Project Motor Racing est la nouvelle tentative ambitieuse de Straight4 et GIANTS Software pour s’imposer dans le monde exigeant de la simulation automobile, un terrain déjà largement dominé par quelques références bien installées. On ne compte plus les simulations automobiles qui tentent de devenir la nouvelle référence sur PC et consoles. Niveau réalisme pur, la série Forza Motorsport fait office de référence, avec huit épisodes tous aussi réussis les uns que les autres. Mais Forza, c’est un contenu énorme, un gameplay aux petits oignons et des sensations de conduite inégalables. Difficile de rivaliser avec ça, mais c’est probablement l’ambition du petit studio Straight4 qui, accompagné de GIANTS Software (les papas de Farming Simulator), se lancent dans l’aventure Project Motor Racing (PMR). Une aventure pleine d’ambition donc, pour un titre qui veut bien faire. L’intention est là : offrir un jeu accessible mais qui requiert du joueur une attention de chaque instant et un contrôle de son véhicule total. Ce n’est, certes, pas une mince affaire, mais le jeu fait tout pour vous y aider. En revanche, et c’est là que le bât blesse, il le fait peut-être de manière maladroite. Ce qu’on attend d’une simulation automobile réaliste est clair. Que le joueur doive calculer avec une précision extrême le tracé de la piste, qu’il maîtrise le freinage comme si sa vie en dépendait et qu’il sache profiter de l’adhérence pour enchaîner les virages sans finir dans les graviers. Ces mécaniques, PMR semble les avoir bien intégrées, sans jamais parvenir à trouver sa propre identité, là où un Forza ou un Assetto Corsa Competizione sont aujourd’hui bien ancré dans le milieu. Projet Motor Racing veut trop en faire, quitte parfois à s’éparpiller et à ne pas aller suffisamment dans les fondamentaux : à savoir faire ressentir la vibration et le ronronnement du moteur jusque dans la manette du joueur. Oui, il est en train de pleuvoir. On se retrouve avec un gameplay parfois trop encadré, manquant de cette part d’instinct ou d’imprévisibilité. Malgré un moteur physique appelé Hadron qui utilise de véritables données fournies par des pilotes pro et donnant à chaque véhicule une identité propre, PMR reste retenu, comme si le comportement des véhicules était filtré, voire bridé par un moteur trop “prudent”. D’autant que le titre ne profite pas des capacités de la DualSense de la PS5 et des vibrations évoluées. Ce ressenti se ressent davantage encore volant en mains, voire varie en fonction des véhicules. Sur les voitures GT3/GT4, le retour de force est trop mou, tandis que le ressenti est bien meilleur avec des véhicules plus légers et donc plus maniable. Néanmoins, il est important de saluer le travail impressionnant réalisé par les équipes de Straight4 sur la physique. Certes, tout n’est pas parfait, mais l’on se retrouve avec un titre à la physique crédible et sérieuse, donnant à la conduite une cohérence rare. Les transferts de charge, les freinages tardifs ou encore la gestion du grip, tous sont restitués avec rigueur et implique le joueur un maximum dans la gestion de sa vitesse. On n’est pas sur une physique à la Assetto Corsa ou à la Forza, mais elle promet pour l’avenir si suite il y a. Un autre aspect du gameplay nous a beaucoup chiffonnés, c’est l’IA. C’est presque même le plus gros point noir du titre tant elle est aux fraises. Les véhicules adverses gérés par l’intelligence artificielle donnent l’impression d’être sur des rails, incapables d’adapter leur trajectoire à la situation. Les bots n’hésitent d’ailleurs pas à rentrer dans le joueur si celui-ci se trouve sur leur chemin et ne s’en écartent pas. Résultat : on se retrouve avec des collisions trop fréquentes, injustes et rarement sanctionnées. Le plaisir de jeu s’en voit fortement perturbé, transformant les courses en enchaînement de frustrations. PMR donne l’impression de revenir vingt ans en arrière sur ce point. Les sensations ne sont pas incroyables, mais l’envie des développeurs est bien présente. A l’IA catastrophique et aux sensations bridées viennent s’ajouter un système