Des rencontres balisées, répétées : l’agence de rencontre sans risque veut proposer des rendez-vous avec plus de maitrise.

L’agence de rencontre sans risque veut “sécuriser” les rencontres. C’est-à-dire “permettre à ses clients de minimiser les risques dans leurs relations afin de maximiser la réussite de leurs rencontres“. Avec l’objectif d’une rencontre avec “moins de spontanéité, et plus de maîtrise sur la rencontre “. Un slogan qui peut choquer, et pour cause : il s’agit d’un projet artistique du collectif GK Collective.

Des rencontres “nouvelle génération”

Ce dispositif de rencontre téléphonique s’appelle (F)RAVI, pour Fausse Rencontre Avec un Vrai Inconnu. L’agence organise le rendez-vous et fournit le dialogue. Ainsi que “les consignes d’exécution” que les personnages doivent suivre.

Vous êtes deux inconnus. Chacun de vous deux a accepté de faire une rencontre “Sans Risque” par téléphone avec un vrai inconnu. L’Agence vous remercie pour votre confiance“, lit-on dans le dossier de presse.

Ces dialogues sont entrecoupés de pointillés pour “vous permettre de changer de niveau d’intimité et de parler directement“. Libre aux inconnus de révéler les éléments qu’ils souhaitent. Des suggestions sont également proposées, pour “garder la pudeur et maintenir la fluidité du dialogue“. La première fois que l’expérience était proposée, c’était dans le cadre de la biennale d’arts numériques Nemo, à Paris. Cette startup est, en réalité, fictive. C’est une initiative du collectif artistique GK. L’agence de rencontre sans risque est un projet théâtral interactif.

Un projet qui reprend du sens

Le collectif et sa directrice artistique Gabriella Cserháti veulent repenser le théâtre du 21e siècle. Le spectateur a changé. La troupe propose par exemple du théâtre pour un seul spectateur, pour palier au déficit d’attention et pousser à la participation.

Jusque maintenant, le dispositif (F)RAVI ne se passait pas en ligne. En période de confinement, le collectif ressort son expérience immersive en version numérique. L’inscription se déroule en ligne, et l’envoi des dialogues par mail interposé. Les deux inconnus ne savent donc pas ce qui vient réellement de la tête de son interlocuteur, et ce qui vient du script. “Il y a même des mises en abyme dans le texte“, nous explique Gabriella Cserháti. La phrase “est-ce que vous avez dit ça spontanément ou c’était écrit ?” est parfois intégrée au script.

L’objectif est de faire réfléchir à la manière de se rencontrer : comment l’ère numérique a pu changer les relations aux autres et à soi-même. En temps normal, la fausse agence se présente avec une banderole, un stand, comme à la biennale Nemo à Paris. “Ce n’était vraiment pas clair pour les gens que ça faisait partie de la biennale“. Les résultats peuvent être à double tranchant : “Quand les gens sont persuadés que c’est vrai, c’est très douloureux. Nous préférons quand les gens sont outrés“, confie Gabriella Cserháti.

En période de confinement, l’expérience a séduit. “Ce n’est pas une agence matrimoniale, le slogan c’est un ami de plus c’est toujours ça de pris” explique Gabriella Cserháti. “Les gens étaient contents de discuter avec des inconnus qu’ils ne reverront jamais et qu’ils ne connaissent pas“, explique la directrice artistique.