Près de trois ans après Rise of the Tomb Raider, Crystal Dynamics nous livre enfin la troisième et dernière partie de sa trilogie narrant les débuts de Lara Croft dans son rôle de jeune aventurière.

Attendu au tournant, Shadow of the Tomb Raider était censé faire le lien entre les deux premiers volets de la série et le reste de la saga, tout en conservant les ingrédients qui avaient fait le succès des deux premiers volets. Avec près de trois années de développement, les développeurs ont eu tout le temps de nous préparer un petit bijou. Ce troisième et dernier opus n’est pourtant pas le messie que tant de joueurs attendaient…

Tout avait pourtant si bien démarré avec une séquence d’intro haletante, dans laquelle on aperçoit la jeune Lara luttant pour sa survie, qui essaye de s’extirper d’un ravin. Le ton a ici résolument changé. Très proche de Lara, la caméra nous montre sa souffrance. L’intégralité du jeu dépeint d’ailleurs un portrait très sombre de l’aventurière, rongée par les remords et la culpabilité. Les environnements plongent également le joueur dans une quasi totale-obscurité à de multiples reprises.

Là où les développeurs marquent des points, c’est justement dans le fait qu’ils sont parvenus à alterner brillamment les décors sombres et luxuriants. Car dans Shadow of the Tomb Raider, Lara abandonne les sommets enneigés pour partir à la découverte de l’Amérique Centrale, ses tombes oubliées et ses forêts tropicales. Un cadre qui collait parfaitement à l’univers de la saga…

Le reboot de la franchise était parvenu à séduire les joueurs en osant une approche différente, plus cinématographique, et davantage axée sur la survie. Sa suite, Rise of the Tomb Raider, avait repris les mêmes bases pour proposer une expérience sensiblement différente en plongeant le joueur dans de nouveaux environnements. Certains joueurs avaient à l’époque marqué leur déception, estimant que Rise of the Tomb Raider était trop dans la continuité du second volet. Les attentes étaient donc importantes pour ce troisième volet qui ne pouvait pas se contenter d’un simple copié-collé comme ses ancêtres. Dans Shadow of the Tomb Raider, le joueur était censé retrouver une Lara plus mature dans un titre où les gunfights seraient mieux exploités.

Dans la pratique toutefois, on s’aperçoit dès la première heure de jeu que Shadow of the Tomb Raider reprend non seulement les ingrédients de ses ancêtres dans les moindres détails, mais innove également de façon maladroite.

Les développeurs ont ainsi pensé judicieux d’intégrer des séquences de jeu en ville et dans des villages, séquences durant lesquelles notre aventurière devra se promener, le plus souvent masquée pour éviter de se faire reconnaître, et occasionnellement marchander. Si l’idée était en soi plutôt bonne, force est de constater que ces “séquences” de jeu ne servent finalement ni plus ni moins qu’à ralentir le rythme du jeu et ne présentent strictement aucun intérêt, ni sur le plan ludique, ni sur le plan narratif. Pire, les autres séquences de jeu introduites : principalement, l’exploration sous-marine, sont tout aussi désastreuses. On le sait, le reboot de Tomb Raider est un jeu qui a été conçu pour être joué en ligne droite, un jeu d’action popcorn à grands renforts d’explosions, qui peine à s’adapter ou se métamorphoser. Le crafting est lui aussi l’une des mauvaises idées de ce volet, qui n’apporte en soi rien de très excitant à la franchise.

D’autant plus qu’il suffit d’activer le mode vision de Lara pour voir apparaître tous les objets à récupérer sur la carte… Inutile de le préciser : Shadow of the Tomb Raider se transforme très vite en un jeu de “loot” dans lequel le joueur passe son temps à s’abaisser pour ramasser munitions et objets – ce qui tue littéralement le rythme du jeu.

Pour le reste, Shadow of the Tomb Raider est un bête copié – collé du précédent volet. Le jeu mélange habilement séquences de plates-formes, infiltration et combats. L’ennui, c’est que si les décors traversés sont différents, ils sont également plus exigus et le jeu donne une désagréable impression d’être un long couloir en ligne droite. Les zones de jeu plus vastes sont peu nombreuses et la plupart du temps il n’existe aucun chemin alternatif. Hyper-assisté, surtout dans les phases de plates-formes, Shadow of the Tomb Raider perd également son côté die & retry puisque les pièges sont ici moins nombreux que dans les précédents volets.

