En provenance d’Ubisoft et de SpectreVision, Transference est un thriller psychologique mixant cinéma et jeu vidéo au sein d’une expérience immersive avant tout pensée pour la réalité virtuelle.

Transference est le fruit d’une collaboration entre Ubisoft Montréal et SpectreVision, société de production américaine cofondée par l’acteur Elijah Wood qui est dédiée au cinéma (Cooties, Mandy) et au jeu vidéo. Cette plongée dans les souvenirs numériques du scientifique Raymond Hayes et de sa famille est digne d’un thriller psychologique mettant en exergue la transcendance, et se veut énigmatique de bout en bout, proposant une aventure immersive entièrement vécue à la première personne.

Transference

Hayes, qui est incarné par l’acteur Macon Blair (vu dans les films Blue Ruin et Green Room de Jeremy Saulnier), invite dès l’entame le joueur à plonger dans une version simulée et corrompue de son esprit afin de découvrir les mystères de sa famille. On débute l’expérience aux abords d’un immeuble en récupérant une clé qui va nous permettre de pénétrer dans le bâtiment. Aucune explication de gameplay (qui s’apparente à du point’n’click) n’est donnée, le joueur devant tâtonner et se débrouiller en faisant appel à son observation et à son instinct. L’expérience est avant tout pensée pour être vécue avec un casque de réalité virtuelle vissé sur la tête, faisant la part belle à une atmosphère digne d’un survival horror avec une progression pas à pas dans un environnement très sombre et inquiétant où surgissent quelques bons vieux jumpscares. Cette fonctionnalité n’est bien sûr disponible que sur PS4, avec le PSVR. Pour cette raison, on pourra parler d’une expérience plus pauvre sur Xbox One, console dépourvue de casque de réalité virtuelle… 

Transference

Manette en mains, l’expérience perd en immersion et en efficacité, puisque l’on se voit essentiellement progresser en appuyant sur le bouton d’interaction afin d’activer les différents scripts prévus dans la narration, afin de faire avancer le Schmilblick. Pourtant, Transference mise bien sur l’observation, forcément beaucoup plus posée avec un casque, et l’interaction. Il demande quasi exclusivement de résoudre une série d’énigmes pour progresser dans son récit qui se déroule à 99% dans un appartement comprenant 5-6 pièces. Le petit plus est que les objets et pièces changent et se débloquent en fonction des actions effectuées et de la réalité dans laquelle on se trouve. A l’aide des interrupteurs éparpillés dans les corridors (qui peuvent eux aussi changer de place) on alterne ainsi d’une réalité à l’autre, d’une vision sombre à une vision « réaliste ».

Transference

On croise alors les trois membres de la famille Hayes à différentes étapes de leur vie, on scrute les pièces dans lesquelles ils vivent dans les moindres détails (le jeu est visuellement soigné), on ramasse différents objets leur appartenant (la plupart sont des documents uniquement présents pour développer leur background) et on essaie de trouver les indices pour résoudre les différentes énigmes, souvent bien dissimulées. Pour cela, une bonne observation est requise, mais également une oreille attentive car le jeu distille également de nombreux indices sonores dans sa bande-son par ailleurs très anxiogène.

Le sentiment d’angoisse et d’oppression est prégnant, même si Transference n’affiche pas une ambiance poisseuse, des fantômes ou autres créatures monstrueuses (le jeu ne comporte d’ailleurs aucun combat ni de game over), et qu’il mise sur une forme d’horreur plus originale et sophistiquée qu’à l’accoutumée. Il est ici question en filigranes de thématiques telles que l’abandon, les actes manqués et le temps qui passe au sein d’un récit finalement très intime.

Transference

On regrette toutefois que SpectreVision n’ait pas développé davantage l’aspect cinématographique de son jeu en offrant davantage de présence à l’écran à ses personnages via par exemple des cut scenes avec ses acteurs en chair et en os. Tout se passe un peu trop à distance et entre les lignes, à force de non-dits, et cela empêche de fait toute empathie.

Au terme de l’aventure, très courte (moins de 3h), beaucoup de pièces manquent toujours au puzzle et c’est au spectateur d’essayer de restituer l’ensemble. On apprécie ce parti-pris finalement très ludique, mais cela manque un peu trop de matière pour prendre totalement. Il est indéniable que pour qu’elle soit parfaitement immersive, l’expérience Transference est à vivre avec un casque de réalité virtuelle, au choix celui de la Playstation 4, un HTC Vive ou un Oculus Rift. Sans un tel dispositif, l’impact est bien moindre, voire carrément nul.

Les + :

  • Une forme d’horreur plus sophistiquée qu’à l’accoutumée
  • Une narration ludique, à reconstituer dans sa tête
  • Avoir accès à une énigme est parfois une énigme en soi
  • Joli travail sonore
  • L’immersion, avec un casque de réalité virtuelle

Les – :

  • Exploration limitée à une poignée de pièces
  • Trop peu d’interactions avec l’environnement
  • Enjeu amoindri par l’absence de game over
  • Scénario et personnages pas assez étoffés
  • Beaucoup trop court (2h30 environ)
  • Très peu d’intérêt sans casque VR

Conclusion

Joué de manière classique sans casque de réalité virtuelle vissé sur la tête, Transference n’a pas beaucoup d’intérêt. Son gameplay réduit à sa plus simple expression, sa durée de vie en-dessous des 3h et son manque de variété en font un survival horror vite expédié vite oublié. Mais la présence d’une forme d’horreur plus psychologique qu’à l’accoutumée est à souligner, et celle-ci, tout comme l’appréhension des énigmes, mérite certainement d’être expérimentée avec un dispositif VR. Si vous disposez d’un casque de réalité virtuelle, l’expérience pourrait donc s’avérer beaucoup plus intéressante, à condition bien sûr de ne pas s’attendre non plus au jeu de l’année, car en dépit de sa réalisation soignée et de son marketing intelligent, Transference reste un jeu à tout petit budget qui n’exploite pas parfaitement son concept. 

12/20