Une intelligence artificielle serait capable d’identifier les homosexuels à partir d’une simple photo

Par posté le 10 septembre 2017

Un simple algorithme permettrait d’identifier l’orientation sexuelle d’individus à partir de quelques photos recueillis sur la toile. Une innovation qui a provoqué bon nombre de réactions dans le monde scientifique.

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Déceler l’orientation sexuelle de personnes à partir de simples photos, c’est ce que permet en effet cette nouvelle technologie aux allures de Big Brother, développée par un groupe de scientifiques. Une étude publiée récemment dans le Journal de Personnalité et de Psychologie Sociale montre, preuves à l’appui, que l’algorithme qui a été ainsi créé par Michal Kosinski et Yilun Wang, deux chercheurs de l’Université de Stanford, fonctionne. Dans les faits, leur système est capable de distinguer les personnes homosexuelles des hétérosexuelles.

Comment ? Grâce à l’analyse et la catégorisation de traits physionomiques d’individus. Les deux chercheurs ont recueilli 35.326 photos de profil tirées de sites de rencontres – sans le consentement des personnes – et les ont fait analyser par leur algorithme, arrivant ainsi à des caractéristiques physionomiques pour chaque orientation.

Selon ses créateurs, l’algorithme atteindrait un taux de réussite de 81% chez les hommes et de 74% chez les femmes. Comparativement, le cerveau humain n’arriverait à faire la distinction que dans 61% pour les hommes et 54% pour les femmes. L’intelligence artificielle marquerait donc un point.

Et ce n’est pas tout, si on présente 5 photos différentes de la même personne, le programme arrive à des taux de réussites de 91%. Des résultats qui effrayent déjà la communauté scientifique.

Recherche bancale et problématique

Nombreux sont en effet les chercheurs à s’insurger face à un algorithme qui pourrait mettre la vie de personnes en danger. Pour le professeur agrégé de psychologie de l’Université de Toronto, Nick Rule, la chose est inquiétante “Comme tout nouvel outil, s’il tombe dans de mauvaises mains, il peut être utilisé à des fins illégales. Si vous pouvez commencer à profiler des individus en fonction de leur apparence, alors vous pouvez les identifier et leur faire des choses horribles, c’est vraiment inquiétant.”

Au niveau de la forme, des experts ont critiqué la manière dont l’étude avait été menée, celle-ci présentait plusieurs anomalies notables. La recherche ne prenait pas en compte les personnes de couleur, mais surtout elle ne s’intéressait à aucune autre orientation sexuelle en dehors de l’hétérosexualité et de l’homosexualité. Une démarche non holistique qui pourrait être influencée par des facteurs culturels par la provenance des photos récupérées sur des sites de rencontres.

Mais la critique ne se fait pas uniquement au niveau de sa méthode. Pour Ellen Broad, associée de l’Open Data Institute, les conséquences possibles d’une telle technologie n’ont pas été prises en compte, ainsi que les répercussions d’une prédiction incorrecte par l’intelligence artificielle.


 

Ellen Broad critique également la conclusion de cet article (disponible ici) qui prétend aller dans le sens de l’évolution de notre société en général et qui s’oriente vers un avenir ” post-vie privée “, qui “sera un endroit beaucoup plus sûr et hospitalier s’il est habité par des personnes bien éduquées et tolérantes qui se consacrent à l’égalité des droits“.

 

 

Une étude à la fois biologique et alarmiste

Identifier les personnes homosexuelles grâce à ces caractéristiques physionomiques tend à confirmer la théorie hormonale prénatale selon laquelle l’orientation sexuelle d’un individu est façonnée lors de son développement dans le ventre de sa mère. Pour Michal Kosinski et Yilun Wang, les deux chercheurs à l’origine de cette étude, l’homosexualité homme ou femme s’afficherait dans la ” morphologie du visage, des expressions et des styles de toilettage sexuels atypiques “. Pour les chercheurs, leur étude est un véritable progrès dans la cadre de la perception humaine des homosexuelles ” ces résultats avancent notre compréhension des origines de l’orientation sexuelle et des limites de la perception humaine“. Mais les chercheurs de l’Université de Stanford ne semblent pas simplement vouloir prouver une théorie biologique, dans leur article, ils s’alarment de l’utilisation des technologies par les gouvernements pour surveiller la population.

En effet, “en outre, étant donné que les entreprises et les gouvernements utilisent de plus en plus des algorithmes visuelles informatiques pour détecter les caractéristiques intimes des personnes, nos résultats démontrent la menace à la vie privée et à la sécurité des hommes et des femmes homosexuels“. Un point sur lequel Nick Rule semble d’accord : “Ce que les auteurs ont fait ici, c’est faire une démonstration très audacieuse de la puissance de ce pouvoir. Maintenant, nous savons que nous avons besoin de protections. ” Un avertissement louable, mais qui semble tout de même beaucoup plus dangereux qu’utile.

Pour Richard J. Anderson, écrivain technologique chez Sanspoint, le projet n’aurait jamais dû aboutir. Comme il l’a expliqué sur Twitter, ce genre de technologie est une aubaine pour les pays qui chassent et tuent les personnes homosexuelles, comme c’est le cas en Tchétchénie.

 

Un neuroscientifique de l’Université de Columbia, Vincent Ferrera, a également donné son avis à propos de cet algorithme en citant le personnage de Jeff Goldblum dans Jurassic Park « Vos savants étaient si pressés par ce qu’ils pourraient faire ou non qu’ils ne se sont pas demandé s’ils en avaient le droit », message posté sur Twitter.

Les nouvelles technologies sont souvent synonymes de progrès et d’amélioration de la qualité de vie, mais quand il est question de s’immiscer dans la vie privée des individus, on peut dire que la frontière vers l’abus peut facilement être franchie. Une transgression qui peut mener à des conséquences biens malheureuses. Dans le cadre d’un sujet qui reste encore aujourd’hui aussi tendu que l’homosexualité dans beaucoup de pays, il est impératif de se poser des questions éthiques, morales et de voir si ces études ne vont pas faciliter leur discrimination ainsi que leur chasse.

Pigiste chez Geeko et Belgium-iPhone.
Twitter : @JennMrtns

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2 Comments

  1. Carman

    11 septembre 2017 at 13 h 04 min

    indépendamment de la morale plus que douteuse de cette étude, si on s’en alarme c’est que l’on accepte que l’orientation sexuelle a des origines biologiques ???!! c’est surtout ça qui m’inquiète

    alors prochaines étapes ce sera la détection de la religion? la pédophilie? les meurtriers? (“Minority Report” n’est pas loin…)

  2. Abe Setrakian

    11 septembre 2017 at 23 h 42 min

    Voici une nouvelle mise en garde que l’internet est très dangereux. Dire que l’Etat belge rend obligatoire le partage des données médicales sur le web… Mon Dieu, les dérives en tout genre n’attendent qu’a apparaître… et une fois de plus les politiques et autres administrateurs ne seront pas tenu responsables la faillites de banques belges en 2007 avec Dehaene et Di Rupo qui étaient admin; maintenant le Samu social et ainsi de suite… ils ne vont jamais en prison!

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