Est-ce la fin du téléchargement illégal ?

Par posté le 4 mai 2018

Pourquoi payer pour du contenu quand on peut se le procurer gratuitement ? Voilà la principale raison du succès du téléchargement illégal. Logiciels, jeux vidéo, musiques, films, et livres, tous les types de médias sont potentiellement disponibles sur Internet.

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Voilà une question à laquelle les compagnies du divertissement espèrent depuis des années obtenir gain de cause. Il s’agit d’une lutte qui a commencé dès 1999, avec la création du service de partage en peer-to-peer (P2P) Napster. Même si les contenus pirates existaient bien avant –copie de CD, DVD et VHS–, c’est bien le service Napster, et Internet en général qui ont amené le piratage d’œuvres culturelles à un niveau jamais atteint grâce à la facilité et la rapidité qu’ils procuraient. Les majors de l’industrie musicale étaient les premiers à réagir face à Napster, mais le système P2P s’étendit très vite à l’ensemble des types de contenu culturels.

Des chiffres impressionnants

Si l’on en croit le dernier rapport en date, compilé par la société d’analyse MUSO, les sites de piratages ont été visités plus de 300 milliards de fois en 2017, soit près de 820 millions de visites quotidiennes. Le rapport indique que le streaming illégal remporte la palme de fréquentation avec 53% des visites, tandis que les sites de téléchargement direct et de torrent perdent du terrain. Les séries sont les contenus les plus piratés (107 milliards de visites), suivis des musiques (74 milliards) et des films (53 milliards). Le rapport montre aussi une augmentation du piratage sur mobile, où 87% du contenu musical est consommé sur ce support. Chez nous, une étude de juin 2017 estimait que 1.8 million de Belges pirataient activement.

La justice contre le téléchargement illégal

Face à ce succès, il est normal que la plupart des ayants droit se sentent volés. Des actions en justice ont été menées par d’innombrables associations interprofessionnelles à travers le monde, mais les résultats restent souvent décevants.

Les autorités n’ont pas, en tout cas chez nous, les ressources nécessaires pour s’attaquer aux utilisateurs privés, voilà pourquoi l’attention est portée sur les administrateurs des grosses plateformes. À noter que dans certains pays, comme les États-Unis, le Canada et la France, les autorités prennent la peine d’envoyer des amendes aux particuliers pour le téléchargement pirate.

Les autorités ont passé de nombreuses lois pour tenter d’enrayer, en vain, le phénomène, on pense au Digital Millenium Copyright Act aux États-Unis et à la loi Hadopi en France.

La loi Hadopi, qui fêtera bientôt ses neuf ans, a provoqué l’envoi de 7.5 millions de « premiers avertissements », 700.000 courriers, mais n’a finalement débouché que sur 72 condamnations, pour un budget estimé à 60 millions d’euros (chiffres de 2017).

Le fonctionnement inhérent à Internet empêche un contrôle efficace

Internet fonctionnant sur base d’un système décentralisé et libre, il est théoriquement impossible de stopper le piratage. Même dans des pays où l’Internet est contrôlé par le gouvernement, comme en Chine, des échappatoires sont toujours possibles.

Depuis quelques années, ce sont les fournisseurs d’accès internet qui sont pris à partie pour lutter contre le piratage. Comme actuellement en Belgique, où la Belgian Entertainment Association (BEA) a forcé les FAI à bloquer l’accès à 33 sites et 450 noms de domaines.

Idem aux États-Unis, où plusieurs associations ont demandé aux autorités d’adapter le Digital Millenium Copyright Act pour mettre un maximum de pression sur les FAI.

Il est vrai, certains grands sites ont fermé pour de bon, comme MegaUpload, T411, Cpasbien, Extratorrent et KickAssTorrent, mais sans grandes conséquences sur les statistiques de piratage, car d’autres sites ont directement récupéré les utilisateurs déçus.

