Lorsque l’on vire une certaine somme en cryptomonnaie d’un portefeuille crypto à un autre, il faut bien souvent payer des frais, parfois très élevés. 

La plupart des blockchains sur lesquelles opèrent les jetons de cryptomonnaies prélèvent des frais de transactions. Il y a différentes raisons à cela, mais la principale demeure de payer les intermédiaires qui s’occupent de valider les transactions. Ce sont ces derniers que l’on nomme les mineurs, qui par diverses façons sont rémunérés pour l’investissement énergétique ou financier fourni dans l’exercice de la validation des informations transmises dans un bloc. Il y a plusieurs façons de les rémunérer : par la création de nouveaux jetons de cryptomonnaies en récompense pour l’ouverture d’un nouveau bloc de la chaîne, ou/et par la somme des frais des transactions présentes dans le bloc fraîchement validés et scellés.

Les frais sont bien souvent payés dans la plus petite unité de la monnaie attitrée à la blockchain. Le satoshi est par exemple au bitcoin ce que le centime est à l’euro. On paiera donc en satoshis de bitcoin pour la blockchain Bitcoin, en GWei d’ether (ou “gaz”) pour Ethereum, etc. Il faut tout de même préciser que ces sommes sont souvent automatiquement converties en bitcoin ou ether par facilité de compréhension pour les utilisateurs. La plupart des portefeuilles en ligne et autres services calculent d’ailleurs automatiquement les frais.

Une transaction d’une valeur de 4€ en bitcoin d’un portefeuille Binance vers un autre portefeuille via le réseau Bitcoin coûte 0,00055 bitcoins, soit 17,40 €.

La majoration n’est pas évaluée en fonction du prix de la transaction, mais bien sur la charge totale de travail qui est demandée à la blockchain et de la taille de la transaction en termes de données, calculée en octets, en gaz, ou autre. Pour qu’une transaction soit inscrite dans un bloc, il faut alors payer les bons frais, car les mineurs privilégient toujours le meilleur pourboire. De ce fait, au plus on rajoute une commission, au plus la transaction sera rapide.

Avec les récentes montées en valeurs des cryptoactifs, le montant des frais des transactions sur certaines blockchains a également augmenté. Si bien qu’il est presque devenu impossible de déplacer des petites sommes ou de produire un contrat intelligent sans débourser une très large somme. En avril de cette année, les frais moyens de transaction sur la blockchain Bitcoin ont atteint 48€. Le réseau Ethereum a pour sa part varié de 16€ à 57€, pour une simple transaction.

Plusieurs autres blockchains majeures comme la Binance Smart Chain, le Cardano ou le XRP imposent toutefois moins de frais lors des transactions, ceux-ci restent souvent à la hauteur du centime d’euro. Le Bitcoin est le doyen des cryptomonnaies comme valeur de paiement, Ethereum est quant à lui précurseur dans le domaine des contrats intelligents et des applications décentralisées. Mais ces dernières ont des soucis de scalabilité, cela signifie qu’elles ont du mal à rester rapides et rentables en cas de forte demande. Des blockchains ou versions alternatives répondent donc progressivement à cette problématique.

Ces frais de transaction n’ont bien souvent pas lieu lorsque nous échangeons des actifs sur les plateformes d’échanges comme Binance ou Coinbase, car les échanges internes sont bien souvent encadrés par la plateforme mettant ses utilisateurs en relation. Les frais d’échange sont alors bien souvent fixes. Ils s’élèvent, par exemple, à la hauteur de 0,1% sur Binance.

Les problèmes de scalabilité 

Les frais à payer lors d’un transfert augmentent naturellement en fonction du prix à l’unité du jeton qui sert à les payer. Cependant, les soucis de hausse des frais “additionnels” et de temps d’attente élevé lors de transactions sur une blockchain sont fortement liés au poids en données que peuvent contenir les blocs et à la vitesse de leur validation, les réseaux décentralisés ont tendance à mal s’adapter à la charge de transactions.

La courbe montre l’évolution des frais de transaction de l’Ethereum (en rouge) et du Bitcoin (en bleu) (Crédit : bitinfocharts).

L’algorithme du Bitcoin limite, par exemple, l’ouverture de chaque bloc à un intervalle de 10 minutes. Chaque transaction pèse un certain poids en octets, les blocs de Bitcoin sont limités à 1Mo et une transaction classique pèse environ 0.5Ko, ce qui donne une moyenne d’environ 2000 transactions par bloc. Cela ne fait donc que 7 transactions par seconde, tout au mieux, car tous les blocs n’atteignent pas 1 Mo.

