John Carpenter prête son univers à Toxic Commando, un shooter coopératif inspiré de Left 4 Dead. Entre hordes de zombies, véhicules et ambiance rétro, le jeu mise sur l’action et la nostalgie. On lui doit l’un des premiers véritables slasher du cinéma : Halloween et son tueur vedette Michael Myers. John Carpenter est au cinéma d’horreur ce que Nintendo est au marché de la console portable. C’est un pionnier, et lorsque son nom est lié à une oeuvre, quelle qu’elle soit, ça attise notre intérêt. C’est le cas de Toxic Commando, un jeu coopératif à la Back 4 Blood/Left 4 Dead, qui peut bénéficier de l’expérience d’un maître de l’horreur pour sa réalisation. Toxic Commando ne va toutefois pas chercher ses inspirations dans Halloween, mais plutôt du côté d’autres films cultes du célèbre réalisateur. The Fog, The Thing et Big Trouble in Little China sont les trois grandes inspirations du titre, qui se revendique être un pur condensé des plus grands films d’horreur des années 1980. Considéré Toxic Commando comme un véritable hommage à cette époque bénie des dieux, et vous pourrez le savourer à sa juste valeur. Malheureusement, Toxic Commando ne bénéficie pas suffisamment du savoir-faire de Carpenter pour exceller. On s’intéressera au gameplay plus tard pour s’attarder au scénario et à l’histoire, qui sont vraiment oubliables. Le titre veut volontairement adopter un ton ironique, voire idiot, avec des personnages clichés qui se balancent des punchlines à tout-va alors qu’ils sont submergés de zombies. Si, l’idée est sympa quoique vue et revue, la réalisation est tout simplement bancale et, parfois, lassante. Dans l’exécution, on se retrouve avec des dialogues qui fourmillent de blagues pas drôles, distillées par des personnages franchement pas marquants. Campés par des acteurs remarquables, ces 4 commandos nous donnent surtout l’impression de n’avoir rien en commun à cause d’une écriture lourde et pataude. Les cutscenes sont, certes, sympathiques, mais ne parviennent pas à enrober suffisamment le scénario. On se retrouve dans la peau de militaires, et on les envoie au casse-pipe pour zigouiller du zombie. Ces 4 commandos travaillent en équipe, mais n’ont absolument rien d’attachant ni d’intéressant dans l’écriture de leurs dialogues. Inspiré des très réussis Back 4 Blood et Left 4 Dead, Toxic Commando propose un gameplay dans la même veine. On se retrouve entre amis, on sélectionne un personnage et on lui attribue une classe de combat : Strike, Medic, Operator et Defender. Le premier est celui qui inflige le plus de dégâts, Medic soigne, Operator utilise un drone en soutien et Defender installe des barrières, tel un génie militaire. Les missions sont composées de plusieurs objectifs à accomplir à plusieurs. Impossible de jouer et d’avancer dans les missions sans compter sur ses partenaires. Tout au long des missions, l’on peut récupérer diverses armes pour envenimer la situation, parmi lesquelles un fusil d’assaut, un sniper, des armes de mêlée ou encore un lance-grenade. Les sensations de tir ne sont d’ailleurs pas étrangères à la réussite du titre. Les armes donnent de très bonnes sensations et sont toutes variées. C’est satisfaisant, pêchu et, surtout, lisible ! L’interface ni le champ de bataille ne sont surchargés, et il est très agréable de contenir les immenses vagues de zombies. Bref, la formule est classique, elle s’inspire peut-être de ce qui existe déjà, mais elle fonctionne. Classique, certes, mais Toxic Commando apporte quelques petites idées, parmi lesquelles le concept des véhicules. Habituellement, dans ce type de jeu, toutes les missions s’effectuent à pieds et l’on retrouve un peu de verticalité avec des immeubles ou des véhicules abandonnés à escalader. Mais ici, le titre nous propose carrément de traverser les cartes en voiture, camion ou encore ambulance et de se servir des capacités du véhicule pour tailler dans les hordes. Sur le papier, le concept est très réfléchi et agréable, puisque certains véhicules disposent