Cryptomonnaies : L’UE fait les premiers pas vers un euro numérique

Des obligations numériques de la valeur de 100 millions d’Euros ont été émises par la Banque européenne d’Investissements en utilisant une monnaie numérique de banque centrale (MDBC).  

Il y a un an, le membre du directoire de la Banque Centrale Européenne (BCE) Yves Mersch affirmait à Reuters que cette dernière ne voyait aucune « business case » justifiant le lancement de sa propre monnaie numérique. Mais il précisait que la BCE n’excluait pas d’explorer l’idée d’une devise européenne numérique “afin que nous soyons bien préparés si jamais nous prenions cette décision politique“, disait-il.

La blockchain a de l’avenir en Europe

La Commission européenne a publié une brochure sur son site internet dédiée à cette technologie. « L’ambition de l’Europe est d’établir l’étalon-or des technologies blockchain. Nous avons mis en place un cadre réglementaire et politique solide qui soutient l’innovation durable en matière de blockchain ainsi que les écosystèmes de démarrage et de mise à l’échelle. Les administrations de toute l’Europe jouent un rôle de pionnier dans la mise en œuvre de cette nouvelle technologie passionnante et essentielle » y affirme Roberto Viola directeur général au digital à la Commission.

Selon le Forum et Observatoire sur la Blockchain de l’UE organisé par la Commission, les monnaies virtuelles programmables font partie des secteurs à haut potentiel dans lesquels la technologie peut être déployée : « Créer de la “monnaie programmable” sous la forme de monnaies numériques de banque centrale (MBDC) et de stable coins pour débloquer de nouveaux modèles commerciaux, améliorer l’efficacité des paiements et offrir plus de choix aux consommateurs. La programmabilité de la monnaie dans les blockchains peut prendre en charge, par exemple, le paiement automatique des frais de congestion et des péages, la recharge des véhicules électriques » est-il indiqué.

Les banques centrales prennent le train en marche

Si un euro numérique officiel n’est pas encore d’actualité, il n’est pas anodin de voir des institutions se positionner sur la question. De plus, certains pays prennent déjà de l’avance. C’est le cas de la Chine qui est en train de tester depuis un an son E-Yuan, véritable devise numérique contrôlée par les banques d’État chinoises. Cela devrait permettre à la Banque centrale Chinoise de mieux gérer la disparition des paiements en espèce et de contrer l’hégémonie des moyens de paiement par des prestataires privés (AliBaba, Tencent) ou par cryptomonnaies non étatiques (Bitcoin, Ethereum, USDT).

Mais cette dynamique ne touche pas que la Chine, la Banque Nationale Suisse planche également sur sa monnaie numérique, la Banque centre suédoise a lancé son projet pilote et la Banque de France entend faire de même. Force est de constater que cette dynamique pourrait amener la BCE tôt ou tard à développer ce fameux euro numérique pour harmoniser le tout (et ne pas rester à la traîne). De plus, les cryptomonnaies répondent à la défiance d’une partie de la population envers le secteur bancaire et financier classique, qui ne répond plus à toutes les attentes. La BCE se voit donc forcée de prendre le train en marche et d’accompagner l’explosion des paiements dématérialisés dans un sens qui lui est favorable. Christine Lagarde, présidente de la BCE, avait annoncé en janvier de cette année qu’un euro numérique prendrait au moins 5 ans à être déployé. La BCE veut en effet être sûre qu’il soit sécurisé.

La Banque Européenne d’Investissement fait des tests

La Banque Européenne d’Investissement est un organe chargé d’emprunter de l’argent sur les marchés financiers et de financer des projets au sein de l’UE. Elle a déclaré cette semaine dans un communiqué de presse s’être essayée à l’émission de bons numériques : “La BEI a utilisé la blockchain, cette technologie de registre distribué, pour enregistrer et régler les obligations numériques émises, en collaboration avec Goldman Sachs, Santander et Société Générale“, a expliqué l’institution.

La BEI s’est appuyée sur la blockchain Ethereum, la deuxième plus grande, pour effectuer cette transaction. L’annonce d’une émission de 100 millions d’euros de bons avait d’ailleurs provoqué une rapide montée en prix du jeton ETH. “Ces bons numériques vont permettre à la Banque d’accéder plus vite et plus facilement à des sources de financement alternatives, pour investir des projets à travers le monde“, a affirmé Mourinho Félix, vice-président de la BEI.

La Banque de France a participé à l’expérience, à travers son projet de MBDC. La Banque compte effectuer d’autres expériences, en espérant fournir des preuves d’un usage utile d’un euro numérique.