Bruxelles. Nous sommes le mercredi 15 décembre, au fond du bar de la Porte Noire, quatre jeunes discutent internet et droit d’auteur. Parmi eux, Daniel Faucon, co-fondateur de la NURPA, une association de protection des droits des internautes, arbore un t-shirt portant l’adresse IP de Wikileaks. A ses côtés se trouvent Delphine Chevalier et Julien Deswaef, tous les deux membres du Parti Pirate belge. Nous avons profité d’une rencontre entre sympathisants pour nous intéresser à ces nouveaux venus en politique.

Comment devient-on pirate ? Pour la plupart, ils ne se considèrent pas réellement comme des militants, ils ne se présentent pas spontanément comme “membre du parti pirate” d’ailleurs. C’est par affinité avec le milieu qu’ils en sont venus à adhérer au mouvement. C’est essentiellement parce qu’ils sont sensibles à des questions telles que le partage de la connaissance, le droit d’auteur et la protection de la vie privée sur internet qu’ils se sont inscrits au Parti, plus que par ambition politique.

Dans une Belgique en crise, dépourvue de gouvernement depuis plus de six mois, les thèmes portés par le Parti Pirate rencontre parfois un peu de scepticisme en dépit de leur actualité. “C’est sûr que quand on parle sans cesse de conflit communautaire, de BHV, quand t’arrives avec un message sur la protection de la vie privée sur internet, sur les questions liées aux droits d’auteur, les gens ne comprennent pas forcément”, confie Julien Deswaef. Mais le parti peu compter sur une certaine sympathie de la part des jeunes. La criminalisation du téléchargement, que le Parti pirate considère comme le principal accès à la culture de toute une génération, semble être un motif d’unification. C’est Julien qui est chargé de lever les adresses mails du parti pirate : “On reçoit chaque semaine des mails de nouveaux sympathisants, c’est assez régulier.” Ils ne parient guère sur un succès tonitruant, ils observent d’ailleurs avec une certaine distance les résultats obtenus en juin dernier. “On a 2 200 sympathisants”, sourient-ils, en évoquant les 2 200 votes qu’ils ont récoltés.

Le Parti Pirate, un parti précurseur ?

Co-dirigé par trois présidents (Jurgen Rateau, Monika Kornacka et Marouan El Moussaoui), le Parti Pirate belge s’est présenté pour la première fois aux élections fédérales de juin dernier. En réalité, ce fut la deuxième tentative car en 2006 déjà, une première structure fut créée pour accueillir ceux qui désiraient défendre les intérêts de l’e-société et de l’utilisateur du web. Pour Jurgen Rateau, les élections européennes de 2009 ont donné un signal clair : il y a la place pour un Parti Pirate en Belgique. D’ailleurs,  Bruxelles a accueilli en avril dernier la conférence qui a marqué la constitution du Parti pirate international, dont la section suédoise a réussi à faire élire deux de ses représentants au Parlement européen.

Pourtant, la politique, c’est un mot, une idée qui rebute toujours une partie du monde de l’hacktivisme. Jurgen Rateau nous confie qu’on leur a d’ailleurs déjà demandé de se faire discret lors de certaines conférences, parce que les partis pirates acceptent les règles du jeu politique traditionnel et cette idée ne plait pas. Pour autant, il assume ses objectifs : “On peut faire comme si on était apolitique, mais c’est pas vrai. On veut arriver à ce que les choses changent, et pour ça, il faut accepter les règles du jeu”.

Est-ce qu’ils ont des objectifs précis en tête ? “Pas vraiment. Pour nous, l’objectif c’est de faire en sorte qu’on parle des sujets qu’on amène sur la scène politique. On est un peu comme les mouvements écologistes d’il y a 30 ans, un mouvement d’avant-garde qu’on ne prend pas trop au sérieux mais qui finira par s’imposer avec le temps”, explique Jurgen. Nous quittons le groupe qui s’est agrandi sans que l’on s’en aperçoive, Monika Kornacka et deux autres sympathisants sont arrivés. Les discussions reprennent alors de plus belle.

Bien sûr, on peut voir en eux des précurseurs un peu loufoques, mais il y a une évidence au sortir de cette rencontre : nous ne passerons pas, dans les années qui viennent, à côté du débat sur le statut de la culture sur le net et sur la protection de la vie privée alors qu’une tension de plus en plus apparente se fait jour entre les Etats d’un côté et les tenants de l’E-society de l’autre au travers de projet comme Hadopi, Loppsi ou l’ACTA.

Nous avons à nouveau rencontré Jurgen le lendemain, à l’occasion de la première réunion de HackDemocracy. Nous en avons profité pour lui poser quelques questions :

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