Un manoir figé dans le temps, une jeune fille morte dans sa chambre, et un détective brisé par une affaire passée : The Last Case of John Morley nous plonge dans une enquête à l’ancienne, entre mystère et mélancolie. Londres, années 1940. Le détective John Morley se remet de sa plus grosse enquête, l’affaire du meurtre des chaussures rouges, de laquelle il est ressorti grièvement blessé et plongé dans le coma à l’hôpital. Une fois réveillé et revenu dans son bureau, il fait la rencontre de Lady Margaret Fordside, une riche anglaise qui lui propose 60 000 livres s’il parvient à résoudre le mystère du décès de sa fille retrouvée morte dans sa chambre. 20 ans plus tard, John Morley rouvre le dossier et file vers le manoir de Bloomsbury, où se sont déroulés les faits. Ce scénario n’est pas celui d’un roman policier d’Agatha Christie, mais bien celui de The Last Case of John Morley, la dernière production du jeune studio indépendant Indigo Studios. Passés maître dans l’art du jeu d’enquête et dans la résolution de puzzles et d’énigmes, les espagnols d’Indigo s’illustrent cette fois avec la dernière enquête d’un vieux détective privé londonien. A travers d’intéressants flashbacks, John Morley nous fait revivre une enquête passionnante. Pour sa dernière enquête, John Morley s’aventure dans une histoire qui se boucle assez rapidement, mais qui investit le joueur de la première à la toute dernière minute. Comptez un peu plus de trois heures pour venir à bout du jeu, vendu 12,49€ dans nos vertes contrées. Un prix assez doux pour une expérience somme toute courte, on ne se sent pas volés. D’autant que le titre propose un réel contenu. L’enquête est passionnante. Malgré quelques lacunes techniques qui entachent le tableau, on se retrouve captivé par cette histoire de meurtre sur une jeune fille à qui la vie n’a pas fait de cadeaux. D’abord dans le manoir de Bloomsbury, ensuite dans un asile où la jeune Elody a été internée avant son meurtre, l’enquête nous fait découvrir deux lieux figés par le temps, remplis d’énigmes bien ficelées et plutôt faciles à résoudre. Quelques flashbacks nous sont même proposés pour y voir plus clair dans l’histoire d’Elody, et de (très) nombreux documents, remplis d’indices ou d’explications sur cette famille, sont parsemés ici-et-là. Et … c’est tout. En effet, avec seulement trois petites heures de jeu, difficile de proposer davantage en termes de contenu. Pire encore, The Last Case of John Morley se permet de très nombreuses longueurs, tant au niveau des documents à lire que des dialogues, qu’il n’est malheureusement pas possible de parler. Certains échanges semblent ainsi interminables et l’on a rapidement envie de dégainer son téléphone pour aider le temps à passer plus vite. Visuellement, ce n’est pas ça, avec d’horribles effets de lumière gâchant presque tout. Néanmoins, on ne pourra enlever à Indigo Studios sa capacité à proposer un scénario haletant qui tient debout, soutenu par une direction artistique au poil. Plongé dans les années 40, l’on a envie de lire tous les documents qui s’offrent à nous, malgré les longueurs, pour en apprendre plus sur l’histoire de la famille Fordside et de la jeune Elody. Le scénario est habilement ficelé, avec une construction narrative réalisée de manière à ce que l’on ne s’embrouille pas et que les indices nous sont fournis nous aident réellement à élucider le mystère. Mais de bonnes intentions ne suffisent malheureusement pas à elles seules pour réaliser un excellent jeu. Le manque de moyens du studio se ressent tant au niveau des graphismes que des expressions faciales, de la finition ou de l’ambiance sonore. Sans être affreux, le titre est gâché par d’immondes effets de lumière et des textures qui prennent une plombe à charger. La navigation dans les menus ou choix de dialogue est cauchemardesque, tandis que les bruitages et autres effets sonores semblent réalisés par un enfant de cinq ans. Conclusion The Last Case of John Morley est une expérience modeste, imparfaite, mais profondément sincère, portée avant tout par la force de son écriture et de son ambiance. Indigo Studios livre une enquête mélancolique et prenante, qui parvient à captiver malgré sa durée très courte et ses nombreuses longueurs narratives. Le scénario, bien construit et cohérent, donne envie de s’investir jusqu’au bout, aidé par une direction artistique soignée dans ses intentions et un véritable amour pour le polar à l’ancienne. Malheureusement, le manque de moyens techniques, une réalisation datée et une ambiance sonore peu inspirée viennent freiner l’immersion et empêchent le titre d’atteindre pleinement son potentiel. Reste un jeu d’enquête touchant et honnête, qui séduira les amateurs de récits policiers avant tout sensibles à l’histoire plutôt qu’à la forme.