Facebook va mal. Non contente d’avoir atteint son plus bas taux historique depuis son entrée en bourse, l’entreprise californienne ne semble plus capable de développer son audience et ne parvient pas non plus à rassurer ses actionnaires… On commence petit à petit à s’y habituer. A chaque nouvelle entrée en bourse d’une société issue du Web 2.0, c’est la même chanson. Lors de son introduction au Nasdaq le 18 mai dernier, Facebook promettait monts et merveilles à ses futurs actionnaires. Deux mois et demi plus tard, c’est la déconfiture. Jeudi dernier, l’action touchait son plus bas taux historique. Après s’être stabilisée quelques jours, elle chutait sous le seuil des 20 dollars. Et à en croire les experts, elle pourrait encore perdre quelques dollars dans les prochaines semaines… Quand on sait que lors de son introduction elle valait pas moins de 43$, il y a de quoi faire grise mine. Un peu partout, la grogne monte. Aux Etats-Unis, plusieurs actionnaires sont déjà parvenus à se faire rembourser. Chez nous aussi, les gens s’organisent. L’association de défense des épargnants Dolor a déjà rassemblé plus de 2.000 plaintes contre le réseau social. Pour Hendrik Boonen, directeur de l’organisation, cela ne fait aucun doute : “L’introduction de Facebook en bourse s’est fait sur base de revenus enjolivés.” Une politique à court terme Face à cette situation quasi désespérée, Facebook tente à tout prix de rassurer les marchés en lançant de nouveaux services (App Center, Facebook Stories) peu enclins à générer de gros revenus. L’entreprise semble également être rentrée dans une spirale de rachats qui lui a déjà coûté plusieurs centaines de millions de dollars. Après Instagram, la célèbre application de retouche photographique sur iOS / Android, c’était au tour de Face.com et d’une demi-douzaine d’autres plus petits services d’être absorbés par le réseau social à l’appétit insatiable. Or, tout le monde le sait, une multinationale cotée en bourse se doit de générer de gros revenus. En 2009, 98% des revenus de Facebook étaient générés par la publicité. Aujourd’hui, la publicité ne représente plus “que” 85% de son chiffre d’affaires. Cela reste beaucoup trop élevé et témoigne surtout des difficultés du réseau social à sortir du cul de sac dans lequel il est rentré la tête la première. Ajoutez cela au fait que Facebook ne parvient plus à développer son audience qui stagne dans la plupart des marchés “développés”, et au fait que les revenus liés aux recettes publicitaires perdent en croissance d’année en année (69% en 2011), et vous comprendrez que la situation dans laquelle se trouve Facebook est presque désespérée. Plus que jamais, le réseau social doit augmenter son nombre d’inscrits tout en diversifiant ses revenus. Et si pendant tout un temps Facebook voyait dans les mobiles la solution à tous ses problèmes, il semblerait que le ton ait changé. De plus en plus de membres du réseau social utilisent l’application et consultent moins souvent le site sur leur ordinateur, contribuant sans le savoir à la baisse de croissance des revenus du réseau, qui retire des revenus beaucoup moins élevés de la publicité mobile que de celle qu’on retrouve sur son site. Les applications représentent heureusement un espoir important pour Facebook. Le réseau social compte en effet de plus en plus sur les paiements in-app, dont 30% lui reviennent. Dans un tel contexte, le rachat de Zynga, en rumeur depuis plusieurs jours, pourrait permettre au géant de trouver un allié de choix dans sa recherche de croissance. Malheureusement, ce dernier a justement commencé son exode en proposant une myriade de portages de ses jeux sociaux ultra-populaires sur iOS et Android, dans le but de diversifier ses activités… Occupé sur plusieurs fronts, Facebook est mains et pieds liés face aux actionnaires et doit montrer de bons résultats rapidement pour les satisfaire, sans quoi, l’exode risque de s’accélérer. Cette situation contribue à ralentir l’innovation au sein du réseau, qui se limite de plus en plus à racheter des cibles faciles pour booster ses effectifs et à développer de petits updates pour garder les utilisateurs alertes, alors que la création de véritables outils au développement passe après, contribuant ainsi à l’exode de certains ingénieurs de la firme, désireux de travailler sur des projets plus ambitieux et ne subissant pas le diktat des marchés. Le salut viendrait des partenaires “Il y a tout un business autour de Facebook” explique Samuel Cappe, de l’agence S2 Media. Autour de Facebook gravitent en effet un grand nombre de petites sociétés qui parviennent à se développer grâce au réseau social, et ne “le laisseront pas tomber.” Ces entreprises ont tout autant d’intérêt que Facebook a ce que cette aventure en bourse se passe bien. La disparition du réseau social serait un véritable désastre pour elles, et pour l’économie toute entière. Pour l’heure, il n’y a cependant pas de quoi s’alarmer. Les chiffres du réseau restent stables et les indicateurs ne penchent pas encore vers le rouge. De plus, une entreprise comme Facebook est “bien trop grosse pour disparaître du jour au lendemain.” En revanche, si Facebook ne prend pas les bonnes décisions, il se pourrait que la firme y perde quelques plumes. Si le signal n’est pas encore passé au rouge, il se rapproche donc dangereusement de l’orange… On en parle sur le forum.