Le Belge Jérémy Le Van est “designer spécialisé” chez Foursquare

L’interface de la célèbre application mobile Foursquare est en partie “dessinée” par un Belge. Son nom, Jérémy Le Van, un Bruxellois d’origine qui s’est expatrié aux États-Unis en 2007 pour poursuivre des études de designer à San Francisco.

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À l’issue d’un premier boulot décroché dans une entreprise fondée par un célèbre entrepreneur Français dans la dans la Silicon Valley, il a décidé de déménager à New York car il venait d’être embauché comme “designer spécialisé en application mobile” chez Foursquare. Au fil de ses journées, notre compatriote met son talent à profit pour la startup américaine qui comptabilise déjà 130 employés en seulement trois années d’existence. Jérémy Le Van a répondu à nos questions.

– Geeko : Qui est donc Jérémy Le Van ?

– Jérémy Le Van : Bonjour! J’ai 28 ans et ai passé une bonne partie de ma jeunesse à Bruxelles. Après mes humanités, j’ai suivi pendant 2 ans des études supérieures de graphisme et de web design mais j’étais à la recherche de quelque chose de plus innovant et créatif. C’est alors que j’ai eu envie d’aller voir de l’autre côté de l’Atlantique et plus précisément sur la Côte Ouest des États-Unis dans la Silicon Valley. En 2007, j’ai donc décidé de poursuivre des études d’Interactive Media à l’Art Institute de San Francisco. A cette époque je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait, ni de ce que San Francisco allait représenter dans les années à venir pour ce genre d’industrie.

– G: Pourquoi cette passion pour le graphisme/design ?

– JLV : Comprendre la fonctionnalité et le côté pratique des choses qui m’entourent, m’a toujours intéressé. Un bon designer ne doit pas uniquement rendre les choses esthétiquement agréables mais pouvoir en comprendre le fonctionnement et l’utilité.À  mes yeux, le graphisme permet de combiner en même temps le visuel et la technique tant au niveau d’un site Web, d’une affiche, d’une application mobile que pour un meuble.

– G : Comment as-tu fait pour être embauché chez Foursquare ?

– JLV : Pendant les 4 années passées à San Francisco, j’ai eu l’opportunité de rencontrer beaucoup de personnes actives dans la Silicon Valley. À l’époque, j’ai également travaillé pour la société Seesmic, une startup qui propose une application mobile tout en y incluant des services tels que Twitter, Facebook et LinkedIn. Un ami travaillant déjà chez Foursquare m’a informé qu’ils recherchaient un designer spécialisé en application mobile et j’ai donc décidé de tenter ma chance à New York.

– G : En quoi consiste ton boulot exactement ?

– JLV : Etant “UI” designer, je crée les interfaces, boutons et icônes de nos applications mobile (iPhone et Android) et plus précisément au niveau de la partie “Explorateur” que nous essayons de développer en ce moment. Je travaille en direct avec nos designers en “experience” (aussi connus sous le nom de UX – User Experience Designer) qui analysent les interactions et transitions entre les différents écrans. Chaque designer d’interface (UI – User Interface Designer) travaille en duo avec un designer en expérience. Lorsque nous avons une solution convaincante, je synchronise avec nos ingénieurs mobiles qui programment l’interface en question.

– G : Ta journée type ?

– JLV : Les journées commencent vers 9h30 et se terminent généralement vers 20 heures. Tous les jours vers 14 heures les différentes équipes ont un “stand-up” meeting avec nos bureaux à San Francisco en vidéo conférence. Le concept du stand-up meeting est censé rester très bref, il s’agit d’une réunion debout qui ne dure pas plus de 10 minutes. Le but est que tous les membres de l’équipe soient au courant de ce qui se passe tant au niveau technique, qu’au niveau du visuel et de l’interaction. Une fois par semaine, nous avons une réunion entre designers afin de discuter les différents états de l’application et communiquer les projets sur lesquels nous travaillons. L’idée est de rester un maximum informé sur la vision du produit tout en ne perdant pas trop de temps dans les réunions. Le reste du temps j’élabore les différents écrans conceptuels au produit final que l’utilisateur aura entre ses mains.

– G: Un job qui te passionne ?

– JLV : J’adore ce que je fais au quotidien et j’apprends énormément avec mes collègues lors d’échanges d’idées, d’élaboration de processus, sur la technicité, c’est très inspirant. Nous avons différents types d’ingénieurs et de designers ce qui rend le travail très spécifique pour une application mobile et Web. Le fait que nous soyons “maître” de nos propres données en tant que plateforme et non dépendant d’un service externe nous permet de pousser les limites toujours plus loin aussi bien au niveau du design que des algorithmes.

– G : L’ambiance est-elle sympa chez Foursquare ?

