Romeo is a dead man, Suda51 se lâche plus que jamais, quitte à prendre des risques…

Si vous avez déjà joué à No More Heroes, Shadows of the Damned ou Killer is Dead, vous connaissez forcément la “touche” Suda51. Le créateur de génie et leader du studio Grasshopper Manufacture aime surprendre les fans avec des projets toujours plus fous. Mais tout ne se passe pas toujours comme prévu. Si les 3 jeux précédemment cités ont acquis un statut culte, d’autres divisent davantage les foules, à l’image du récent Hotel Barcelona, collaboration du studio avec Swery, le créateur légendaire de Deadly Premonition. Et effectivement, tous les jeux du studio ne se valent pas, on pense notamment à Lollipop Chainsaw ou le spin-off de No More Heroes sorti sur Switch. Des titres plus moyens, pas forcément mauvais, mais qui n’ont pas marqué les esprits. Avec Romeo is a dead man, le studio livre son projet le plus ambitieux à ce jour, et probablement le plus décalé aussi.

Les boss sont parfois titanesques, mais ne vous y trompez pas, les combats ne sont pas forcément épiques…

Car il faut bien l’admettre, on a l’impression d’être sous l’influence de produits illicites pendant les 30 premières minutes de jeu où tout s’enchaine très vite. On apprend que Roméo, un jeune policier en patrouille qui vient de se faire déchiqueter par un monstre galactique, va revenir à la vie grâce à son grand père qui a voyagé dans le temps pour le sauver et le transformer en cyborg, voué à sauver la galaxie. Après une courte ellipse, Roméo est en couple avec une jeune femme, nommée Juliette, qui est en réalité le fléau de la galaxie. Il s’engage alors dans une quête pour sauver la galaxie. Une histoire sans queue ni tête, qui nous emmène dans un délire qui colle parfaitement à l’esprit Suda51.

Les combats représentent le coeur du jeu et le rapprochent d’un No More Heroes.

Si tout cela vous donne l’eau à la bouche, sachez-le, une belle partie des promesses du studio se sont perdues en chemin. Car c’est bien l’impression qui ressort après quelques dizaines de minutes de jeu seulement, Suda51 a été beaucoup trop ambitieux avec ce projet. Le studio mélange tous les genres, sans vraiment en maîtriser aucun. On enchaine donc des cinématiques en temps réel et des cases de comic book très bien présentées, sur le plan narratif, puis des séquences de beat them all dans la plus pure tradition du studio, avec un gameplay pas si éloigné d’un No More Heroes, avant de passer à un RPG narratif en 2D, des séquences de farming, des courtes séquences de QTE sans grand intérêt et j’en passe. Tout s’enchaine très vite, souvent sans aucune connexion et de façon générale on a l’impression que le studio a débordé d’idées mais a vraiment lutté pour les concrétiser… On se retrouve donc face à un tas de promesses non tenues. A l’exemple des combats de boss, qui nous plongent dans de gigantesques arènes face à des titans… pour nous proposer des combats médiocres expédiés en deux minutes top chrono. Les séquences de beat them all sont excessivement répétitives et manquent cruellement d’entrain. Le level-design du jeu est excessivement pauvre et les missions répétitives – le premier chapitre vous demandera ainsi de réactiver des générateurs en affrontant des vagues d’ennemis. Heureusement, les ennemis de base sont assez variés pour qu’on y prenne un certain plaisir. Mais les armes à feu qu’on utilisera en début d’aventure manquent cruellement de punch et de rythme. Ce qui a pour effet de nous pousser à surexploiter le sabre. Pire, on s’attend à des séquences parfois franchement délirantes et on se contente au final d’une seule cinématique avec une QTE… Par exemple, avec la fameuse moto spatiale, qu’on s’attend à piloter dès le début de l’aventure… Et puis… rien. On le sent, le studio n’a pas eu le temps d’intégrer toutes les séquences de jeu voulues, ni de les peaufiner. Romeo is a dead man est un jeu qui part dans toutes les directions, nous sature d’informations, et qui ne brille en définitive dans aucun domaine. Car très sincèrement, on aurait préféré des combats plus travaillés plutôt que des mini jeux inutiles. Rassurez-vous, la formule s’améliore au fil des chapitres, mais il faudra être patient.

Les premières armes à feu que vous aurez sont inintéressantes. Rassurez-vous, cela deviendra plus grisant ensuite.

Romeo is a dead man est en réalité un beat them all très classique, qui aurait gagné à être plus simple. L’ambiance décalée du jeu lui donne une personnalité charmante. L’ennui, c’est qu’à force d’aller dans toutes les directions, de tenter d’intégrer des tas de features pas convaincantes et de saturer le joueur d’information, il se perd en chemin. Le jeu est saturé de séquences inutiles, à l’image de ces voyages dans une autre dimension qui vous sont imposés et qui se limitent à de la collecte de crédits dans des décors cybernétiques moches. Des séquences de jeu qui n’apportent rien au récit ni au gameplay et qui tirent la production vers le bas.

En définitive, le jeu se rapproche beaucoup d’un No More Heroes. Comme lui, il a son propre univers décalé. L’ennui, c’est qu’ici les boss sont moins marquants, n’ont aucun background, le jeu est plus répétitif et surtout saturé de séquences sans aucun intérêt. C’est d’autant plus regrettable que visuellement, le titre est plutôt une belle réussite – une fois n’est pas coutume pour le studio, et sa bande son est parfaitement maîtrisée avec des doublages d’excellente facture et des musiques prenantes.

S’il n’est pas un raté complet, Romeo is a dead man est sans doute le jeu le moins réussi du studio à ce jour. Le potentiel d’un excellent titre était pourtant là et sans aucun doute, les fans du studio y prendront tout de même leur pied, ne serait-ce qu’en explorant l’univers totalement décalé du titre ou en suivant la trame narrative, assez intéressante pour vous tenir scotché à votre pad du début à la fin de l’aventure… Espérons simplement que ce léger écart du studio ne lui coûtera pas trop cher…

Conclusion

C’est sans aucun doute le projet du studio Grasshopper Manufacture le plus ambitieux à ce jour, et malheureusement aussi le moins réussi de ses jeux… Avec son univers totalement décalé, sa narration soignée et son character design stylé, Romeo is a dead man n’en reste pas moins un jeu plaisant à parcourir. C’est également le jeu le plus réussi visuellement du studio à ce jour. L’ennui, c’est que pad en main, on a du mal à accrocher. Tout s’enchaine très vite, le jeu part dans toutes les directions, nous sature d’informations et noie les quelques séquences intéressantes dans un déluge de cut scenes, de séquences coupées, de mini jeux intéressants et de passages ratés. Sur le papier, Romeo is a dead man avait tout pour séduire. Mais seuls les fans du studio prendront un réel plaisir à explorer ce beat them all atypique qui aurait gagné à être un peu moins foufou…

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Romeo is a dead man

Gameplay 3.5/10
Contenu 4.0/10
Graphismes 7.0/10
Bande Son 7.0/10
Finition 6.5/10
5.6

On aime :

Un ton complètement décalé

Une direction artistique impeccable

Plutôt joli

La narration réussie

On aime moins :

Trop de diversité tue le gameplay

Plein de mini jeux et passages ratés

Trop de passages intéressants "coupés"

Les armes à feu sous-utilisées