météorologique, lui aussi, daté. Les développeurs se sont en effet reposés sur le système True2Track, offrant une météo dynamique qui modifie l’adhérence et la surface en temps réel. Mais dans les faits, c’est plutôt à une vraie déception que l’on a à faire, avec une pluie peu réaliste, des flaques qui pop-up subitement et des transitions entre les différents temps brutales. Pire encore, parfois, la voiture donne l’impression de patiner alors que la piste semble sèche, ou inversement, bridant totalement l’immersion. Visuellement, on se retrouve avec un moteur de jeu qui est propre et qui offre des performances stables. C’est toutefois le même que pour Farming Simulator, ce qui ne le rend pas nécessairement adapté à une simulation moderne de cette envergure. Les ciels sont neutres et la lumière ne crée aucun relief ni cette “patine” si agréable lorsque l’on pilote une Porsche sur un circuit à la tombée du jour. Niveau contenu, Projet Motor Racing ne s’en sort pas trop mal bien que, là aussi, ce soit imparfait. Le titre propose différents modes solo et multijoueur, allant de la carrière à des événements eSports ou de classements. La proposition est solide, bien qu’elle manque à ce niveau aussi de liant et finition. Intéressons-nous principalement au mode carrière, l’atout principal de PMR. Il avait tout pour être une franche réussite et pour marquer durablement le genre de la simulation automobile. Gestion des sponsors, système financier poussé, contraintes réelles du sport auto… Pourtant, dans les faits, la carrière s’apparente juste à un enchaînement sans saveur de courses, sans mise en scène ni récompenses visuelles. Au final, toutes les bonnes idées tournent en rond et finissent par lasser, faute d’agrémentation et d’à-côtés solides. Fonctionnel mais pas motivant, le mode carrière ne raconte au final rien. On gagne de l’argent, on achète une voiture, et on recommence. C’est une boucle perpétuelle, sans mise en scène rythmant la carrière du pilote, ne procurant par ce biais aucune émotion au joueur. Niveau contenu, PMR est très très solide. En revanche, là où le titre fait fort, c’est dans le contenu initialement proposé en termes de bolides et de tracés. Comptez 70 véhicules répartis sur dix catégories (LMDH, GT3, GT4, MX-5, GT, N-GT, LMP, GT1, GROUP C, Sports Car 70, GTO, 992 Trophy et 964 Trophy) provenant de fabricants tels qu’Alpine, Maserati, Marcos ou Lola. Quelques petites pépites se cachent même dans le titre, comme la Gillet Vertigo, du fabricant belge Gillet Automobiles ! Les pistes ne sont pas en reste, puisque l’on y retrouve Spa-Francorchamps, Spielberg, le Nürburgring ou encore Lexington. A défaut d’avoir une âme, PMR a de la matière… Mais là où le titre va plus loin et promet un contenu encore plus impressionnant, c’est par l’introduction d’un système de mods. Assez inédit sur consoles dans un jeu de sim racing, ce système de modding repose sur une bibliothèque de contenus “pré-approuvés” par le studio. Nouvelles voitures, livrées ou circuits, représente une réelle ouverture des développeurs vers les créateurs et vers le joueur désireux de trouver la perle rare que le studio n’était pas parvenu à proposer dans le contenu initial. Conclusion Project Motor Racing est un jeu frustrant, mais terriblement prometteur. Frustrant parce qu’il accumule les maladresses là où on attendait une affirmation claire : sensations de conduite trop filtrées, IA dépassée, météo peu crédible et mode carrière sans âme viennent freiner une ambition pourtant évidente. Mais prometteur parce que tout le reste est là : une base physique sérieuse, un contenu initial impressionnant, une ouverture rare au modding sur consoles et une volonté sincère de proposer une simulation accessible sans être simpliste. PMR ne parvient pas encore à rivaliser avec les cadors du genre, mais il pose des fondations solides sur lesquelles Straight4 peut bâtir quelque chose de bien plus grand. Avec du travail, des ajustements et une vision plus affirmée, le titre pourrait bien devenir, à terme, l’outsider capable de bousculer l’ordre établi du sim racing.