Cela faisait 9 longues années que Styx avait disparu des radars. Le studio français Cyanide offre à ce curieux personnage un retour inattendu avec Blades of Greed, troisième volet de la série et l’épisode le plus ambitieux à ce jour. Ca s’annonçait déjà très bien avant la sortie du titre. D’une part parce que les premiers Styx étaient des jeux d’action / infiltration plutôt sympas. D’autre part, parce que ce troisième volet s’annonçait beaucoup plus ambitieux, tant dans sa réalisation (Unreal Engine 5) que dans sa construction, avec un level-design ouvert et quelques nouvelles idées séduisantes. Alors bien sûr, on n’était pas à l’abris d’un accident de parcours. Mais vu l’ADN du studio, une mauvaise surprise était peu probable. Et autant vous le dire d’entrée de jeu, si ce Styx: Blades of Greed ne révolutionne pas la formule, il succède brillamment à ses prédécesseurs. Pour ceux qui auraient loupé les deux premiers épisodes, il convient de contextualiser cette sortie. Styx est un jeu d’action / infiltration old-school, qui se joue un peu à la façon d’un Splinter Cell light, mais qui prend place dans un univers fantaisiste. Vous incarnez ici un gobelin obsédé par le quartz, qui va tenter de récupérer tous les cristaux qu’il rencontre pour son propre intérêt. Ces cristaux lui confèrent en effet des pouvoirs supérieurs. Vous pouvez passer sous vos ennemis en empruntant les conduits. Dès le premier contact, on se rend compte que le jeu est plutôt ambitieux, avec de jolies cinématiques qui semblent tout droit sorties d’un film. Il ne faudra néanmoins pas trop en attendre du scénario du jeu, qui reste atrocement bancal, et qui n’est qu’un prétexte à nous faire voyager dans les trois biomes du jeu. Forcément, on en attendait plus car ce troisième Styx était censé être un simili-AAA. Avec ses personnages secondaires peu intéressants, Blades of Greed est loin de tirer parti de l’énorme potentiel de l’univers d’Of orcs and men. Et c’est bien dommage au vu de la personnalité flamboyante de Styx, un gobelin atrocement égoïste au cynisme foudroyant. Très bien écrit, le personnage est d’ailleurs admirablement doublé, ce qui ne fait qu’ajouter à notre frustration… Pad en main, Styx: Blades of Greed montre assez rapidement tout son potentiel. La principale différence avec ses ancêtres ? Des niveaux beaucoup plus ouverts qui laissent au joueur le choix de l’approche. Et ça change tout puisque le titre est non seulement moins dirigiste mais également beaucoup plus addictif. D’autant plus que la verticalité des niveaux est joliment exploitée. Chaque construction pourra explorer sur quatre, cinq, voire six étages. Notez toutefois qu’il faudra rester silencieux. Certes, il est possible d’affronter un ou deux ennemis au corps à corps, en frontal, mais vous risquez d’y perdre quelques plumes, le système de combat n’étant pas à votre avantage. Et surtout, si l’alarme résonne, vous serez vite dépassé. Tout repose donc sur l’infiltration. Styx se faufile dans l’ombre, il est très agile. Il faudra observer les rondes des ennemis pour les éviter soigneusement, passer sous les tables, se cacher dans des tonneaux, s’accrocher aux rebords pour passer devant une fenêtre, sauter de lustre en lustre, passer par des souterrains… Vous aurez quelques gadgets à votre disposition. Vous pourrez utiliser des fléchettes pour éliminer vos ennemis, éteindre manuellement les bougies ou jeter du sable dessus pour profiter de l’ombre, attirer l’attention des gardes en brisant une bouteille à quelques mètres de vous, contaminer de l’eau pour tuer les gardes qui s’y abreuvent… Les possibilités sont nombreuses et plutôt joliment exploitées. Pad en main, on a l’impression de jouer à un jeu de l’ère Xbox 360 / PS3, et ça fait furieusement du bien. D’autant plus que la difficulté est au rendez-vous avec des ennemis retords, une IA très correcte et quelques passages tendus. Seulement voilà, tout ne fonctionne pas aussi bien… Le jeu est livré dans un état pas franchement convaincant à la sortie. Nous avons été témoins de nombreux bugs, d’ennemis qui ne sortent pas du statut d’alerte, qui vous entendent sans aucune raison, des chutes dans le vide imprévues du personnage et j’en passe. En moyenne, une toutes les 20 minutes. Ce n’est pas dramatique en ce sens qu’on n’a été confronté à rien de bloquant. Néanmoins, nous ne saurions que trop vous conseiller d’attendre un gros patch avant de vous lancer car ça affecte forcément l’expérience. Il convient d’éviter de se faire remarquer… Second bémol : même si le jeu et ses niveaux ouverts sont réussis, on n’est pas totalement convaincus par le système de progression avec les voyages par zeppelin et ses niveaux qui se ressemblent trop. Le level-design tourne vite en rond et beaucoup de joueurs lâcheront le jeu en cours d’aventure. C’est dommage car la formule est vraiment plaisante. Le jeu aurait gagné à proposer une formule plus variée et peut-être plus dirigiste en définitive… Côté technique, Styx: Blades of Greed est une belle réussite. Le jeu exploite joliment l’UE 5. Les décors sont superbes, les modélisations soignées, les effets de lumière très réussis. Globalement, ce nouveau Styx impressionne et nous donne l’impression d’être un vrai triple-A. On regrette toutefois un character design pas fabuleux en-dehors de Styx. Même son de cloche pour la musique, réussie, mais pas forcément mémorable, avec des morceaux trop discrets et des bruitages qui ne sont pas assez exploités durant l’aventure – le bruit n’ayant pas énormément d’impact sur le comportement des patrouilles. Conclusion Plus ambitieux que ses prédécesseurs, Styx: Blades of Greed ne parvient toutefois pas totalement à concrétiser ses idées. C’est un bon jeu d’infiltration old-school, un Splinter Cell light à la sauce fantasy qui fait mouche avec son gameplay très plaisant et son univers séduisant. Les décors verticaux et plus vastes que dans les précédents volets apportent un vrai plus. En revanche, le level-design est trop répétitif. On tourne vite en rond, et les décors également. C’est dommage, d’autant plus que visuellement le titre est une vraie réussite. Malgré ses ambitieux, ce troisième volet de la série ne fait donc pas forcément mieux que les deux précédents, mais il n’en reste pas moins un jeu très plaisant.