Le monde des cryptomonnaies suscite un intérêt grandissant de la part des professionnels de la finance et du grand public. Face à la demande, des dizaines de services offrent la possibilité de payer des biens et services directement depuis un portefeuille de devises virtuelles. Voici un petit guide non exhaustif pour mieux s’y retrouver.

Le marché des cryptomonnaies a pris énormément de valeur cette année. Certaines personnes possèdent des sommes conséquentes dans leurs portefeuilles de devises virtuelles et il peut être tentant de jouir de ce patrimoine au jour le jour. Rapatrier des sommes d’argent venant des plateformes d’échange de cryptomonnaies peut s’avérer laborieux, les banques belges classiques étant encore relativement frileuses à cet égard, et pour une bonne raison puisqu’elles doivent contrôler le blanchiment d’argent. Toutes les plus-values réalisées grâce à l’achat et la vente de cryptomonnaies sont potentiellement soumises au Fisc. L’achat de biens et services à un montant total plus élevé qu’une mise initiale est considéré comme une réalisation du gain. Il convient donc d’agir en conséquence sous peine d’être poursuivi pour fraude fiscale.

Avant d’énumérer les options, précisons que ceux-ci se subdivisent en deux grandes catégories : ceux qui permettent de payer directement en cryptomonnaies et ceux qui ne proposent de ne payer qu’en euros.

Coinbase, accessible mais avec des frais trop élevés

En premier, nous retrouvons la solution facile et pratique : la carte prépayée Coinbase. La plateforme d’échange américaine est l’une des plus répandues auprès du grand-public pour sa simplicité d’usage. Une carte Visa Coinbase est proposée depuis 2019 aux clients belges qui en font la demande.

La carte Coinbase donne la possibilité de payer directement avec les actifs de la plateforme (crédit : Coinbase)

Si cette carte est très simple d’utilisation et correspond aux plus néophytes, elle n’est cependant pas la plus avantageuse au niveau des coûts. Il faut débourser 4,95 € pour se la procurer, les coûts de conversion lors d’une transaction sont actuellement de 2,49% du montant. À cela s’ajoutent les coûts de transactions de 0,3% dans d’autres pays de l’Union européenne et de 3% à l’international. De plus, le client n’a aucune mainmise sur les taux de conversion qui sont souvent désavantageux, Coinbase achetant des cryptomonnaies à un prix légèrement plus bas que celui du marché. Il y a également des frais de 1% à 2% lors d’un retrait en ATM de plus de 200 €.

La gamme d’actifs prise en compte par Coinbase pour les paiements se compose de huit devises. On y retrouve le Bitcoin, l’Ethereum, le Litecoin ou encore le Stellar Lumens. À noter qu’il n’y a cependant aucun Stablecoin de disponible dans le lot. Il y a également une limite d’achat de 10 000 € par jour, de 20 000 € par mois et de 100 000 € par an.

Binance, le plein d’avantages

La carte Visa Binance est associée à la plateforme d’échange la plus utilisée au monde. Cette carte est disponible en Belgique depuis moins d’un an. Le modèle ressemble fortement à celui de Coinbase, mais réunit de nombreux avantages face à ce dernier.

Premier avantage, elle est gratuite. De plus, elle n’impose pas de frais à l’étranger, de possibles frais de 0,9% sont cependant applicables lors d’un paiement. La limite de retrait à l’ATM est de 290 € par jour à un taux de 0,9%. La limite de paiement totale est de 8700 € par jour. Il faut également noter que Binance semble rester honnête quant aux taux de change appliqués.

Mais le plus gros avantage de cette carte face aux autres services de cette catégorie reste le cashback. Tous les détenteurs de cette carte recevront quotidiennement une valeur équivalente à 1% de leurs achats en BNB (la cryptomonnaie permettant d’utiliser certains services Binance). Il est également possible d’atteindre par pallier jusqu’à 8% de cashback, à condition de staker des BNB, c’est-à-dire les placer en épargne.

La carte Visa Binance se gère au sein même de la plateforme, avec une rubrique pour le cashback (crédit : Binance)

La carte supporte également un grand nombre d’actifs différents. Il y a notamment du BNB, du Bitcoin, de l’Ethereum, du Cardano, du Polkadot. Mais le service propose aussi un stablecoin : le BUSD, et même l’Euro en monnaie Fiat. Il est aussi important de rappeler que cette carte donne indirectement accès à tous les autres services qu’offre Binance sans devoir payer de frais de transferts.

Monolith, la gratuité

Anciennement appelé Token Card, Monolith diffère des deux services cités précédemment, car il s’adresse à un public plus spécifique et spécialisé. Il propose des services de finance décentralisée (DeFi)  basés sur l’écosystème Ethereum et sur son token habilement nommé… Token. Le but est de pouvoir recharger une carte Visa prépayée et d’effectuer des dépenses quotidiennes sans sortir du réseau Ethereum. Cette carte s’adresse donc à celles et ceux qui chercheraient une passerelle directe entre la DeFi et leur vie de tous les jours.

