Le doux bruit de la neige qui s’écrase sous le poids d’une personne qui marche, le son mystique provenant du fin fond des galaxies, la pluie qui s’abat contre la toile d’une tente un soir de camping, autant de sons captés, travaillés, décortiqués, et totalement personnalisables pour le plus grand bien des oreilles. Voilà le principe simple de myNoise en surface, mais qui représente un travail titanesque en coulisse.

La passion du son

Derrière ce site internet devenu application, se cache un homme, un véritable passionné de son. Stéphane Pigeon est ingénieur, il vit aujourd’hui de sa passion en enregistrant des sons aux quatre coins du monde. Le charmeur d’oreilles a multiplié les casquettes lors de sa carrière. Il fait notamment l’expérience du travail à la nippone chez Roland, le fabricant de synthétiseurs japonais. La fin de cette période marque pour lui un tournant : plus question de travailler dans le stress et la contrainte permanents.

Entre-temps, Stéphane Pigeon est déjà l’auteur de nombreux sites internet. Entre autres traits de génies ou de folie : un générateur de ronronnements de chatun test d’audition ou encore un site destiné aux audiophiles et qui propose des tests objectifs pour évaluer la qualité de leur matériel audio. En 2014, c’est le coup de génie, l’ingénieur ouvre myNoise, un site avec une promesse simple : “Utiliser un bruit que vous aimez pour masquer un bruit qui vous dérange“, se plaît-il à dire.

Le site rencontre rapidement un certain succès – un million de pages vues par mois, Stéphane Pigeon décide d’y consacrer plus de temps sans vraiment se poser de question. “Je plonge et on verra comment ça se passe“, commente-t-il aujourd’hui.

Un succès mathématique

Ce succès, le passionné ne le doit pas qu’à l’idée qu’il a eu, mais surtout au coeur qu’il met à l’ouvrage. Des sites recréant des ambiances de mer, de forêt ou encore de pluie battante, il en existe de milliers. myNoise se différencie par le professionnalisme avec lequel il a été conçu. Chaque ambiance représente des dizaines d’heures de travail.

Tout part du bruit blanc“, explique Stéphane. “Il contient toutes les fréquences que l’oreille est capable de percevoir, des fréquences les plus basses – 20 Hertz – jusqu’au fréquences les plus hautes – 20.000 Hertz. Ce fameux son est capable de couvrir n’importe quel autre bruit. Mais il est surtout efficace aux hautes fréquences, pour masquer vos acouphènes par exemple. Pour camoufler des sons graves, le bruit blanc nécessite le recours à des niveaux sonores élevés, et donc fatigants. Il existe d’autres couleurs de bruit – chacun ayant leur séléctivité propre. Sur myNoise, l’utilisateur peut optimiser la couleur de bruit en fonction du son qu’il désire masquer. Le brouhaha de ses collègues par exemple, lorsqu’ils partagent le même espace de travail.

Mais l’ingénieur est allé plus loin encore : plutôt qu’utiliser un bruit synthétique, il s’est mis à utiliser des ambiances naturelles, et a décomposé chaque ambiance en fonction des sons et de ses fréquences. Ainsi, chaque générateur sonore sur le site est découpé en dix pistes indépendantes les unes des autres, dont le volume est réglable par l’utilisateur. On y retrouve les sons les plus graves associés aux curseurs de gauche et les sons les plus aigüs à ceux de droite, comme une sorte d’équaliseur.

L’homme à tout faire

Stéphane Pigeon n’est pas du genre à s’entourer d’une équipe. “J’ai la sale manie de tout vouloir faire par moi-même“, dit-il avec dérision. Une sale manie qui l’a conduit à devenir développeur web pour concevoir lui-même ses différents sites. Si acharné qu’il ira jusqu’à apprendre pendant un an à coder pour les applis mobiles, 12 mois de travail réduits à néant lorsque la première application qu’il développe – une application qui permettait d’associer des images amusantes à ses contacts mobiles – ne garde que quinze minutes de visibilité sur l’App Store.

Découragé par cette expérience, il se jure qu’on ne l’y reprendra plus sur mobile. Mais voilà, avec le succès de myNoise, les demandes pour une appli mobile abondent, et en deviennent presque harcellantes. Profitant que le site fait la une de Hacker News – un site de partage de liens centré autour de l’informatique – l’ingénieur lance alors un appel en quête d’un développeur pour implanter son créateur d’ambiance sur mobile. En moins d’une heure, cinq candidats se présentent à lui. Stéphane n’attendra pas plus longtemps pour en sélectionner un.

De beaux sons pour pas un rond

Florian Doyon, programmeur implanté au Royaume-Uni et fan du site, aide l’ingénieur à distance pour développer gratuitement une version iOS de myNoise qui voit le jour en 2015. Aujourd’hui, Florian tire sa satisfaction de la visibilité dont jouit l’application sur iOS, mais également des revenus de ses achats intégrés.

Le site internet lui, ne fonctionne que grâce au soutien de ses généreux donateurs. Car oui, vous ne trouverez ni publicité sur le site ni investisseur derrière le projet. Ce modèle de dons permet à chacun de contribuer à la hauteur de ses moyens même si seules une à trois personnes pour mille verse de l’argent au site. “Il n’y a que des clients satisfaits !“, résume Stéphane Pigeon.

Grâce à cet aspect non-commercial, les propositions d’aides en tous genres fusent de toutes part, que ce soient des améliorations liées à la programmation du site, ou de nouveaux enregistrements sonores.

Élue App of the Day en 2018, le succès de l’appli fait echo à celui du site. Ce dont Stéphane Pigeon est moins fier, c’est de sa déclinaison Android. Egalement poussée par la demande incessante des utilisateurs, myNoise fait son entrée sur Google Play en 2017, mais en l’absence d’une équipe de développeurs, l’app ne peut être aussi universelle que sa cousine iOS. “Trop de diversité dans les téléphones mobiles, l’un crache, l’autre pas”, se désole le créateur du site d’ambiances. En résulte une version bien plus basique de l’appli, et beaucoup de frustration de son créateur..

Des idées plein la besace

Si myNoise peut déjà sembler très complet, du moins sur l’App Store, son inventeur ne manque pas d’idées. “L’appli pourrait utiliser tous les périphériques du téléphones“, affirme-t-il. “Se servir du micro pour décomposer le spectre des sons et régler automatiquement le volume de chaque piste, coupler la modifications des sons avec le GPS créer des objets sonores virtuels dans le monde réel, comme une rivière, par exemple.” Mieux encore, le créatif ingénieur projette la création d’un site pour le traitement spécifique des acouphènes.

Ses idées, Stéphane Pigeon les emmène partout autour du monde, alors qu’il capte les sons de la planète avec son micro.