Uber, Lyft et Airbnb sont devenus presque aussi populaires que les services de réservation d’hôtels et de taxis. Une situation qui affecte aujourd’hui profondément les revenus des professionnels et pourrait même déstabiliser l’économie toute entière.

Les véhicules de Lyft sont facilement identifiables en ville © AFP
Les véhicules de Lyft sont facilement identifiables en ville © AFP

Partager sa voiture, son logement ou un trajet avec de parfaits inconnus présente de nombreux atouts pour le citoyen. En plus d’être écologiste, la démarche permet à tout un chacun de bénéficier de nouveaux revenus, souvent copieux.

Récemment, l’une de mes connaissances évoquait son expérience avec un service de car-pooling, qui permet de partager un trajet avec plusieurs inconnus pour diviser les frais. Parti pour un road trip à travers l’Europe, il a partagé ses trajets avec une dizaine de navetteurs, ce qui lui a rapporté près de 300€. Selon lui, cette somme était suffisante pour financer les trajets, et même quelques petits extras. “Cela m’a permis de gagner quelques dizaines d’euros, en plus de rembourser entièrement mes frais liés au voyage.” Si dans la pratique, l’intérêt de partager ses biens est donc bel et bien réel, l’impact de ces nouvelles habitudes sur les professionnels de l’industrie est énorme. Selon l’un de ses “clients”, utiliser ce type de services permet de faire des économies substantielles. En l’occurrence, un trajet entre Liège et Cologne ne coûtait qu’une dizaine d’euros. Alors que le même trajet en train avoisinait la cinquantaine d’euros. Bien sûr, le conducteur peut embarquer autant de “clients” qu’il le souhaite, ce qui lui permet de plutôt bien rentrer dans ses frais.

En ville, des services comme Uber proposent également un service alternatif de transport urbain. En pratique, des conducteurs approuvés par la compagnie proposent des courses aux quatre coins de la ville, moyennant un paiement souvent une à deux fois meilleur marché qu’une course en taxi. Vivement critiqué à Bruxelles, Uber est accusé de concurrence déloyale vis-à-vis des professionnels. Tarifs plus attractifs, absence de contrôle et surtout manque de sécurité pour le client sont les problèmes qui reviennent le plus souvent sur le tapis. De confidence d’un conducteur Uber, il serait possible d’arrondir ses fins de mois avec des extras pouvant atteindre les 500€. Pour le client, la course est également facturée à un tarif préférentiel, deux à trois fois inferieur à la commission d’un taxi. Un intérêt réciproque qui pèserait lourd sur l’industrie. Le manque à gagner des taxis face à cette concurrence déloyale est énorme. Et les effets sur l’emploi dans ce secteur pourraient vite se faire ressentir. Seulement voilà, s’il est difficile de ne pas reconnaître les déséquilibres que créent de tels services dans la société actuelle, nombreux sont les clients qui pointent aujourd’hui du doigt les défauts des services existants. Car le gros avantage d’Uber, c’est bien sûr son application mobile, simple à utiliser, et efficace. Elle permet de commander un trajet sans devoir lever le petit doigt, et de régler la commission depuis l’application.

Dans d’autres villes européennes, comme Berlin, les professionnels se sont organisés et proposent désormais des applis similaires, pour les taxis. Mais cela n’empêche visiblement pas Uber d’y faire recette, puisque de nombreux clients prennent uniquement en compte l’énorme différence de prix entre une virée en taxi et en voiture privée.

Les avantages d’employer ces conducteurs indépendants, pour Uber, sont énormes. Pas de syndicats à l’horizon, pas de primes de départ, et surtout, comme indépendants, les conducteurs sont censés régler leurs petits soucis tout seul… Ce qui explique en grande partie les tarifs réduits de ces services.

Dans l’immobilier également, le “partage” fait des ravages. Airbnb, un service de location de chambres et appartements privés, est devenu tellement populaire qu’il déstabilise aujourd’hui le marché immobilier. A San Francisco par exemple, plusieurs milliers de lofts et appartements sont aujourd’hui destinés uniquement à la location de courte durée sur Airbnb, ce qui rendrait beaucoup plus difficile la recherche d’un appartement dans le centre ville, selon les autorités. Et aurait un effet direct sur la flambée des prix. Un appartement deux chambres en centre ville rapporterait en moyenne 3500$ par mois avec un système de location classique, et rapporterait jusqu’à 6500$ par mois via Airbnb (source: ZDNet). Le tout, avec des taxes largement inférieures.

Récemment, nous avons eu l’occasion de parler du sujet avec plusieurs utilisateurs du service, qui reconnaissent l’importante différence de prix. Louer son appartement une semaine à des touristes rapporterait désormais davantage que louer l’appartement un mois à un autochtone. Dès lors, difficile de ne pas céder à cette nouvelle tendance…

Bien sûr, tout cela implique une organisation irréprochable. “Il faut répondre rapidement aux demandes des clients, fournir les informations légales aux autorités, rester disponible, et connaître les risques.” Néanmoins, les revenus supplémentaires générés par un tel service sont tels que la plupart des membres d’Airbnb sont prêts à ces petits sacrifices.

Oui, mais, et les hôtels dans tout ça? La différence tarifaire a un effet encore limité sur les revenus du secteur touristique, mais sur le long terme, le danger est bien réel.

D’autant plus que la plupart des membres d’Airbnb proposent régulièrement à leurs clients de contourner les services de la startup américaine et de réserver la chambre ou l’appartement directement auprès du propriétaire pour un futur séjour. “Une fois le premier séjour terminé, une relation de confiance peut s’établir entre les deux parties” explique un membre d’Airbnb, qui n’hésite pas à proposer des nuitées à des tarifs préférentiels, mais sans aucune garantie, et totalement illégales, à ses clients. Une méthode qui lui permet de faire du noir et de passer outre la commission du service… Au cours de nos trois derniers séjours, deux membres du service nous ont ainsi proposé de voyager à tarifs préférentiels lors de notre prochain séjour…

Aussi intéressante la notion de partage puisse-t-elle être, et notamment pour l’environnement, le déséquilibre que cette nouvelle industrie pourrait causer est préjudiciable. On parle ici de dizaines de milliers d’emplois qui pourraient disparaître, au profit de quelques particuliers qui souhaitent arrondir leurs fins de mois. Une bombe à retardement qui pourrait bien remettre en question le système tout entier.

Le débat sur l’économie de partage est en tout cas ouvert, et plus que jamais d’actualité en Belgique.