L’envoi de la carte est gratuit et il n’y a pas de frais mensuels. Les achats ne sont généralement pas majorés non plus, mais il y a des frais de recharge. En effet, Monolith prélève 1% lors d’un transfert de fonds sur la carte en devises du réseau Ethereum, mais 0% pour sa propre devise, le Token. De plus, les paiements dans une autre devise que l’euro seraient majorés de 1,75% de frais de conversion. Quant aux retraits en ATM, ils coûtent 0,85 € chacun au-delà de 2 fois par mois. On peut retirer jusqu’à 350 € de cash par jour, ce qui est plus que beaucoup d’autres services, et la limite de paiement est de 8000 € par jour. Le solde total du compte ne peut d’ailleurs pas excéder les 8000 €.

Avec la carte Monolith, le client ne sort de la blockchain Ethereum qu’au moment de la transaction (crédit : Monolith)

La carte prend en charge de nombreuses devises de l’ERC-20 (le réseau basé sur la blockchain Ethereum) dont l’Ethereum, le stablecoin DAI, ou encore le Token.

Nuri, la néobanque

En plus de fournir un service de conversion simple entre crypto et Fiat, Nuri (anciennement Bitwala) a la particularité de proposer de véritables comptes en banque. Basé en Allemagne et associé à la banque allemande Solaris, le projet a été en partie financé par le plan Horizon 2020 de l’Union européenne. Ce détail ajoute un certain gage de qualité et de fiabilité. De plus, les comptes sont assurés jusqu’à 100 000 € en cas de pépin. Nuri se rapproche plus des néobanques comme N26 et Revolut que des cartes présentées précédemment.

Au delà de la carte Visa prépayée, Nuri propose un réel service bancaire européen (crédit : Nuri)

Cette crypto banque donne donc la possibilité à ses clients d’échanger à tout moment leur monnaie Fiat en cryptomonnaie, moyennant une majoration de 1% du prix. Les clients disposent donc de portefeuilles de Bitcoin et d’Ethereum, en plus d’un compte classique. Seules ces deux devises virtuelles sont cependant prises en charge par Nuri. Les clients peuvent également en envoyer vers d’autres portefeuilles et en recevoir.

La banque se démarque par son prix avantageux. Mis à part les frais de conversion euro/Fiat, Nuri ne prélève pratiquement rien. L’envoi de la carte Visa est gratuit, il n’y a pas de coûts supplémentaires lors des transactions ni lors des retraits au distributeur de billets, le montant de retrait maximum étant de 3000 €. Le montant maximum d’achat par jour est également de 3000 € pour les achats en physique et de 5000 € pour les achats en ligne.

Nuri n’offre pas de cashback, mais possède d’autres avantages. Il est notamment possible de placer ses cryptomonnaies en épargne directement sur l’application avec un rendement annuel allant actuellement jusqu’à 3,51%. La banque permet également de sortir sa déclaration d’impôt en un clic.

Seul bémol pour les anglophobes, Nuri n’est disponible qu’en Anglais et en Allemand pour le moment.

Wirex, l’IBAN en prime

Wirex est originaire de Grande-Bretagne et est l’un des plus anciens services dans le domaine du paiement en cryptomonnaie, et l’une des plus utilisées. À l’instar de Nuri, les clients de Wirex possèdent chacun un IBAN. Il faudra convertir ses actifs en monnaie Fiat sur la carte prépayée pour les dépenser. Le business modèle de Wirex se base sur ses taux de conversions compétitifs entre cryptomonnaies et Fiat, mais également entre les devises nationales elles-mêmes.


La force de Wirex réside dans ses taux de conversions compétitifs et instantanés (Source : Wirex)

Il est possible de virer sur Wirex plus de 50 cryptomonnaies différentes à l’aide d’un lien généré sur l’application. Mais le service convertit ces monnaies automatiquement dans une des 9 devises virtuelles prises en charge en portefeuille crypto dans l’application. Le client peut donc se retrouver avec un solde contenant des bitcoins, des euros et des livres sterling en même temps, et peut les convertir entre eux à faibles taux et rapidement.

La carte Visa envoyée par Wirex était autrefois payante, c’était aussi le cas de la maintenance du compte. Mais face à la concurrence, tout cela est désormais gratuit. Il en va de même des frais de paiement. Concernant les retraits aux distributeurs de billets, Wirex charge un taux de 2% additionnel après avoir dépassé les 400 € par mois. De plus, il n’est pas possible de recharger la carte Visa avec plus de 2 500 € par jour.

Wirex propose également un cashback de 0.5% sur tous les achats en magasin pour l’offre gratuite, le cashback se fait en Bitcoin. Des offres payantes permettent d’obtenir plus de cashback, ainsi que recevoir des taux avantageux lors du staking de WRX, le jeton de la plateforme.

