Une version remastérisée du GIF Nyan Cat vendue près de 600.000 dollars, le premier tweet de l’histoire adjugé pour 2,5 millions de dollars ou encore une vidéo de 10 secondes signée Beeple vendue pour 6,6 millions de dollars,… toutes ces œuvres sont des NFT et font les gros titres depuis quelques semaines. Mais de quoi s’agit-il exactement? 

Les NFT ont le vent en poupe depuis quelques temps et chaque semaine ou presque, on voit de nouveaux records s’établir. Pour l’instant, le NFT le plus cher est une œuvre numérique signée par l’artiste Beeple, adjugée à 69 millions de dollars. Des œuvres vendues à des sommes folles, mais dont le concept reste encore à l’heure actuelle assez flou.

NFT : qu’est-ce que c’est ?

Au sens strict, un NFT ou “non-fungible token” (jeton non fongible) est quelque chose d’unique qui ne peut être remplacé par autre chose, par une copie. Par opposition, un objet fongible peut facilement être échangé contre quelque chose de valeur semblable. C’est le cas de l’argent. Un billet de 10€ peut être remplacé par deux billets de 5 €, la valeur reste la même, ce qui n’est pas le cas pour un objet non fongible dont la valeur repose sur le fait qu’il n’est pas remplaçable, qu’il est unique.

Le critère d’unicité est un élément important des NFT puisque ces derniers disposent d’un certificat qui assure leur authenticité, leur propriétaire, leur provenance, ainsi que leur historique de vente. Ces certificats sont sécurisés par la blockchain Ethereum qui dispose également d’une cryptomonnaie, l’Ether.

Ces dernières semaines, les NFT ont surtout fait parler d’eux parce qu’ils sont assimilés à des œuvres d’art numérique. Ces œuvres ont en effet été authentifiées en tant que NFT et disposent désormais d’un certificat numérique d’authenticité protégé par la blockchain. Les informations ne peuvent donc pas être falsifiées. On se rapproche ainsi des certificats d’authentification d’œuvres d’art traditionnelles, mais avec une sécurité supplémentaire puisque le certificat est intégré à l’œuvre numérique et protégée par un système théoriquement inviolable, la blockchain.

Tout est art, tout est NFT

Photo de de la vidéo “Crossroad” de Beeple, vendue 6,6 millions de dollars.

Tout ce qui se trouve sur Internet peut prétendre à devenir un NFT, une œuvre d’art numérique dont la propriété est protégée par la blockchain. Il suffit en réalité de passer par des plateformes spécialisées – Rabible ou OpenSea – pour “transformer” n’importe quoi du web en NFT. Ainsi, une photo ou une vidéo de quelques secondes d’un goal de tel joueur peut devenir un NFT, un GIF ou un titre d’un groupe musical peut également être transformé en NFT, de même pour les posts Facebook ou Twitter.

L’objet numérique – et donc immatériel – en tant que tel peut continuer à être partagé et copié, mais l’original ou une copie de celui-ci sera identifié comme unique grâce à son certificat d’authenticité. Ce dernier comprend plusieurs informations, notamment la traçabilité des acheteurs, du créateur, de la date de création et son historique. Et c’est donc cette unicité qui a de la valeur.

En s’offrant un NFT, un acheteur deviendra le propriétaire de l’œuvre. La plupart du temps, ce sont les auteurs des œuvres numériques qui les mettent en vente. Ce fut notamment le cas pour le GIF Nyan Cat ou encore pour le premier tweet de l’histoire, mais avec Internet, tout peut en quelque sorte se voler.

Un phénomène nouveau qui pose question

Si l’art numérique est loin d’être nouveau, il connait une explosion de popularité depuis quelques temps, grâce notamment aux NFT. Cela peut avoir un effet pervers et entrainer de nombreux soucis et interrogations vis-à-vis des œuvres réappropriées par autrui.

Un individu peut très bien reprendre un “meme” partagé sur la toile et en faire un NFT. Il en sera le propriétaire et pourra le vendre sans pour autant en être l’auteur qui, lui, conservera malgré tout ses droits. La question des droits d’auteur est d’autant plus problématique pour les œuvres créées à plusieurs, comme les musiques, ou encore les œuvres qui résultent d’une commande.

Pour certains artistes, les NFT sont tout de même une aubaine puisqu’ils permettent d’authentifier leurs œuvres et de les vendre en tant qu’objet unique. Cela ajoute une certaine valeur à leurs créations qui pouvaient – et peuvent toujours – être simplement copiées sur la toile. On peut facilement faire un parallèle avec les œuvres d’art matérielles et leur certificat d’authenticité. Il existe des dizaines de milliers de copies de la Joconde, mais il n’y a qu’un seul tableau de Léonard de Vinci. Dans le cas des œuvres numériques NFT, les artistes peuvent d’ailleurs ajouter des contrats intelligents dans les certificats d’authenticité qui leur permettent de toucher un pourcentage à chaque fois que leurs œuvres sont vendues.

Les NFT ne disposent pas encore de cadre précis. Les abus sont déjà nombreux. C’est d’ailleurs pourquoi certaines œuvres se vendent à prix d’or. Pour certains, le marché des NFT est en pleine bulle et devrait se stabiliser une fois la bulle éclatée. Pour d’autres, le concept n’a aucun sens.

Art numérique ou technologie ?

À l’heure actuelle, l’engouement pour les NFT semble avant tout reposer sur l’utilisation de la technologie blockchain. Celui-ci vivait parfaitement bien avant l’apparition des NFT, en 2017. L’art numérique devrait d’ailleurs rester un marché de niche puisque, malgré les outils mis en place pour lutter contre les copies, ces œuvres peuvent être copiées et diffusées facilement sur la toile. Au final, être le propriétaire d’une œuvre originale copiée des centaines de milliers de fois n’a pas beaucoup de sens.

Les amateurs d’art peuvent tout de même y voir une manière de financer ou de soutenir leurs artistes préférés. Pour d’autres, c’est une forme d’investissement. Certains achètent des NFT et spéculent sur la valeur qu’ils prendront au fil des années.