Test – Sony Alpha 9: quand hybride rime avec bolide

Par posté le 1 juin 2017

Le nouveau boîtier du constructeur audacieux augure de ce que sera la photo de demain en estompant les gros défauts de l’hybride. Du (quasi) pur bonheur à prix lourd.

 sony alpha 9

Une bête de course
 
C’est peu dire que Sony agite solidement le monde de la photo avec le lancement de son Alpha 9. Et pour cause: c’est l’appareil photo de tous les superlatifs, tant au niveau du prix (5299, sans objectif!) que des performances. Le constructeur nippon le présente comme le premier hybride pour photographes professionnels de sport, le mettant ainsi en concurrence directe avec les reflex flagships de Canon (EOS 1DX Mark II, 6399€) et de Nikon (D5, 6999€). Il omet cependant un «détail»: il ne propose pas (encore) de longs tubes, ces supertéléobjectifs qu’on a l’habitude de voir en bord des terrains de foot, de tennis ou de sports olympiques.

Malgré un prix fou et un parc optique encore trop maigrichon pour les pro, cet Alpha 9, qu’on a pu tester durant trois jours avec deux extraordinaires zooms haut de gamme (les 24-70 f2.8 et 70-200 f.2.8 de la série G-Master), laisse pourtant cette impression: une entrée de plain-pied dans le futur de la photographie. Un futur marqué par une réactivité d’enfer, une rapidité folle et une frontière de plus en plus floue avec la vidéo.

Viseur vraiment amélioré

C’est un des talons d’Achille des appareils photographiques hybrides: la visée électronique empêche bien des aficionados du reflex de lâcher leur lourd équipement. C’est donc une bonne surprise que réserve Sony à ceux qui collent leur œil sur le viseur de l’Alpha 9 doté de 3,68 millions de pixels. Tout est plus net, plus réaliste, en somme plus agréable. Ce n’est pas encore la perfection. Mais on sent bien que, dans la prochaine décennie, le viseur optique n’aura plus beaucoup d’atouts pour lui…
 
Rafales de fou

Avec la mise au point, c’est la caractéristique la plus marquante de cet appareil innovant: avec l’aide d’un processeur et d’un buffer ultra-performants, l’Apha 9 permet de prendre des rafales à une cadence infernale de 20 images par secondes en RAW. Le tout, sans aucune coupure ou voile noir dans le viseur. C’est une première! Tout l’intérêt, c’est d’augmenter ses chances de saisir l’instant décisif dans un mouvement, sportif ou non. Franchement? Ca procure un plaisir fou et des résultats vraiment bluffants. Passer les images en revue donne l’impression de visionner une vidéo. Sauf que chaque image est dotée d’une résolution de 24 millions de pixels. Revers de la médaille: on a tendance à prendre beaucoup plus d’images que d’ordinaire. Cela se traduit en phase d’édition par un poids beaucoup plus conséquent d’informations à transférer vers son Mac ou son PC (surtout si on shoote en RAW) et par un temps de sélection bien rallongé.

sony alpha 9 b
 
Mise au point acharnée

L’autofocus de l’Alpha 9 n’a vraiment rien à envier aux reflex professionnels. D’abord parce qu’il repose sur 693 collimateurs (!), ensuite parce que ceux-ci couvrent 93% de la visée. Le résultat? L’AF accroche littéralement les sujets, même en mouvement rapide, et ne les lâche plus. Du coup, on obtient une moisson de photos dans la grande majorité nettes. Associée avec le déclenchement à 20 images par seconde, cette caractéristique, elle aussi inédite sur un hybride, rend vite accro, notamment quand on suit un visage avec la fonction de reconnaissance dédiée. Un pur plaisir encore une fois! D’autant que l’Alpha 9 hérite de la stabilisation 5 axes de la série 7II.
 