Les frais de Wirex étaient assez élevés jusqu’à récemment, mais le revirement de modèle pourrait rendre ce service avantageux.

Cryptopay, l’épargne, avec des intérêts

Également britannique, Cryptopay est un service qui se rapproche de Nuri et de Wirex. Le service Cryptopay propose des portefeuilles crypto, un service d’échange et une carte prépayée.

Cryptopay offre un service d’épargne intéressant (Crédit : Cryptopay)

Le service ne propose pas de cashback, mais il est possible de placer ses cryptomonnaies en épargne avec des taux intéressants.

Au niveau des frais, le service est malheureusement moins intéressant que ses concurrents. La carte Visa coûte 5 € à l’envoi et la maintenance coûte 1 € par mois. Les recharges sont majorées de 1%, et les virements vers l’étranger de 3%. De plus, il est possible de ne retirer que 450 € par jour en ATM.

Plutus, sans frais de change

Plutus propose un compte IBAN personnel, des portefeuilles Ethereum et Pluton (leur token), ainsi qu’un échange décentralisé entre les deux.

L’offre de Plutus est audacieuse. Il n’y a pas de frais de change entre les devises virtuelles et le solde en euro de la carte prépayée. Plutus propose aussi un cashback en plutons de 3% pour chaque achat fait avec une carte. Il est possible de récolter plus de cashback avec certaines offres, jusqu’à 15%, à condition de détenir des plutons. Mais les frais restent élevés face à la concurrence.

Pluton tire son épingle du jeu en proposant des taux de cashback avantageux, mais avec un coût préalable (crédit : Plutus)

En effet, il faudra débourser 10 € pour obtenir la carte Visa. Ensuite, le retrait d’argent Fiat par virement depuis le compte est majoré de 5,5 €. Les transactions en euros sont gratuites pour les clients belges, mais les transactions dans des devises différentes à l’étranger sont majorées de 0,5 € et d’un 1,5% du prix. Il faudra payer 0,15 € si la carte est déclinée. Côté distributeurs de billets, il faudra débourser environ 1,35 € et 1% de majoration et 0,5 € si la carte est déclinée.

Ces taux sont compréhensibles, car la gestion des services bancaires est onéreuse et la start up n’a pas la même force de frappe que les autres entreprises citées dans cet article. À moins que vous n’utilisiez des devises virtuelles en grande quantité et quotidiennement pour payer des biens et services, il est difficile de recommander cette carte. Il existe des offres beaucoup plus intéressantes et moins onéreuses.

Crypto.com, la bonne affaire

Crypto.com est l’offre que l’on pourrait qualifier comme la plus alléchante, avec Binance en concurrent direct. En quelques années et à coup de publicité acharnée, la société Hongkongaise Monaco s’est hissée jusqu’au panthéon des plateformes d’échange de cryptomonnaies et des cartes crypto prépayées grâce à Crypto.com. Le nom de domaine du site fait d’ailleurs partie à part entière de la communication de la plateforme.

Le service propose une plateforme d’échange reprenant un nombre impressionnant de cryptomonnaies, auquel l’utilisateur peut lier une carte prépayée Visa. Jusque là, l’offre se rapproche de celle de Binance, à la différence que la carte de Crypto.com ne peut se recharger qu’en monnaie Fiat, la conversion Fiat/cryptomonnaie se fait donc manuellement et avant les paiements.

Crypto.com planche sur son cashback progressif et sur ses avantages pour séduire le public (crédit : Crypto.com)

Le service propose des cartes Visa disposant de cashbacks pour chaque achat réalisé avec la carte (comme Binance) allant de 1% pour les non-stakers, à 8% pour les plus généreux (400 000 $ à geler pendant 6 mois). Pour augmenter son pourcentage de cashback, il faudra détenir un certain nombre de tokens CRO (les tokens de la plateforme) et les bloquer pendant au moins 6 mois. Cette méthode permet à Crypto.com de récupérer des fonds propres facilement. Pour environ 400 $ de CRO stakés, vous obtiendrez 2% de cashback, 3% pour 4 000 $, 5% pour 40 000 $ et enfin 8% pour 400 000 $. En plus de cela, le client peut se faire rembourser des abonnements Spotify, Netflix, Prime ou recevoir des réductions sur des services spécifiques. Il faut tout de même préciser que le cashback est payé en CRO, mais le token est échangeable par la suite.

La carte Crypto.com basique est bleue, mais les couleurs changent en fonction des paliers de CRO bloqués, allant de rouge jusqu’à noir. La limite de retraits en ATM fonctionne avec les cinq mêmes paliers. Pour la carte bleue, gratuite, il est possible de retirer 200 € maximum par mois avant de devoir payer 2% de charges. Cette limite augmente graduellement jusqu’à 1 000 €. Il n’y a pas de frais de transaction à débourser, sauf après une certaine limite mensuelle. Ils seront alors de 0,5 %. Il faut également noter que Crypto.com vous débitera 5 € si vous n’utilisez pas la carte pendant 12 mois.