Le piratage n’aurait aucun impact sur le Box Office et l’offre légale

Par posté le 17 février 2012

Si en France, la fin de l’offre illégale a eu un impact sur les sites de téléchargement légaux, il semblerait que ce ne soit pas le cas en Belgique. D’après Voo, aucune augmentation significative des services n’a été enregistrée après la fermeture de Megaupload, et rien n’indique que le public s’oriente davantage vers l’offre légale plutôt que vers d’autres moyens de télécharger illégalement du contenu. En parallèle, une étude américaine sur le téléchargement illégal démontre que les torrents et la fermeture de Megaupload n’ont eu strictement aucun impact sur le Box Office.

Aucun impact sur l’offre légale en Belgique

La grosse différence entre la France et la Belgique, c’est Hadopi, qui pèse clairement dans la balance. Après la fermeture de Megaupload, beaucoup d’utilisateurs français n’ont pas eu d’autre choix que de se tourner vers l’offre légale, ne comprenant pas forcément l’anglais pour utiliser d’autres sites de téléchargement direct et ayant peur de voir leur connexion coupée en raison d’une infraction à la loi Hadopi. En Belgique, la tendance semble inversée. Dans un entretien téléphonique, un représentant de Voo nous a indiqué qu’il n’y avait pas d’augmentation significative de l’utilisation des services depuis la fermeture de Megaupload. Tout au plus, il y aurait eu une “petite hausse de la VOD, à peine sensible.”

Selon Patrick Blocry, porte-parole de Voo, “il ne devrait pas y avoir de gros impact, ni maintenant ni d’ici quelques semaines.” Voo considère la lutte contre le piratage comme une bataille de tous les jours qui pourrait avoir un impact sur le long terme, mais vu la multitude de services qui permettent de télécharger illégalement en Belgique, l’impact continuera sans doute à être minime pour un long moment. La suppression complète de l’offre illégale permettrait sans doute de réorienter le public vers l’offre légale, mais cela reste encore à prouver, beaucoup de gens estimant que ce n’est pas parce qu’ils téléchargent illégalement un film qu’ils payeraient pour le voir.

Les raisons du piratage sont à chercher ailleurs…

Une étude menée par l’Université du Missouri va dans le même sens. L’offre illégale et l’offre légale seraient deux choses totalement distinctes. Aux Etats-Unis, la fermeture de Megaupload n’aurait eu strictement aucun impact sur la présence du public dans les salles. En outre, l’augmentation de l’utilisation des torrents devrait avoir un impact négatif sur le Box-Office. Or, l’étude révèle que le Box Office américain continue à évoluer sans aucun rapport direct avec l’utilisation des torrents, qui a beaucoup augmenté dans le pays. “Les utilisateurs qui choisissent le téléchargement illégal le font en raison du prix des tickets et de leurs revenus” explique l’enquête. Dans un tel contexte, même en fermant tous les sites de téléchargement illégal au monde, cela n’aurait strictement aucun impact sur la présence du public dans les salles obscures.

En revanche, à l’international, le public choisit plus facilement l’illégalité. L’enquête de l’Université de Missouri apporte une explication à cette situation, qui n’a rien à voir avec la malhonnêteté du public européen et asiatique. Trois causes principales sont à mettre en avant : le manque de cinémas dans certaines parties du monde, le retard dans les sorties par rapport aux USA et la non-disponibilité de certains produits dans certains pays. Dans un monde où le public veut tout avoir instantanément, attendre plusieurs mois pour voir un film peut s’avérer très agaçant. Rien de surprenant dès lors à ce que le public se laisse tenter par le téléchargement illégal, quitte à être en infraction. “Les consommateurs internationaux qui considéreraient les deux options choisissent le piratage, en raison de l’absence de disponibilité légale” expliquent les chercheurs. L’indisponibilité sur notre territoire, le coût trop élevé de certains produits et le manque de ressources financières seraient donc les trois raisons réelles du rush des consommateurs vers le piratage des médias, l’enquête n’ayant trouvé aucune corrélation directe entre le Box Office et l’utilisation des torrents ou la fermeture de Megaupload.

Les promotions et offres gratuites seraient la clé

En France, une grosse partie du public aurait migré vers l’offre légale, mais principalement gratuite. Même constat dans le secteur musical en Belgique, qui connait  une fulgurante ascension grâce au succès du service de streaming musical gratuit de Spotify, en hausse dans son utilisation depuis la fermeture de certains sites de téléchargement illégal.

Toujours selon Patrick Blocry, de Voo, l’offre illégale et légale sont deux choses séparées. L’évolution des mentalités se ferait sur le long terme. Par exemple, Voo lance régulièrement des offres avec plusieurs films gratuits en téléchargement. “Le public profite énormément de ce type d’offre et y revient ensuite, plus convaincu par le service” explique-t-il.