Superbe qualité d’image

Associé aux somptueux objectifs G-Master, le capteur plein format de Alpha 9 délivre (tout comme l’Alpha 7) des images d’un piqué, d’un contraste et d’une colorimétrie remarquables qui rivalisent avec ce qui sort des boîtiers pro de Canon et de Nikon. Le bruit reste relativement bien contenu jusqu’à 6400 ISO, avant de se montrer plus présent à 12.800 et un peu disgracieux à 25.600 ISO. En postproduction avec Lightroom CC (tout juste mis à jour pour prendre en charge l’Alpha 9), on apprécie la dynamique des images capturées en RAW. Gare aux Jpeg dont l’accentuation, même en mode «neutre», est trop marquée.
 
Vidéo à parfaire

Evidemment, ce pro de la photo permet de tourner des vidéos. Mais vu son prix, on aurait vraiment apprécié qu’en 4K, il monte jusqu’à 50 ou 60p. Il faut se contenter du 25p et de ses mouvements quelque peu saccadés. Certains hybrides bien moins chers comme le fameux GH-5 de Panasonic (1.999€, nu), font, eux, des étincelles en images animées. Bref, l’Alpha 9 se distingue beaucoup plus par ses fonctions photos que par sa partie vidéo.
 
Ergonomie discutable

La série Alpha 7 ne brille pas par sa prise en main. Il en va de même pour ce 9, même s’il est doté de formes légèrement plus généreuses. Mais il n’y a rien à faire: il est impossible de le tenir de façon aussi convaincante qu’un bon gros reflex. Pire: équipé d’une optique pro, bien lourde par définition, l’Alpha 9 souffre d’un déséquilibre gênant. On en vient même à tenir l’ensemble par l’objectif. Rédhibitoire? Disons qu’on finit par s’habituer à cette caractéristique, fâcheuse en pleine action. La solution? Un grip additionnel vendu en option et dans lequel on case deux batteries. Pour le reste, Sony a fait de nets progrès en incluant un indispensable joystick de commande de zone AF et un appréciable barillet à double bague sur l’épaule droite pour paramétrer la cadence de prise de vues et le type d’autofocus. Autre atout: la présence sur le boîtier de 4 boutons «C» personnalisables. Quant à l’écran dorsal, il est orientable (vers le bas et vers le haut) mais pas tactile. Un non-sens à l’ère des smartphones et une déception supplémentaire vu le tarif de l’engin.
 
Autonomie transfigurée

Avec leur visée électronique, les hybrides se montrent gourmands en énergie. On ne peut donc que saluer la décision de Sony de doter son Alpha 9 d’un accu plus grand et offrant une autonomie nettement meilleure (doublée par rapport à l’Alpha 9 selon le constructeur). On a pu facilement tenir une journée de shooting pas trop intensif avec une seule batterie. L’achat d’un accu additionnel est cependant vivement conseillé, de même qu’un chargeur externe. Eh non, il n’est pas fourni d’origine. C’est dommage pour un appareil de ce prix.
 
Données assez bien chouchoutées

Avec son connecteur Ethernet et son module wifi, l’Alpha 9 se montre partageur de données. Il est par contre regrettable qu’il ne dispose pas d’un connecteur USB 3 (ou, mieux, USB-C) pour transférer les photos sur ordinateur. Consolation et non des moindres: le boîtier est équipé d’un double logement pour carte SD. Bizarrement, un seul répond à la norme UHS-II.
 
Alors, c’est pour qui?

Si vous êtes un grand passionné de photo, un inconditionnel de technologie à la pointe et, «accessoirement», prêt à débourser 5299€ sans malaise (et sans objectif), cet Alpha 9 est fait pour vous. Les professionnels, eux, auront raison d’hésiter avant de revendre leur coûteux et très lourd équipement reflex avant de se lancer dans la grande aventure de l’hybride professionnel haut de gamme à la sauce Sony. Mais il faut bien des pionniers prêts à faire quelques concessions pour entrer dans la photo du futur. En définitive, cet Alpha 9 emballe vraiment parce qu’il casse les codes de la photographie professionnelle et augure de ce que devraient être les hybrides grand public d’ici la fin de la décennie. Il pourrait donc rester inscrit dans l’histoire de la photo comme une (chère) évolution décisive, dont les appareils reflex finiront tôt ou tard par payer les pots cassés.

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