Encore une fois, c’est le principe libéral d’Internet qui limite grandement l’efficacité de ces actions, en tout cas sur le long terme : dès qu’un site est fermé, une dizaine de sites miroirs sont mis en ligne, un simple changement de nom de domaine suffit pour ressusciter un site d’entre les morts.

The Pirate Bay

Un exemple parlant est celui du site The Pirate Bay, qui dispose à l’heure actuelle de plusieurs milliers de serveurs à travers le monde. L’intervention des autorités suédoises en 2014, qui a mené une opération à Stockholm pour saisir les serveurs, n’a quasiment eu aucune conséquence : des sites miroirs étaient mis en ligne le lendemain de l’intervention et le site officiel était de nouveau opérationnel deux mois plus tard. Le résultat est d’autant plus décevant que les démarches pour procéder à cette saisie ont demandé beaucoup de temps et d’énergie aux autorités du pays.

Une variante du logo du site est d’ailleurs régulièrement affichée pour rappeler la capacité du site à renaître constamment, à la manière de l’Hydre de Lerne.

Capture

Le succès des sites de téléchargement illégal n’empêche cependant pas les grandes compagnies du divertissement d’engranger des revenus conséquents. Le phénomène est bien sûr beaucoup plus douloureux pour les petits acteurs, on pense aux développeurs de jeux vidéo indépendants, aux artistes qui débutent et aux petites productions cinématographiques.

Vers une évolution des offres de divertissement

Le téléchargement illégal a cependant le mérite d’avoir obligé les compagnies de l’industrie culturelle à revoir leurs modèles économiques, à proposer de nouvelles façons de consommer du contenu. Les plateformes de streaming découlent par exemple directement de cette lutte contre le piratage. Netflix, pour ne citer que lui, a très bien compris qu’une bonne solution est tout simplement de proposer une offre de qualité à un prix abordable : les résultats de la plateforme pour l’année 2017 confirment que cette stratégie est la bonne.

Napster, bien qu’il ait été à la base du téléchargement P2P, a complètement revu son modèle de fonctionnement et est devenu une plateforme de streaming musicale tout à fait légale depuis 2011.

Vers une évolution des habitudes de consommations

Les utilisateurs ont donc suivi la mode du dématérialisé. La vente de DVD est en diminution, tout comme celle des disques. On voit que les abonnés aux offres de streaming musicales et vidéos sont en constante augmentation.

La nouvelle génération est également plus habituée à payer pour des abonnements. La génération des années 90 et 2000 a grandi avec des programmes de téléchargements comme eMule, KaZaA et LimeWire, tandis que les jeunes d’aujourd’hui ont grandi avec les offres de streaming légales comme Netflix, Spotify ou Deezer. L’année dernière, une étude IFPI réalisée au sein des 13 pays plus gros consommateurs de musique indiquait que 85% des 13-15 ans utilisent un service de streaming musical payant.

Il est donc très peu probable, techniquement comme moralement, que du jour au lendemain les internautes cessent de télécharger des contenus de façon illégale. D’une part, parce que l’offre légale reste très limitée – en particulier en Belgique -, d’autre part parce qu’il est toujours possible de contourner la législation, en utilisant par exemple un VPN pour accéder à un site bloqué sur notre territoire.

Rappelons en outre qu’en Belgique, l’internaute qui télécharge illégalement du contenu ne risque rien.

On soulignera également que dans la pratique, rien ne prouve que le téléchargement illégal a un impact négatif sur les ventes de tickets, DVD ou CD. Aucun lien direct n’aurait été établi entre les deux, selon un rapport transmis à la Commission Européenne.

De quoi remettre sérieusement en question donc la décision judiciaire de bloquer 33 sites internet sur notre territoire…

Pigiste chez Geeko et Belgium-iPhone.

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Un commentaire

  1. Forever Embrase

    7 mai 2018 at 22 h 32 min

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