C’est une tendance inquiétante qui a été mise en évidence dans un rapport publié dans le journal de la chirurgie plastique faciale de l’American Medical Association : de plus en plus de jeunes veulent se faire opérer pour ressembler à leur propre image avec un filtre Snapchat.

“Snapchat Dysmorphia”, ce n’est ni une plante, ni le titre d’un film, mais bien le nom du trouble de la personnalité que les médecins ont attribué à cette pathologie. De “dysmorphophobie” en français, autrement dit, la peur, l’obsession de se trouver laid ou malformé. La pathologie n’est pas neuve, mais elle s’est accentuée avec l’arrivée des filtres censés sublimer la beauté proposés par Snapchat ou Instagram.

Nous vivons à l’ère des selfies retouchés et des critères de beauté en perpétuelle évolution“, souligne le rapport. Le phénomène est pris très au sérieux par les chirurgiens esthétiques américains puisque cette obsession pousse certaines jeunes filles et femmes à pousser les portes de leur cabinet pour passer au bistouri. Le physique parfait n’était auparavant accessible qu’à un nombre restreint de personnes. Au travers de ces applications, il est désormais à la portée de tous de devenir beau comme ses idoles.

Perte de contact avec la réalité

Il est naturel de courir après un physique parfait, précise le rapport, mais en revanche, l’usage permanent de ces filtres bouleverse les représentations des jeunes filles, qui perdent contact avec la réalité. “L’omniprésence de ces images filtrées peut avoir de lourdes conséquences sur l’estime de soi“, expliquent les médecins. Ils pourraient bien être des déclencheurs de la dysmorphophobie.

En 2015, une étude démontrait déjà que les selfies étaient des indicateurs de l’insatisfaction des adolescentes vis-à-vis de leur corps. Plus elles retouchaient leurs photos, plus elles surestiment leur poids, leurs formes et rejettent leur corps. Ce manque de confiance en soi pousse beaucoup de jeunes filles à passer sur le billard. 55% des chirurgiens plastiques affirment avoir eu affaire à des patients qui demandent à être opérés pour “améliorer leur apparence sur les selfies“.

Un paradoxe ressort du rapport : l’aspect désiré par ces adolescentes est totalement inaccessible. Outre le selfie et les filtres, ce qui rend une personne plus belle, c’est l’angle et la proximité avec l’objectif qui déforment complètement la forme et les dimensions du visage. Le résultat est une représentation de soi qui n’est accessible que sous certaines conditions, et que ces filles cherchent désespérément à atteindre. Le rapport préconise un suivi psychologique pour les personnes qui souffriraient du trouble et déconseillent toute opération.