Des scientifiques de l’université d’East Anglia, de l’université de Londres et du CNRS ont développé un jeu vidéo spécialement conçu pour aider à détecter les symptômes précoces de la maladie d’Alzheimer.

Disponible depuis 2016, “Sea Hero Quest” est un jeu vidéo d’orientation spatiale accessible sur téléphone portable, tablette et en réalité virtuelle. Depuis son lancement, il a permis de collecter des données et d’évaluer le niveau de faculté à se repérer dans l’espace de plus de 4 millions de joueurs à travers le monde.

Mais comment être certain que la réussite des joueurs dépend bien de leur capacité à s’orienter dans l’espace et non de leur habileté à utiliser un téléphone portable ou de leur habitude à jouer aux jeux vidéo ? Pour confirmer leur hypothèse de départ, les chercheurs ont comparé les performances d’orientation des volontaires, tous âges et sexes confondus, dans le monde réel et dans le monde virtuel. Une étude publiée en mars dernier dans Plos One a confirmé que les performances d’orientation virtuelle et dans le monde réel sont fortement corrélées.

Les performances diffèrent en fonction du patrimoine génétique

Cette nouvelle étude publiée dans la revue PNAS a analysé l’efficacité de ce jeu vidéo pour aider à établir un diagnostic précoce de la maladie d’Alzheimer, avant même l’apparition des premiers signes cliniques. “Grâce à la littérature scientifique, nous savons que l’orientation spatiale est l’un des facteurs précoces de la maladie d’Alzheimer, avant la perte de mémoire ou l’altération du comportement”, explique Antoine Coutrot, chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et co-auteur de l’étude.

Pour parvenir à ces résultats, les scientifiques ont réuni 150 personnes âgées de 50 à 75 ans dans un laboratoire. Aucun des participants n’était atteint de démence, mais une partie d’entre eux était porteur de l’allèle 4 du gène APOE, qui expose quatre fois plus aux risques de développer la maladie d’Alzheimer.

Les facultés des volontaires à se repérer dans l’espace ont ensuite été comparées à celles des joueurs de “Sea Hero Quest”. “Nous avons comparé leurs performances à celles de joueurs au profil similaire, aussi bien en terme d’âge, de sexe que d’origine démographique. L’expérience a montré des différences significatives d’orientation spatiale entre les personnes porteuses de l’allèle 4 du gène APOE et les autres”, précise Antoine Coutrot.

A terme, l’objectif est de proposer ce jeu vidéo aux médecins comme un test standardisé pour comparer les facultés de leurs patients à se repérer dans l’espace et les aider à distinguer les personnes porteuses d’un gène qui favorise l’apparition de la maladie.