Et si votre prochain patient était un vampire dépressif accro à OnlyFans ? Vampire Therapist ose un concept aussi improbable qu’intelligent. Voilà un jeu au concept fort original. Le 18 juillet 2024, Little Bat Games publiait sur Steam le jeu Vampire Therapist : un titre dans lequel vous incarnez un psychothérapeute pour vampires à qui vous devez prodiguer des conseils pour leur éviter la catastrophe ou les sortir de leur dépression. Nous n’avions jamais rien vu de tel, de quoi bien sûr attiser notre curiosité alors que le jeu vient de sortir sur consoles de salon. Dans Vampire Therapist, on incarne Sam Walls, un cow-boy devenu vampire venu en Allemagne pour apprendre auprès d’Andromachos, un vampire de 3 000 ans, comment être un bon thérapeute pour vampires. Soigner des personnes vivant depuis plus siècles voire millénaires n’est, logiquement, pas aussi simple que soigner des mortels, et c’est là que vous devrez apprendre les ficelles du métier. Le titre fonctionne sur le principe du visual novel. Entendez par là que 90% du gameplay se base sur des dialogues, qu’il faut lire et comprendre, et que vous aurez à faire des choix qui influencent l’histoire face à des personnages illustrés en 2D. Ce style est très populaire au Japon, moins chez nous, mais a un charme indéniable, d’autant que Vampire Therapist repose sur une direction artistique qui fait mouche, basée sur des musiques agréables, un doublage 5 étoiles et des décors joliment dessinés. Ce sont des dialogues qui font l’essence-même du titre donc, autour d’un seul thème : la psychologie et, plus précisément, la thérapie cognitivo-comportementale. Développé conjointement avec spécialistes de la santé mentale, le jeu aborde des thèmes sérieux, qui peuvent même parfois provoquer un certain malaise chez certain joueur non avertis. Notre carnet nous permet, rapidement, de consulter nos notes et d’avoir plus de détails sur les distorsions cognitives. Lorsque vous discuterez avec les vampires, vous devrez analyser leurs dires et trouver les bons mots pour leur répondre, ou plutôt les bonnes “distorsions cognitives”. Un concept assez ambigu pour quiconque n’est pas familier avec le langage médical, mais qui finalement nous est très facilement (et longuement) expliqué lors du tutoriel. Concrètement, il s’agit “d’erreurs de raisonnement systématiques, de raccourcis mentaux qui déforment la réalité de manière négative, influençant nos émotions et comportements” (merci Gemini). S’il existe de nombreux exemples de distorsions cognitives à identifier dans le principe de la santé mentale, le jeu repose sur 5 distorsions à repérer dans les dialogues. Le Nosferatu Thinking voit les situations comme un duel décisif : soit tout va réussir, soit tout va s’effondrer. C’est une vision dramatique et extrême des enjeux. Il y a le Labelling, qui consiste à se coller une étiquette globale et souvent excessive pour se définir. Les Should Statements consiste à s’exprimer avec des “je devrais”, en s’imposant des règles rigides qui génèrent frustration ou culpabilité. Enfin, Disqualifying the Positive consiste à minimiser ou rejeter les choses positives (“c’est juste de la chance”), même quand elles sont bien réelles et le Control Fallacy repose sur le fait de se croire totalement en contrôle de tout… ou totalement incapable d’agir. Le titre repose sur cinq concepts psychologiques fort que l’on apprend très vite à reconnaître dans les échanges avec les patients. Des concepts complexes à comprendre, de prime abord, mais qui sont heureusement répertoriés dans notre carnet, comme plein d’autres informations, et que l’on peut consulter quand bon nous semble. Ils sont complexes, certes, mais totalement sérieux. Heureusement, les dialogues sont entourés de thèmes plus légers, comme un vieux vampire accro à OnlyFans ou un scientifique désespéré qui cherche à tout prix à étancher sa soif de sang humain avec du sang artificiel. L’idée est vraiment originale et tellement bien formulée que l’on apprécie échanger avec nos patients. Malheureusement, quelques petits défauts viennent gâcher l’expérience, comme le fait que l’on ne fait pratiquement que ça durant les 10 heures de jeu. Mis à part quelques mini-jeux sans grand intérêt, le titre ne repose que sur de la lecture de dialogues et, à moins que l’on soit encore une fois un fan de visual novel, on en a vite fait le tour. L’autre petit souci que l’on reprochera à Vampire Therapist est son manque de défi. Andromachos, notre mentor, restera constamment présent lors des dialogues pour nous épauler et, si l’on vient à faire une erreur dans notre approche de la distorsion cognitive, il interviendra aussitôt pour nous dire que le choix est mauvais et qu’il faut en faire un autre. Impossible de se tromper donc, et avec cela l’idée d’un game over s’évapore très vite. Les mini-jeux ne permettent pas à eux seuls de diversifier le gameplay. Enfin, difficile de passer à côté du fait que Vampire Therapist soit un jeu qui n’est disponible qu’en anglais. Aussi bien les textes que les doublages se font en anglais, ce qui peut rendre très compliquée la compréhension des échanges et, logiquement, l’identification des bonnes distorsions cognitives. Le jeu ne s’adresse qu’à un public d’anglophones affirmés, les autres joueurs enchaîneront quant à eux les mauvaises réponses à cause d’une incompréhension du texte… Même votre fidèle serviteur, qui a un niveau d’anglais plutôt beau, s’est retrouvé perdu face à certaines références ou expressions. Conclusion Vampire Therapist réussit le pari d’allier humour noir, introspection et vulgarisation psychologique dans un écrin de visual novel aussi original qu’intelligent. Porté par une écriture fine, un doublage de qualité et une vraie rigueur dans le traitement des distorsions cognitives, le jeu captive par son concept et la richesse de ses dialogues. Reste une expérience très statique, peu exigeante et intégralement en anglais, qui pourra rebuter les joueurs en quête de challenge ou d’action. Une proposition audacieuse et brillante sur le fond, mais qui s’adresse avant tout à un public curieux, patient… et à l’aise avec la langue de Shakespeare.