L’amende de 4,34 milliards d’euros infligée par l’Union Européenne au géant du web pourrait pousser Google à revoir sa stratégie.

Android s’est imposé sur mobiles comme l’OS de référence pour tous les constructeurs de smartphones. Impossible pratiquement d’imaginer Samsung, LG ou Huawei se tourner aujourd’hui vers un autre système d’exploitation. L’un après l’autre, les concurrents d’Android ont passé l’arme à gauche. Après Firefox OS, cela a été au tour de BlackBerry OS puis de Windows Phone.

Avec plus de 70% de parts marché, Android est aujourd’hui la seule et unique option viable disponible sur le marché. Une situation de monopole qui pose problème à l’Union Européenne, qui a décidé d’infliger à Google une amende record de 4,34 milliards d’euros pour concurrence déloyale.

En cause ? Le géant du web profiterait de sa position de force pour forcer l’installation de ses logiciels sur tous les appareils Android. Outre son navigateur – Chrome -, c’est toute la suite logicielle du géant du web qui est visée, de Youtube à Google Maps en passant par Sheets et Docs.

En réaction à cette annonce, Sundar Pichai, le PDG de Google, a déclaré que « jusqu’à présent, le business model d’Android a permis de ne pas avoir à faire payer les fabricants de téléphones pour la technologie. Mais nous sommes préoccupés par la décision d’aujourd’hui qui va bouleverser l’équilibre fragile que nous avons trouvé avec Android, et qui envoie un signal dérangeant en faveur des systèmes propriétaires contre les plateformes ouvertes. »

Des propos qui soulèvent aujourd’hui quelques questions : cette amende faramineuse pourrait-elle forcer Google à revoir son modèle économique ? Android pourrait-il devenir un OS payant ? Et si c’est le cas, cela se répercutera-t-il d’une façon ou d’une autre sur la facture du consommateur ?

Pour beaucoup, il ne s’agit là que d’un coup de bluff de Google. Le géant du web pourrait difficilement s’écarter de ce modèle, sans craindre de voir des alternatives émerger. Samsung planche depuis des années sur Tizen, et n’attend qu’une bonne raison pour se lancer corps et âme dans cette nouvelle quête, Huawei a déjà évoqué la question de développer son propre OS et Microsoft n’attend qu’une bonne raison pour se relancer dans la course du mobile.

Pour autant, l’idée de voir Google facturer l’usage d’Android à ses partenaires n’est pas totalement improbable. Si l’UE continuait dans cette direction, elle pourrait en effet forcer Google à revoir son modèle économique. Car on le sait, Android est un système qui ne rapporte pratiquement rien à Google, et les lourdes sanctions imposées par l’UE ne feront qu’accélérer une transition attendue depuis longtemps. Récemment, Google avait déjà adopté un modèle payant pour Google Maps, forçant les développeurs de logiciels à débourser beaucoup d’argent pour l’utilisation de ses données. Un choix qui a forcément poussé de nombreux développeurs à se rediriger vers les alternatives gratuites…

Si l’on voit mal Google forcer la main de ses partenaires, une chose est certaine, le géant du web va devoir changer son business model. Et tout cela pourrait se répercuter d’une façon ou d’une autre sur la facture… A quel montant pourrait être facturé une licence Android ? Une question complexe. Microsoft n’hésite pas à facturer plein tarif ses licences Windows. S’il choisit la même direction, Google adoptera probablement une démarche plus douce, en facturant à un prix plancher ses licences aux constructeurs, pour minimiser les effets sur le marché. Si les prix des smartphones haut de gamme devraient rester inchangés, il n’est pas impossible que les prix des modèles d’entrées de gamme augmentent subitement si cette décision venait à être prise… Un joli casse-tête en perspective pour la firme de Mountain View.