Pratiquement 3 ans après Planet of Lana, Wishfully tente de séduire une fois de plus les joueurs avec une suite. Univers développé, gameplay diversifié, le studio met les petits plats dans les grands, au risque de décevoir sur certains points malgré une aventure toujours aussi envoûtante. En mai 2023, le studio suédois Wishfully sort Planet of Lana, un jeu de plateformes en 2D qui mise sur la narration et la contemplation. Avec une direction artistique qui n’est pas sans rappeler celle des productions de Ghibli, le titre se pare d’un charme fou entaché par un manque de profondeur du gameplay. Près de trois ans plus tard, l’équipe de développement sort une suite qui se déroule après les événements du premier volet. L’occasion d’étendre l’univers et d’en apprendre plus sur l’entourage de Lana mais aussi et surtout sur Mui, la petite boule de poils qui l’accompagne. Le passage de la forêt offre des scènes riches en émotions sublimées par une musique envoûtante Ce qui surprend de prime abord avec Planet of Lana II, c’est son découpage en chapitres, dont trois sont des flashbacks qui s’attardent sur Mui et le monde d’avant. Le titre gagne en cut-scenes ce qu’il perd en rythme au niveau de la progression. Bien entendu, outre le récapitulatif des événements du premier opus qui profite d’une localisation pour aider les nouveaux venus à comprendre certains points de l’histoire, tous les passages narratifs se font dans une langue spécialement développée pour le jeu. En d’autres mots, en tant que joueur, on ne peut qu’interpréter les dires, en fonction des réactions, des tonalités et des attitudes. Alors que Lana évoluait dans un monde en paix, après le sauvetage de sa grande sœur Elo, une petite fille qui était à ses côtés tombe sur un artefact qui la rend malade. Commence alors une quête simple : celle de la soigner en trouvant trois ingrédients. Cela va conduire à rencontrer d’autres tribus, à côtoyer d’autres personnages et à explorer des environnements plus variés, même si on retrouve bien ceux du premier volet. Seule la dernière partie de l’histoire fait grincer des dents lorsqu’on découvre le cliffhanger final… Comme l’impression que les scénaristes ne savaient pas vraiment comment terminer cette histoire ou qu’ils souhaitaient conserver une marge de manœuvre pour déployer plus tard un DLC ou une suite. Lana peut désormais nager pour explorer les fonds marins Visuellement, Planet of Lana II est dans la stricte lignée du précédent volet. La direction artistique fait toujours son effet et on apprécie grandement le travail réalisé sur les fonds marins à visiter, sur la forêt (qui s’offre des thèmes musicaux qui sortent du lot) ou celui de la nouvelle ville. Même si le rythme est plus haché que par le passé, notamment avec une multiplication des puzzles environnementaux, cette suite conserve l’aspect contemplatif qui fait le charme de la licence. On s’arrête ainsi devant quelques panoramas magnifiques, lorsqu’on voit certains jeux de lumière saisissants ou pour observer des peintures murales qui ajoutent des éléments au lore. Techniquement, il n’y a rien à redire, le jeu tourne parfaitement bien. Certes, il n’est pas foncièrement gourmand mais cet aspect est maîtrisé. La partie sonore est elle aussi d’excellente facture, avec des musiques en adéquation avec la situation ou l’environnement traversé. En bref, l’enrobage est séduisant et peut suffire à déclencher le coup de cœur pour les personnes qui y sont sensibles. Écoutant les retours des joueurs au sujet du premier volet, le studio suédois a revu le gameplay pour l’enrichir. Ainsi, désormais, Lana est capable de nager. Contrairement à Mui qui continue à se déplacer à la surface, quand la créature ne vient pas se loger dans une plante marine faisant office de sac de transport pour quelques séquences, Lana évolue au milieu des créatures marines. Certaines sont dangereuses, ce qui demande d’appréhender ces nouvelles phases. C’est là qu’intervient l’autre nouveauté. Mui peut prendre le contrôle de certains robots et autres créatures. Ainsi, la boule de poils nous permet d’incarner un poisson qui projette de l’encre pour masquer la vue d’un prédateur ou d’une caméra équipée d’un laser. Il donne le contrôle de robots qui peuvent transporter certaines charges ou encore tirer au laser sur des points spécifiques. La contrepartie, c’est que l’aventure n’est plus un grand tableau que l’on parcourt sans trop s’arrêter. Elle est entrecoupée de moult phases de réflexion. Même si on meurt deux ou trois fois, parce qu’un élément nous a échappé ou parce qu’on s’est trop précipité, il faut bien avouer que la progression reste tout de même très codifiée. Si vous êtes un habitué des énigmes, jeux d’esprit, etc., vous risquez d’avancer en mode automatique, remarquant plutôt le recyclage des situations, comme si ça visait à étirer la sauce pour atteindre les 6h de jeu. On gagne en diversité au niveau des possibilités mais la progression reste encore trop mécanique. Tout est guidé, quasiment évident, comme s’il ne fallait pas entacher le style cinématographique… Alors que ce dernier est perturbé par le hachage de la progression. Dommage, cela laisse un certain goût de frustration alors qu’on reste séduit par la coopération entre Lana et Mui. En plus, certaines scènes sont même très plaisantes, avec une certaine puissance émotionnelle. On sent d’ailleurs qu’une attention toute particulière a été apportée au passage dans la forêt. Conclusion De prime abord, Planet of Lana 2 est dans la droite lignée du premier opus. On retrouve les visuels enchanteurs, la direction artistique qui fait écho aux productions de Ghibli et l’univers sonore qui immerge grâce à des sonorités et des musiques très travaillées. Pour tenter d’améliorer la formule, Wishfully a souhaité donner plus de consistance à la narration et au gameplay. Le récit gagne ainsi en épaisseur, grâce à des flashbacks évoquant le passé de Mui et à des cut-scenes qui ajoutent plusieurs éléments au lore. Néanmoins, le chapitrage et l’imbrication des éléments perturbent le rythme. Et que dire du cliffhanger de fin qui laisse justement sur sa faim. Quant au gameplay, les nouveautés sont appréciables. Les passages aquatiques restent majoritairement réussis et la prise de contrôle de quelques robots et êtres vivants par Mui offre plus de variété, voire même de l’action, comme en témoigne le boss de fin… Alors que le maître mot de l’aventure est l’infiltration. Malheureusement, malgré les efforts et la bonne volonté, la progression se fait trop mécaniquement pour pleinement convaincre. Pour chipoter, les puzzles, qui se répètent, donnent le sentiment d’étirer la durée de vie (d’un peu moins de 6h). Malgré tout, Planet of Lana II reste une belle aventure que l’on prend plaisir à parcourir pour son univers et son ambiance.