– JLV : L’ambiance est très sympa. Il y a 3 ans seulement que Foursquare a été inventée autour d’une table de cuisine par Dennis Crowley (CEO) et Naveen Selvadurai. Malgré les 130 employés dont 90 à New York, on y retrouve toujours un aspect très personnel, le côté familial et sympa fait partie de l’ADN de la société ce qui est primordial au bon développement. À New York, nous venons d’emménager dans des nouveaux bureaux qui comprennent espaces de travail, de détente et de convivialité.

– G : Ta relation se passe-t-elle bien avec Dennis Crowley où est-ce un C.E.O trop exigeant ?

– JLV : Dennis est très accessible malgré son emploi du temps chargé. Il assiste à de nombreuses réunions dans lesquelles les différents chefs de projets et designers sont impliqués. Son expérience est certainement très enrichissante et inspirante!

– G : Peux-tu nous révéler combien de personnes utilisent Foursquare en Belgique ?

– JLV : Je ne peux malheureusement pas mentionner de chiffres précis sur l’utilisation de Foursquare en Belgique mais je peux confirmer une forte croissance de l’utilisation depuis ces 6 derniers mois et ce n’est que le début.
C’est également une des raisons pour laquelle nous avons ouverts des bureaux à Londres afin d’être plus présents et plus proche des pays européens. Le but étant d’intégrer Foursquare avec des écosystèmes locaux que ce soit la Ville de Bruxelles, Mobistar ou d’autres marques ayant un attrait pour notre service.

– G: As-tu une info intéressante pour les utilisateurs de Foursquare en Belgique ? Allons-nous également avoir droit aux badges des villes ?

– JLV : Depuis l’annonce de nos badges des villes, nous avons évoqué un intérêt pour un badge pour la Ville de Bruxelles. Malgré que les badges et les points de check-in fassent partie intégrante de l’expérience Foursquare, notre but final est de devenir un guide en temps réel de ce qui passe autour de soi avec les bons plans restos, sorties ou culturels, que ce soit au niveau local pour sa ville mais également pour les voyages à l’étranger.

– G: Pour un Belge, est-ce difficile de partir travailler aux États-Unis ?

– JLV : Pas vraiment si on se donne réellement les moyens, il faut surtout le “vouloir”. Le problème provient surtout de l’aspect administratif: visas ou permis de travail ne sont pas toujours “facilement” accessible. Pour avoir un permis de travail valide 3 ans (extensible à 6 ans), l’entreprise doit “sponsoriser” le visa, ce qui est assez couteux. Néanmoins d’autres belges ont réussi à se frayer un chemin comme par exemple Sébastien de Halleux (Playfish), Xavier Damman (Storify), Davy Kestens (TwitSpark) et plus récemment Frédéric della Faille (Checkthis), ils ont prouvé que rien n’est impossible tout en étant belge.

– G : As-tu déjà regretté ton choix ?

– JLV : À aucun moment je n’ai regretté mon choix. Il est certain que ça n’a pas toujours été évident mais j’ai eu la chance de rencontrer des personnes que je n’aurais jamais pu imaginer rencontrer. Quitter notre chère petite Belgique n’est pas toujours une étape facile à réaliser surtout pour la famille, les amis mais la soif de découverte ouvre des perspectives vers de nouveaux horizons.

– G: Comptes-tu revenir en Belgique ?

– JLV : Il est encore trop tôt pour le dire car cela dépendra de pas mal de choses. Londres et Berlin se développent énormément et ne se situent pas trop loin de Bruxelles. 😉

– G : S’il y avait quelque chose à changer en Belgique pour motiver les personnes de ton milieu, quelle serait une bonne idée ?

– JLV : Comme Xavier Damman l’exprimait assez bien dans cet article, nous aurions besoin de plus d’initiatives venant des pouvoirs politiques pour entreprendre comme il se doit et plus facilement. Il est notamment difficile d’engager du personnel en Belgique, les frais liés à l’embauche étant assez élevés. Les grandes sociétés privées devraient d’avantage investir dans des petites startups belges qui ont la volonté d’entreprendre et de trouver des solutions, une reconnaissance pour le talent de l’équipe.

– G : Au-delà de ton travail, quels sont tes hobbies à New York ? On dit que c’est une ville qui ne dort jamais. Est-ce vrai ?

– JLV : Il y a tellement de choses à faire à New York qu’il est très difficile de s’ennuyer. Personnellement, j’aime New York car elle comble mes passions : la photographie, l’architecture, l’art et les musées. C’est une grande ville mais à dimension humaine malgré les grattes-ciel. Je passe énormément de temps à découvrir les différents quartiers à pied en me baladant. Une des raisons pour laquelle j’ai décidé de déménager de San Francisco à New York, c’est pour sa diversité du au fait que cette ville regroupe différentes industries, de la finance à la mode branchée en passant par les nouvelles technologies. En effet, New York ne dort jamais, il y aura toujours quelqu’un dans la rue à n’importe quelle heure de du jour ou de la nuit, et la majorité des commerces ferment très tard (en général 22 h la semaine). C’est un excellent compromis entre les États-Unis et l’Europe.

Propos recueillis par Alexandre Colleau.

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