Ma rue, j’aime !

Le bébé du « Troisième » ne fait que pleurer. La petite-fille à l’étage court sur un vieux planché craquant. Le grand-père du « Dernier » n’est pas toujours loquace. Mais savons-nous réellement qui sont nos voisins ? « StreetPage.com » vous permet de partager des moments de vie avec votre voisinage, et de s’entraider.

Nos sociétés modernes sont souvent considérées comme anomiques, impersonnelles, individualistes. Dans les grandes villes, le triptyque « Métro, Boulot, Dodo », n’encourage pas à nouer des relations de voisinage, même ponctuellement. A l’heure de la socialisation numérique, « StreetPage.com » repose sur une idée simple, mais efficace : se rencontrer en se rendant service.

Tisser utilement du lien social de proximité

Lancé officiellement aujourd’hui, le site, en français, néerlandais et anglais, permet de s’inscrire sur une page strictement dédiée à sa rue – elle-même découpée suivant les carrefours qui la traversent. Tel que dans la Grèce antique, l’espace « Agora » est le lieu de rencontres virtuel entre voisins, première étape avant une rencontre effective. Vous pouvez, ainsi, planifier un co-voiturage pour le transport scolaire des enfants, trouver un baby-sitter, ou vous proposer pour aider une personne plus âgée. « Sur près de 100 numéros dans ma rue, nous sommes environ 80% à utiliser le site pour communiquer. Je m’en sers souvent pour du baby-sitting ou lors d’achats groupés de paniers bio. », nous confie Jéromine, utilisatrice du site depuis près d’un an, alors en phase discrète de test. « Un de mes voisins est architecte. Quand il y a eu un réaménagement de la rue, il a pu nous expliquer les obligations à suivre et à partager les informations avec nous. »

Un site qui s’adapte aux besoins de ses utilisateurs

Des suggestions peuvent être transmises aux responsables de « Street Page » pour enrichir les activités, ludiques. Ainsi, le « partage de DVD » a été initié par les primo-utilisateurs. Le site s’adapte aux remarques des internautes. « Notre petite rue est coupée. On ne pouvait pas communiquer avec les autres quartiers à proximité, qui ont sûrement des choses à nous apporter. Mais le site a ajouté une nouvelle fonctionnalité, qui permet de se connecter aux rues à côté de la nôtre. », se réjouit Jéromine. Cofondateur du site, Alex Lefebvre, nous a assuré que la plate-forme resterait gratuite. Ainsi, les annonceurs commerciaux devraient apparaître, à la rentrée, pour lui permettre d’être financièrement pérenne. Toutefois, les publicités sont annoncées comme ciblées, à l’instar d’offres promotionnelles ou se focalisant sur des besoins adaptés.

Se connaître, et se sentir rassurer

La sécurité est un point sensible. Un individu pourrait s’inscrire sur le site pour connaître les habitudes d’un quartier, s’informant, par exemple, d’un départ en vacances d’un des utilisateurs, lorsqu’il demande si un autre est disposé à arroser ses plantes. Le contrôle n’est réalisé qu’a posteriori, et repose essentiellement sur la vigilance de la communauté, dont la page n’est pas publique. En outre, Alex Lefebvre estime qu’un individu malintentionné ne pourrait pas s’inscrire sur les espaces de plusieurs rues, car son adresse IP serait rapidement détectée comme récurrente. « Au contraire, le site a accru la surveillance. On est très protecteur de notre rue. On se connaît davantage. », affirme Jéromine. Le site se donne le droit, alors, de demander à ses membres un justificatif de domicile, notamment quand plusieurs personnes sont renseignées au même numéro. « Je suis anti-Facebook. Mais ‘Street Page’ n’est pas virtuelle. Je connais mon voisin ; il habite à côté de chez moi. Il ne se protège pas derrière un surnom. En fait, se cacher derrière un écran facilite le premier contact. Mais après, c’est réel. La vie sociale du quartier aurait sûrement mis plus de temps à décoller sans le site. », conclut Jéromine.

En milieu d’après-midi, Alex Lefebvre nous indiquait que près de 10.500 personnes étaient inscrites sur le réseau, qui bénéficie de la possibilité d’envoyer à ses amis une invitation électronique ou postale. Le site est davantage actif à Bruxelles, et dans les zones urbanisées de Wallonie. S’il reste encore discret en Flandre, les échos positifs des utilisateurs laissent augurer un franc succès. Peut-être habitez-vous dans le même quartier que Jéromine, qui aurait besoin d’aide pour laver sa voiture !

Martin Cangelosi (St.)

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