Un outil pour détecter les symptômes de Parkinson jusqu’à 5 ans à l’avance

P3Lab, une startup européenne développe un dispositif médical basé sur l’”eye tracking”. L’objectif est d’aider au diagnostic précoce des maladies neurologiques.

“L’OMS considère les désordres d’ordre neurologique comme la plus grande menace sur la santé publique” informe Antoine Pouppez, fondateur de la start-up P3Lab. Aujourd’hui, ces troubles concernent 130 millions d’européens. Cela représente sept millions de nouveaux cas et neuf millions de morts chaque année.

P3Lab a pour mission de propager une solution d’eye tracking appelée NeuroClues. Son but ? Aider à diagnostiquer des maladies neurologiques telles que Parkinson, la sclérose en plaques, les lésions cérébrales traumatiques ou encore Alzheimer. Celles-ci affectent collectivement 3 % des populations européennes et nord-américaines.

Grâce à NeuroClues, les neurologues pourront quantifier instantanément leur examen clinique tout en supprimant le besoin d’examens complémentaires. Une fois déposé au niveau des yeux du patient, ce masque électronique permet de diminuer de plusieurs mois le délai d’obtention d’un diagnostic.

“Cette innovation permet de détecter cinq ans à l’avance des symptômes spécifiques tels que le blocage de la marche”

Des diagnostics tardifs

Le diagnostic représente la plus grande problématique des maladies neurologiques. “Cela est dû à la plasticité de notre cerveau”, explique Antoine Pouppez. Selon lui, “lorsqu’un de vos neurones meurt, le cerveau arrive à trouver des alternatives et des chemins pour contourner ce neurone et donc maintenir l’activité du cerveau sans avoir d’impact”. Le problème intervient si la cause de cette dégénérescence est une maladie neurologique. Comme la plasticité du cerveau masque les effets de la maladie, “les gens viennent chez le neurologue trop tard, lorsque la maladie est déjà trop installée”, regrette le fondateur.

“Le challenge est d’arriver à détecter de la façon la plus précoce possible les maladies neurologiques”

Pour cela, P3Lab se concentre sur les yeux, qui bougent de façon continue. “Nous faisons plus de mouvement d’œil au cours de notre vie que de battement de cœur” illustre Antoine Pouppez. Il s’agit du mouvement le plus rapide du corps humain, “allant jusqu’à 600 degrés par seconde, avec des accélérations de 35 000 degrés par seconde”. Un mouvement étudié scientifiquement depuis de nombreuses années.

Les yeux comme détecteurs de maladies

“On sait depuis les années 60 que les mouvements oculaires permettent de façon causale d’établir un lien entre ce que l’on observe sur le mouvement et les atteintes du système neveu central”, explique Pierre Daye, autre fondateur de P3Lab. Certaines zones du système nerveux central influencent le contrôle et la coordination du mouvement oculaire. Depuis les années soixante, les chercheurs savent aussi comparer les mouvements oculaires. Ceux effectués par des personnes saines ne sont pas les mêmes que ceux des personnes atteintes Parkinson ou d’autres formes de maladies neurologiques.

L'”eye tracking” ou oculométrie permet de détecter ces maladies très tôt. Cette science visant à étudier le mouvement de l’œil est la base de NeuroClues, l’outil développé par P3Lab.

Accompagner les praticiens

NeuroClues est conçu pour répondre aux besoins des praticiens. Il s’intègre dans la pratique courante des médecins grâce à un logiciel et une solution d’“eye tracking” portable qui effectue des mesures et des analyses en quelques minutes.

Des capteurs et des processeurs FPGA sont à la base du design des cartes électroniques, des interfaces et des connexions. “En fait, nous avons créé un PC avec un processeur spécifique et des webcams personnalisées avec des capteurs d’image”, vulgarise Pierre Daye. Les quatre briques de l’appareil NeuroClues sont les capteurs, les caméras, l’unité logique (FPGA) et l’hardware. Quant au contrôle de l’appareil, P3Lab a développé une application disponible sur Windows, Mac et Androïd.

P3Lab a pour volonté “d’amener cette solution de diagnostic connue dans la recherche, dans la pratique du clinicien pour l’appliquer dans le diagnostic des maladies neurologiques”. Les maladies neurologiques, telles que la commotion, la sclérose en plaque, l’Alzheimer ou encore le syndrome parkinsonien, affectent 3% de la population pour lesquels “l’eye tracking a une valeur”, illustre Antoine Pouppez.

Réduire le temps de diagnostic

Cet outil représente un changement de paradigme dans le diagnostic du syndrome de Parkinson. Il permet de quantifier instantanément l’examen clinique du neurologue. P3LAB a pour ambition d’éviter le recours aux examens complémentaires couteux et peu accessibles dans le but de diminuer ainsi de plusieurs mois le temps d’attente du patient pour obtenir un diagnostic. Plus précisément, NeuroClues détecte, plusieurs années à l’avance, des symptômes spécifiques comme le blocage de la marche.

“Avec NeuroClues nous souhaitons raccourcir le temps d’examen clinique, le temps vers le diagnostic et les examens complémentaires”

Dans le futur, P3Lab voudrait développer un deuxième appareil destiné aux généralistes. Basé sur la même technologie, cet outil servirait à étudier les mouvements oculaires du patient de façon “ultra simple” pour pouvoir le rediriger rapidement vers un neurologue si nécessaire.

Une certification médicale

En comparaison avec ce qui existe déjà sur le marché, NeuroClues va être certifié comme “medical device”. “Il pourra donc être utilisé dans une pratique courante de médecine sans nécéssiter des documents administratifs de vérification d’éthique” traduit Pierre Daye.

Ce mois-ci P3Lab annonce la réussite de sa levée de fonds de 4,2 millions d’euros menée par Invest.BW, l’américain Graph Ventures, Artwall, des Operator Angels. La Région Wallonne (DGO6 et Novalia) soutient également la start-up. Actuellement, P3Lab construit un réseau de collaborations internationales en Europe et aux États-Unis.