Cet action-RPG en provenance du studio Dontnod (Life is Strange) plonge le joueur dans un Londres brumeux aux commandes d’un vampire nouvellement converti. Comme à l’accoutumée avec le studio français, les choix importent dans cette aventure évolutive qui change en fonction de vos actes.

Vampyr

Jonathan Reid est un médecin renommé de Londres qui, mort dans d’étranges circonstances, se réveille pourvu de pouvoirs surnaturels et d’une soif inextricable de sang. Sa nouvelle forme vampirique le pousse illico à commettre l’irréparable en étreignant mortellement sa sœur. Hanté par les remords et tiraillé entre sa nouvelle condition et ses obligations envers le serment d’Hippocrate, il devra choisir entre la vie et la mort, sauver des vies ou s’enfoncer dans les ténèbres.

La ville étant infestée par deux terribles fléaux, la grippe espagnole et la propagation d’une épidémie transformant les malades en monstres, il y aura fort à faire sur les deux fronts, votre objectif étant double : soigner les malades (et donc la ville) ainsi que découvrir la nature de votre créateur. C’est donc au joueur de choisir l’orientation du héros, qui est en outre traqué par une société secrète qui tente d’éradiquer le Mal de ses rues.

Entretien avec un vampire

Dontnod a concocté une ville divisée en différents quartiers (dont le célèbre Whitechapel) remplie de PNJ dont il faudra décider du sort. Il est parfois possible de les aider et de les soigner, souvent de les étreindre ou tout simplement de converser avec eux afin d’obtenir des indices pour progresser dans les quêtes, ce qui fait également au passage gonfler leur expérience. Cette expérience, le joueur peut la faire sienne en décidant d’étreindre le personnage en question pour in fine débloquer de nouvelles compétences et donc devenir plus fort. Autrement dit, jouez-la « bad guy » et l’aventure sera plus facile ou jouez-la « gentil » et la difficulté sera plus élevée. En quelque sorte, vous décidez en cours de route du niveau de difficulté du jeu, ce qui est un bon point.

Il va sans dire que les conflits moraux sont dès lors légion, et que chaque décision aura une conséquence plus ou moins directe. Le titre est d’ailleurs très bien écrit avec une foule de dialogues à embranchements et de documents à consulter. C’est l’un des points forts des productions Dontnod : une atmosphère et un univers marqué, avec un sentiment d’implication toujours très prégnant. Vampyr n’étant pas en reste avec un lore joliment étoffé et de nombreux conflits moraux à surmonter.

Soigner un malade n’est par exemple pas dénué d’intérêt pour vous car cela lui procurera un sang plus pur, et donc potentiellement davantage d’expérience pour vous. Vous pouvez bien sûr prendre soin de la population par simple philanthropie (et en trouvant/fabricant les remèdes adéquats), mais ce n’est pas véritablement la nature d’un vampire que d’être un bon samaritain…

Vampyr(2)

Une technique qui fait pâle figure

Votre statut de vampire n’étant pas apprécié de tous, vous aurez affaire à la milice de Priwen qui traque les créatures de la nuit de votre espèce. Contrairement à Life is Strange, Vampyr n’est donc pas un jeu purement narratif et s’impose comme un action-RPG plutôt complet avec un monde semi-ouvert à explorer, du crafting, un arbre de compétences, etc. Pour ce qui est des combats, le système mis en place, à base de jauge de santé, d’endurance et de sang, n’est pas des plus souples et s’avère un brin répétitif avec sa sempiternelle alternance esquive/attaque. Rien de bien fâcheux, mais on aurait apprécié davantage de diversité même si différents coups et aptitudes améliorables sont de la partie.

La technique du jeu est par contre beaucoup plus problématique, avec des chutes de frame rate (le titre ne va pas plus haut que 30 fps sur consoles), ce qui donne droit à de belles saccades lors des combats ou même de l’exploration. La technique et la réalisation paraissent d’ailleurs dans l’ensemble datées, et voir les visages inexpressifs dont sont pourvus les personnages fait vraiment mal au cœur. Dommage pour un jeu très narratif où l’on passe la moitié du temps à converser avec ces derniers !

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Quand le vampire tombe sur un os

Dontnod est bon quant il s’agit de créer des univers et d’écrire des dialogues, par contre, leur manque de maîtrise technique les rattrape une fois de plus. Pire : le jeu possède même quelques bugs pour le moins handicapants. Comme beaucoup d’autres joueurs, nous avons ainsi été victimes d’un bug de lumière qui envahit totalement l’écran lors d’un combat de boss par nature déjà un brin ardu. Le genre de bug inadmissible qui vous handicape littéralement (on est littéralement aveuglé) et vous forcerait presque à abandonner brusquement l’aventure.

Pourtant, malgré ses défauts (auxquels ont peu ajouter l’absence de points de téléportation et de sauvegarde hors autosave, ainsi que des temps de chargement horriblement longs), Vampyr fascine et séduit. Son lore et son atmosphère prenants laisse des marques, grâce à une écriture soignée mais aussi à une superbe musique composée par Olivier Derivière (Alone in the Dark 2008, Remember Me) qui livre une composition enlevée, quelque part entre Elliot Goldenthal (Entretien avec un vampire) et Wojciech Kilar (Dracula de Coppola). Une véritable pépite au sein d’un titre perfectible au potentiel quelque peu gâché.

Les + :

– Une atmosphère prenante
– Une belle qualité d’écriture
– Les choix moraux
– Pouvoir décider du sort de presque chaque PNJ
– La musique

Les – :

– Une technique à la traine
– Des bugs handicapants
– Pas de sauvegarde en dehors de l’autosave
– Pas de points de téléportation

Conclusion

Trop ambitieux pour le studio français Dontnod, Vampyr est un action-RPG narratif à l’atmosphère prenante et aux dilemmes moraux intéressants, hélas gâchés par un manque de maitrise technique. Le potentiel du titre perd ainsi de son mordant face aux chutes de frame rate et aux bien pauvres modélisations des visages des personnages. Le jeu devient même carrément irritant lorsqu’il réserve un bug hyper handicapant lors d’un combat majeur contre un boss. Dommage, car l’univers est bien construit, les dialogues sont savamment écrits et la musique est superbe. Mais visuellement, quelle débâcle!

13/20