Photo François DerbaixPendant que sur la toile belge, on ergote sur la possibilité de lever des fonds en Belgique sans être dépouillé de la moitié de sa société, un Belge vient de réaliser un juteuse affaire en Espagne. François Derbaix vient de vendre sa société Toprural, site de location de chambres d’hôtes en milieu rural, à HomeAway, société de stature mondiale de locations de vacances en ligne, pour la coquette somme de 14 millions d’euros. Un beau pactole pour ce Belge et ses associés et investisseurs espagnols.

Comment un Belge devient-t-il millionnaire en Espagne ? Quel est votre parcours ?

Né à Mons, j’ai grandi à Bruxelles puis suis allé faire mes études d’ingénieur de gestion à l’UCL. Un peu à ma grande surprise, j’ai eu de très bons points en première sess’ en première année. J’y ai pris goût puis j’ai continué à scorer tout au long de mes études. Cela pourrait paraître anecdotique mais cela a son importance. En effet, j’ai obtenu mon diplôme avec la plus grande distinction. Ce qui m’a permis d’entrer directement chez BCG (Boston Consulting Group) comme consultant. J’ai énormément appris dans cette boîte mais j’ai surtout beaucoup économisé. J’avais un salaire de consultant alors que je vivais toujours comme un étudiant. Pour moi, BCG n’était qu’un passage qui devait m’aider à lancer ma boîte après deux ans.

Comment en arrivez-vous à vous lancer dans le tourisme rural ?

Par hasard. Plus que l’idée, l’important était de bien faire les choses. Et bien faire les choses fin des années 90, c’était aller sur le web. Tout est parti de contacts que j’avais avec une société de réservation d’hôtels qui me proposait de développer leur firme en Espagne. J’y suis allé avec ma copine mais il s’est vite avéré qu’ils n’auraient pas les fonds pour lancer la filiale espagnole. Ils m’ont alors proposé de me lancer seul. N’ayant pas trop envie d’affronter le milieu des hôtels, je me suis rabattu sur le tourisme rural. Que ma copine, espagnole, connaissait un peu.

Mais vous n’aviez aucune expérience dans le domaine…

Aucune. Je n’avais même jamais été dans un gîte de ma vie. J’ai donc décidé d’aller chercher les meilleurs, à savoir un développeur et des partenaires qui, eux, connaissaient très bien le secteur. On a lancé le site à la mi-2000 avec un investissement de départ de moins de 100.000 euros. Cela a été dur pendant 2 ans, on vivait chacun avec 500 euros par mois. Puis la croissance a été très forte. Nous sommes très vite devenus leaders du marché espagnol puis nous avons attaqué le Portugal en 2003, la France en 2005, l’Italie et la Belgique en 2007. Pour finalement être présents dans 10 pays à l’heure actuelle. Nous avons quelque 12.000 gîtes et auberges enregistrés sur le site. (Retrouvez toutes les étapes-clés de Toprural sur le blog de François Derbaix)

Pourquoi vendre à HomeAway ? Pourquoi maintenant ?

Quelque part, lorsque j’ai créé Toprural, je savais qu’elle était destinée a être vendue un jour où l’autre. La société est leader en Espagne et au Portugal avec 60% de parts de marché. En France, on n’a que 2 ou 3% du marché. Il y a fort à faire. Pour arriver à passer un palier supplémentaire, il fallait que nous entrions dans un grand groupe. Je connais bien HomeAway, ce rachat est le plus naturel. Eux, cela leur permet de se renforcer en Europe.

L’annonce de la finalisation de l’acquisition de Toprural a été faite ce lundi.

Oui, c’est cela. HomeAway achète TopRural pour 14 millions d’euros. De quoi ravir tous les actionnaires qui sont, au-delà de ceux qui ont lancé la boîte, le management et des employés qui ont 12% des parts, deux frères, entrepreneurs web de talent, Jesus et Fernando Encinar qui ont 11% et Bonsai Venture Capital qui a 6%.

Qu’allez-vous faire dans l’immédiat ? Déjà d’autres projets en vue ?

Dans un premier temps, je vais assurer la transition comme consultant pour que tout se passe pour le mieux entre Toprural et HomeAway. Mais sans responsabilité. Ensuite on verra. Mais il faut quand même dire que j’ai des participations dans une quinzaine de startups web en Espagne et dans une en Belgique, VinoGusto.com. Donc je ne vais pas être désoeuvré 😉

En parlant de la Belgique, quel regard portez-vous sur l’entrepreneuriat web dans votre pays natal ?

Je ne peux pas en dire grand chose. Je n’ai pas vraiment suivi l’évolution des entreprises belges. Je suis depuis 12 ans en Espagne, le nez dans le guidon. Et me suis beaucoup investi dans ce pays. J’aurais peut-être dû un peu plus m’y intéresser. Mais il n’est pas trop tard.

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