Mark Zuckerberg et Eric Schmidt se sont entretenus jeudi après midi avec les dirigeants des pays du G8 réunis à Deauville. Bien convaincus que la vraie puissance, aujourd’hui, est du coté du Web….

Qui peut se prévaloir d’être indispensable à tous les Chefs d’Etat ou de gouvernement du G8 réunis à Deauville ? A coup sur, Eric Schmidt et Mark Zuckerberg. Venus rencontrer les journalistes avant d’être reçus par Nicolas Sarkozy et ses homologues, le PDG de Google et celui de Facebook n’ont pas semblé du tout impressionnés. Même en costume cravate, concession inhabituelle à sa tenue jeans-baskets-sweat à capuche, le fondateur de Facebook n’a pas du tout joué devant la presse à l’oracle de l’internet. « Je jouerai le rôle qu’ils me demanderont de jouer. Et avec plaisir » a lâché dès son arrivée à Deauville le plus jeune entrepreneur-star de l’internet. Non sans mettre l’accent, toutefois, sur la force intrinsèque du réseau et sur le fait que le rapport de force n’est plus, sur la toile, en faveur des gouvernements et des pouvoirs publics…

« La pire des erreurs que peuvent faire les gouvernements est de ne pas profiter de ce formidable levier économique et politique qu’est l’Internet » prévient Eric Schmidt, de Google. Pas question, autrement dit, de souscrire à l’appel du Chef de l’Etat Français, lancé en ouverture du sommet E-G8 à paris, pour une meilleure gouvernance mondiale du Web. Pour ces entrepreneurs, le citoyen se nomme consommateur ou client. Et ils en sont fiers: « Notre intérêt prioritaire est de rendre nos clients heureux. C’est un élément qu’il faut prendre en compte » s’amuse Mark Zuckerberg, pressé de passer le micro à ses collègues.

Le E-G8, organisé avec le soutien du gouvernement français par le géant de la communication Publicis, n’a finalement accouché que d’une déclaration plutot vague, masquant mal le fait que derrière ces rois du Web se cache d’abord des hommes d’affaire redoutables, pressés d’élargir leur audience: « La meilleure recommandation que nous puissions faire aux dirigeants du G8 est d’augmenter les efforts pour étendre les réseaux à haut débit et connecter leur population entière a poursuivi le fondateur » de Facebook. Un peu plus tôt, celui de Google avait reconnu la capacité répressive de certains pays, comme l’Iran « capables de mettre un pistolet sur la tempe des opérateurs », mais sans aborder la question plus délicate de l’éventuelle collaboration de leurs entreprises avec les régimes autoritaires. Mark Zuckerberg, fidèle à son image d’adolescent attardé, a ainsi refusé de répondre aux questions directes sur le printemps arabe et les révolutions en cours au sud de la Méditerrannée. L’idée de faire du E-G8 un rendez-vous annuel a été défendue par le PDG de Publicis Maurice Levy. Sans séduire pour autant les diplomates inquiets d’être ainsi marginalisés: « Les politiques ont besoin de l’internet lâchait l’un d’entre eux, à l’issue de leur conférence de presse. Le contraire, en revanche, n’est pas nécessairement vrai… »

Richard Werly