Tout indique donc qu’offre légale et illégale sont destinées à cohabiter encore un bon moment. Les espoirs de certains acteurs de l’industrie de voir la consommation augmenter suite à la fermeture de réseaux illégaux pourraient être vains, dans la mesure où aucune corrélation ne s’est faite pour l’instant. Mieux encore, certaines stars comme David Guetta ont déjà annoncé publiquement que l’offre illégale était positive pour leur carrière étant donné que c’est ce qui leur a permis de se faire connaître plus rapidement. En “essayant les morceaux” les gens les adoptent et l’offre illégale peut jouer un rôle de promotion totalement gratuite. D’autres artistes, comme Skrillex, utilisent également les réseaux de téléchargement illégal pour assurer leur promotion, ou proposent certains titres en téléchargement légal gratuit. Cette idée du piratage comme “matériel promotionnel” a fait son bonhomme de chemin, au point que plusieurs études s’intéressent au sujet. Dans le domaine de l’animé par exemple, une étude menée par le Japanese Research Institute of Economy a prouvé que les séries également uploadées illégalement sur Youtube voyaient leurs ventes augmenter rapidement en DVD et que celles partagées via des sites de téléchargement n’avaient aucun impact réel sur les ventes de DVD, mais un petit impact négatif sur la location.

La fermeture de Megaupload aura au moins prouvé qu’il ne suffit pas de fermer un site de téléchargement pour que le public décide du jour au lendemain de changer ses habitudes. La meilleure option pourrait finalement consister en une lente séduction grâce à des prix plus bas et des offres promotionnelles, comme ce qu’on est en train de voir dans le secteur des jeux vidéo par exemple, avec l’offre digitale en pleine croissance grâce aux prix pratiqués sur Steam et les différentes promotions du PSN et du Xbox Live Arcade. Des offres qui semblent par ailleurs se généraliser également dans l’offre légale de téléchargement vidéo et audio…

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8 Comments

  1. Diolu

    17 février 2012 at 15 h 05 min

    Megaupload n’était qu’un des inombreux sites web proposant du contenu piratés. La fermeture du site de Mega upload n’a rien changé quant à la disponiobilité de ces contenus. De plus il convient d’ajouté qu’il n’est pas clair du tout que le téléchargement à tritre privé de contenu piraté soit illégal ( http://tinyurl.com/8yk84ns )

  2. Pingback: Le piratage n’aurait aucun impact sur le Box Office et l’offre légale | LeSoir Social Reader

  3. un type

    17 février 2012 at 15 h 53 min

    De même, il n’y a pas plus piratés que le logiciel Photoshop et la suite MS Office et c’est ce qui en a fait des standards incontournables. Adobe et Microsoft le savent bien, sinon ça ferait des années que leurs protections seraient efficaces.

    • LSIMON

      17 février 2012 at 18 h 01 min

      Tout-à-fait d’accord avec vous “un type”.
      Si Microsoft a un monopole quasi absolu sur les marchés des PC c’est bien à cause de cela.

  4. Roark

    17 février 2012 at 18 h 11 min

    Ce qui est intéressant avec le piratage en ligne, c’est qu’il tend à démontrer le peu d’avantage de la propriété intellectuelle, et donc du non-intérêt à tout son appareil coercitif, qui n’est que du gaspillage d’argent public.

    Même sans ces législations, les créateurs arrivent tout de même à se rétribuer.

    Oui, les causes de la baisse des ventes – ou, en regardant les chiffres, de leur retour à la normale – est à chercher ailleurs : diversification de l’offre, inadaptation à la modernité, effondrement d’un business model, crise économique, désintérêt du public…

    Le CD se meurt, le SACD (dont le DSD est de grande qualité, mais non supporté sur PC) et le DVD-A n’ont jamais pris, le dématérialisé c’est l’avenir. (en HD, comme chez HDtrack qui vend en 24-96khz, est de qualité bien supérieure au CD) Il suffit de regarder la vente de DAC pour s’en apercevoir.

  5. Pierre

    17 février 2012 at 18 h 30 min

    Saurait pas avoir d’impact, il existe des tas d’autres sites de téléchargements…rien de changé si ce n’est pour MU

  6. ElPombo

    17 février 2012 at 20 h 28 min

    excellente enquête quant aux raisons et à la distinction entre utilisateurs d offre légale/illégale, quand je lis que VOO est d accord aussi je me demande pourquoi on parle encore de piratage.

  7. Alain Verse

    18 février 2012 at 18 h 44 min

    Pourquoi 6 mois entre les sorties US et l’Europe alors que les canadiens disposent déjà du DVD doublé français ????

    Pourquoi ces programmes télé pour 3e âge les soirs de w-e ??

    Par ailleurs, 7 euros pour voir un demi-navet, c’est du vol. L’audio-visuel : c’est surtout un gros casino à fric à qui on ne peut rien dire. Le piratage, c’est une réponse….

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