de mitrailleuse embarquée, tandis que d’autres peuvent s’extirper de bourbiers grâce à un treuil. Ces véhicules peuvent même permettre de transporter toute l’équipe voire du matériel. Alors imaginez vous sortir de situations à risque grâce à un véhicule, ou encore un pneu qui crève au pire moment. Oui, ça peut apporter beaucoup. Le problème, c’est que ces véhicules peuvent frustrer autant qu’ils n’amusent, et ce, à cause de nombreux facteurs. D’une part, la conduite des véhicules est assez flottante, voire lourde, sur des routes parfois pénibles à appréhender. D’autre part, à force de vouloir trop en faire avec les véhicules, les développeurs en ont peut-être oublié le principal : zigouiller du zombie. On se retrouve plus souvent à circuler et chercher des ressources, et notamment du carburant pour le véhicule, plutôt qu’à tirer sur les ennemis. Il en devient presque une corvée, là où il devait être “l’idée du siècle”. Vendus comme LA bonne idée du titre, et à juste titre, les véhicules sont davantage un piège dont il convient de se passer dans les parties. Toxic Commando pèche aussi au niveau de sa construction, et notamment des missions. Certes, elles sont longues et généreuses et nous propose un rythme somme toute assez libre. Mais elles sont aussi très répétitives. Elles se composent comme suit : défendre une zone, escorter quelque chose, récupérer des composants, survivre jusqu’à la fin d’un chrono, activer des installations et tenir une position. Puis cette boucle se répète, jusqu’à la prochaine mission. A cela, ajoutez du loot à récupérer à tire-larigot. Au final, 80% de notre temps de jeu correspond à de la logistique ou de l’accomplissement d’objectifs, et 20% à des tirs purs et durs. Vous conviendrez que c’est peu. Conçu par les papas de World War Z ou encore de Space Marine 2, Saber Interactive, Toxic Commando profite des capacités monstrueuses du Swarm Engine, ce moteur de jeu maison qui permet d’afficher des vagues immenses d’ennemis. Les zombies dévalent les collines, escaladent les obstacles, envahissent les rues… L’écran est submergé, sans pour autant perturber notre champ de vision, et nous propose une vue tout simplement impressionnante. Ce genre de séquence donne au jeu son identité, une identité forte qui ne peut pas laisser insensible. Imaginez : l’équipe se retranche, sort les armes lourdes, installe des tourelles et autres barbelés. Elle se retrouve encerclée d’ennemis dont vous arrivez à venir à bout. Ca explose dans tous les sens, c’est jouissif ! Zigouiller du zombie n’a jamais été aussi jouissif, grâce à ce magnifique Swarm Engine. Mais qu’est-ce que les missions sont répétitives… Finalement, l’on peut principalement retenir de Toxic Commando son moteur de jeu et, surtout, sa direction artistique, grandement aidée par une bande son incroyable signée John Carpenter et son fils, Cody. Directement inspirée de la filmographie du réalisateur, elle est composée de mélodies synthés, aux accents rétros et à l’ambiance 80’s bien marquée. Un agréable mélange qui vient renforcer le sentiment de chaos qui émane des fusillades. Conclusion Toxic Commando est un jeu qui oscille en permanence entre plaisir immédiat et frustration latente. Saber Interactive parvient à livrer un shooter coopératif efficace, porté par un Swarm Engine impressionnant qui transforme chaque affrontement contre les hordes de zombies en véritable feu d’artifice chaotique. La bande-son signée John Carpenter et Cody Carpenter renforce encore cette identité rétro assumée, donnant au titre une atmosphère unique qui rappelle les grandes heures du cinéma d’horreur des années 1980. Mais derrière cette façade spectaculaire, le jeu peine à renouveler sa formule : missions répétitives, narration oubliable et mécanique des véhicules mal exploitée viennent freiner l’élan. Toxic Commando reste un défouloir coopératif solide, particulièrement amusant entre amis, mais qui manque de variété et d’ambition pour s’imposer durablement face aux références du genre.