Concernant Ethereum, les problèmes de scalabilité proviennent de la limite de quantité de gaz consommée par les transactions contenues dans les blocs de la chaîne. Un bloc est limité à 12 millions d’unités de gaz et une transaction simple en coûte 21 000. Mais de nombreuses autres opérations de contrats intelligents peuvent être faites sur le réseau Ethereum, elles consomment plus de gaz et sont donc plus chères. Un gaz coûte un milliardième d’ether (1 Gwei), mais il ne faut pas négliger les coûts complémentaires – sortes de pourboires obligatoires pour être pris en charge. Ceux-ci démultiplient le prix initial d’une transaction.

La lenteur et le prix élevé des transactions dans des blockchains comme Ethereum et Bitcoin proviennent notamment de la méthode de validation des transactions employée. En effet, le consensus par preuve de travail (proof-of-work) permet de sécuriser et de sceller les blocs du réseau grâce au concours d’une multitude d’ordinateurs qui doivent calculer et résoudre de lourdes tâches cryptographiques à répétition.

Dans des périodes de haute congestion du réseau – comme actuellement -, le prix d’une transaction peut donc monter très haut, et elle peut prendre plus de temps à être exécutée. Les plus offrants sont bien souvent prioritaires, ce qui peut pousser le prix à la hausse.

Des alternatives et compromis

Des blockchains alternatives offrant parfois les mêmes fonctionnalités que le Bitcoin ou l’Ethereum, mais limitent les frais de paiement. Des méthodes plus récentes de validation des transactions comme, par exemple, la preuve d’enjeu (proof-of-stake) ou la preuve d’autorité (proof-of-authority) remplacent les longs calculs du consensus par preuve de travail par des mécanismes de sécurisation plus rapides, ce qui réduit fortement le temps et les coûts des transactions.

La Binance Smart Chain (BSC) est par exemple quasiment similaire à Ethereum, mais est plus rapide et moins coûteuse en frais de transferts. Cette blockchain a été créée par la plateforme d’échange éponyme et attire de plus en plus d’utilisateurs pour son accessibilité. Mais tout cela se fait au détriment de la décentralisation. Car pour limiter le coût des transactions, Binance utilise la méthode de consensus par preuve d’enjeu et d’autorité. Le nombre de validateurs est limité à 21 (contre des milliers pour Ethereum) et ces derniers sont sélectionnés pour valider les blocs quotidiennement en fonction du nombre du nombre de BNB (monnaie de la BSC) possédé.

Le Ripple (ou XRP) est l’une des premières cryptomonnaies notoires créées après le Bitcoin. Elle s’est vite présentée comme une alternative plus rapide et moins coûteuse que ce  dernier pour transférer des fonds. Mais Ripple n’est absolument pas décentralisé et il n’est pas possible d’en miner. C’est l’entreprise éponyme qui gère tout le réseau de transactions. Ripple s’adresse en effet initialement aux banques et grandes institutions pour transférer de l’argent de façon ultra rapide et sécurisée.

S’il existe une multitude de nouvelles cryptomonnaies, qui trouvent des solutions innovantes pour diminuer les frais, Ethereum et Bitcoin restent cependant les deux réseaux les plus en vogue. Pour celles et ceux qui en possèdent, des solutions ont été mises en place au fil des années pour diminuer les coûts lors de l’utilisation de ces blockchains. Ce sont des sortes d’extensions, il en existe plusieurs sortes, qui opèrent plus ou moins indépendamment de la blockchain principale. Il y a par exemple les “sidechains”, “layer 2”, ou encore les “comitchains”.

Ces alternatives font en sorte de changer les propriétés d’une blockchain principale, sans devoir l’altérer fondamentalement. On retrouve par exemple la sidechain Liquid pour le Bitcoin, ou la comitchain Matic pour Ethereum. Elles permettent de bénéficier des fonctionnalités de ces blockchains tout en réduisant la latence et les coûts. Il peut être intéressant de passer par ces réseaux-là pour économiser des frais.

La situation concernant Ethereum devrait cependant s’améliorer sous peu avec une mise à jour globale du réseau appelée “Ethereum 2.0”. Cela va remplacer la méthode de consensus par preuve de travail par le consensus par preuve d’enjeu. Cela signifie qu’il ne faudra plus des milliers d’ordinateurs pour valider les transactions, mais une poignée d’acteurs bloquant une très large quantité d’ether sur le réseau. Cette mise à jour devrait non seulement diminuer la consommation énergétique du réseau de 99,95%, mais va également réduire les frais et la vitesse de transaction en corrigeant les problèmes de scalabilité d’Ethereum.