Là où les développeurs marquent des points en revanche, c’est au niveau de l’univers, beaucoup plus proche du comics grâce notamment à la localisation de cette aventure, qui se déroule en Amérique latine. Les décors sont superbes, les personnages rencontrés parlent des langues locales et un très gros travail a été réalisé au niveau de l’immersion. Les zones traversées sont également plus variées que dans les précédents épisodes.

Plutôt longue, l’aventure tiendra le joueur scotché au pad durant une bonne quinzaine d’heures. Si la promenade est en soi plutôt divertissante, on regrettera de ne jamais vraiment être totalement surpris tant la structure du jeu est classique. Le scénario du jeu n’est pas non plus le plus bel atout de ce Shadow of the Tomb Raider puisqu’on se retrouve malgré soi encore une fois embarqué à la poursuite des meurtriers du père de Lara, face à une organisation secrète qui tente de récupérer un artefact capable de provoquer l’Apocalypse. Bâillement.

Les développeurs ont tenté de rendre le titre un peu plus mature en jouant avec la psychologie de Lara. L’ennui, c’est que si le jeu est en effet plus “dark”, Lara reste une jolie coquille vide. Paradoxalement, Crystal Dynamics, qui voulait se débarrasser de l’image de bimbo à l’humour british de Lara pour créer un personnage plus “humain” et plus en accord avec les standards actuels de l’industrie, n’a provoqué que l’effet inverse avec un personnage hyper-lisse, sans une once de personnalité, qui subit sans cesse les événements. Très superficielle, la nouvelle Lara n’a décidément plus rien de la femme fatale qu’elle était dans les premiers jeux et les comics, et semble avoir perdu toute personnalité. Et c’est justement là que le bas blesse.

Pour autant, ne tirons pas à boulets rouges sur ce nouveau volet de la franchise qui reste très efficace au niveau de sa mise en scène et de sa progression. Shadow of the Tomb Raider est un jeu popcorn très divertissant, toujours joliment animé, avec des décors superbes et un gameplay qui à défaut d’être passionnant et plein de surprises, reste efficace. Son principal défaut est de n’être qu’une copie des précédents épisodes. Le facteur surprise a ici totalement disparu.

Mais alors que manquait-il à cet épisode pour créer la surprise? Des idées sans doute mieux exploitées, des séquences sous-marines plus excitantes, des gunfights plus passionnantes et surtout, des séquences dans les villes qui auraient amené un réel plus. En l’état, difficile d’être pleinement satisfait par un jeu qui n’est que l’ombre de lui-même et qui aurait clairement mérité une année ou deux de développement supplémentaire.

Les + :

– Visuellement très joli
– Une direction artistique maîtrisée
– La mise en scène, digne d’une superproduction hollywoodienne
– Des décors variés
– Une solide durée de vie
– Des séquences de jeu variées

Les – :

– Un scénario assez plat
– Lara, une héroïne sans aucun charme
– Une VF pas terrible
– Trop de loot
– Des séquences de jeu barbantes
– Plus dirigiste encore que ses ainés
– Les gunfights ratés

Conclusion

Le chapitre final de cette trilogie aurait dû être un grand moment de l’histoire du jeu vidéo. Malheureusement, on se rend très vite compte que Shadow of the Tomb Raider n’est ni plus ni moins qu’un copié collé du précédent volet, qui reprenait déjà la formule du premier épisode pratiquement à l’identique. Les nouveautés introduites dans cet épisode n’apportent rien de très excitant à la franchise, et – pire encore -, le titre perd même en rythme et en style, se rapprochant toujours plus du jeu “pop-corn” avec un gameplay hyper-assisté et une progression en ligne droite. Pour autant, cette longue balade dans l’Amérique latine n’en reste pas moins un voyage très prenant. Grâce à sa direction artistique maîtrisée, ses superbes décors et ses séquences de jeu variées, Shadow of the Tomb Raider parvient à prolonger les aventures de notre jeune Lara pour un ultime chapitre. Attention toutefois à ne pas trop jouer les prolongations…

14/20