Spotify aide-t-il vraiment les artistes?

Par posté le 13 avril 2012

Les billets d’humeur à l’encontre de Spotify se multiplient. Beaucoup accusent le service musical suédois de n’aider en rien l’industrie musicale, de reverser des sommes ridicules aux artistes et même de faire baisser les ventes de disques. Pour certains, Spotify et ses concurrents sont devenus les ennemis des artistes. Mais qu’en est-il réellement?

Spotify réduirait le téléchargement illégal

L’impact de Spotify n’est pas encore facile à mesurer. Lui, tout comme Deezer, Pandora et les autres services de musique à la demande, gratuits ou pas, font partie d’une tendance relativement récente sur le net, même s’ils existent depuis un moment. Par conséquent, le consommateur en est toujours à l’état d’adoption de ces nouveaux services et mesure ce qu’ils peuvent lui apporter. Le fait que Spotify soit légal l’aide forcément beaucoup à s’épanouir, surtout depuis la fermeture de Megaupload et de plusieurs autres sites de téléchargement qui permettaient d’obtenir illégalement les albums d’artistes internationaux ou locaux. Beaucoup estiment que s’il parvient à transformer les habitudes de ce public, c’est déjà un très grand pas en avant. Or, ce serait bel et bien le cas d’après de récentes études, puisque 25% des personnes qui téléchargeaient illégalement de la musique avant la fermeture de Megaupload et consorts auraient stoppé ce type d’activité pour écouter légalement avec Spotify et d’autres services de streaming musical en ligne. C’est en tout cas vrai dans les pays scandinaves, et cela doit certainement avoir un impact également dans le reste du monde.

Pourtant, tout le monde n’est pas satisfait de Spotify. Certains n’hésitent pas à affirmer qu’il s’agit du nouvel ennemi des artistes. Un service qui ne leur rapporte presque rien, risque de faire diminuer les ventes d’albums et fait diminuer leur audience sur leurs sites. Les mauvaises langues basent leur argumentation sur du vent, puisque aucune étude ne démontre à l’heure actuelle que Spotify peut avoir un effet négatif sur les revenus des artistes. “C’est du bon sens” diront certains. Il est vrai qu’entre un album payant et une écoute gratuite en ligne, il n’y a pas photo, mais le raisonnement ne s’arrête pas là.

Spotify : moteur à la consommation ou ralentisseur économique?

Les détracteurs de Spotify et consorts leur reprochent de ne voir que leur intérêt. Spotify rémunère les artistes et les labels, mais ces revenus sont forcément très maigres comparés à ceux d’une tournée ou de ventes de CD. Logique nous direz-vous, il s’agit d’une simple écoute en ligne.  En réalité, les artistes toucheraient seulement 4 cents par album écouté, contre 2 euros pour un téléchargement direct, presque 4€ sur l’achat d’un CD et jusqu’à 6€ pour un achat sur iTunes. Ce qui n’entre pas en compte dans ces chiffres, c’est l’impact positif que peut avoir Spotify sur la popularité de certains artistes. Pour expliquer cet impact, prenons un exemple simple et admettons que vous écoutez un album du groupe belge Lucy-Lucy! sur Spotify et tentez de trouver d’autres groupes similaires. Vous pourrez mettre la main facilement sur The Tellers par exemple, ou The Bony King of Nowhere, qui ont tous les deux un style musical très proche de celui de Lucy-Lucy! Et si vous aimez réellement, rien ne vous empêchera de vous procurer l’album et d’aller les voir en concert. Les retombées peuvent donc être nettement plus grandes qu’on l’imagine. L’ennui, c’est que c’est pratiquement impossible à calculer, même si tout le monde saura donner des exemples concrets dans son entourage. En Belgique, cela ne devrait pas trop causer de problèmes aux artistes, qui tirent une grosse majorité de leurs revenus des shows et festivals. On le sait, les habitudes ont changé : les albums permettent d’assurer la promotion des tournées et plus l’inverse, comme c’était le cas dans le passé. Dans un tel contexte, les services de streaming musical pourraient bien avoir leur utilité.

De plus, le graphique présenté ci-dessus ne tient compte que d’une seule écoute apparemment. Or, lorsqu’on achète un album, on ne l’écoute généralement pas qu’une seule fois. Spotify se défend d’ailleurs en soulignant avoir reversé plus de 100 millions de dollars aux labels et artistes depuis son lancement et en précisant être la seconde source de revenu provenant du digital en Europe.

Le Streaming musical ne doit pas être comparé aux ventes digitales

Ce que beaucoup de gens ont du mal à comprendre, c’est que streaming musical et ventes digitales ne font pas forcément mauvais ménage. Les deux sont complémentaires et s’adressent bien souvent à des publics différents. Sans Spotify ou Deezer, certains internautes téléchargeraient toujours illégalement et les sommes versées aux artistes seraient sensiblement moins importantes. Vu que nous n’en sommes encore qu’au début, on peut imaginer que les revenus générés par de tels services continueront de grandir et rapporteront de plus en plus aux labels. Certes, l’impact financier direct est minime pour l’instant, mais plus les lectures augmenteront, plus les revenus générés feront de même. A l’heure actuelle, impossible de savoir avec précision combien touche un artiste avec ce type de revenus, puisque ces deals sont confidentiels. Cependant, quelques pistes existent…

“Ce n’est que le début”

D’après le fondateur de Glassnote Records, Daniel Glass, “nous n’en sommes encore qu’au début de quelque chose de très, très excitant.” “Le début de la monétisation est là” explique-t-il, “Nous ne savons pas encore comment monétiser tout cela, car c’est tellement nouveau.” Pour beaucoup, Spotify, Deezer et consorts transforment l’industrie musicale, la modernisent. Faut-il en avoir peur ou l’adopter? Difficile de donner une réponse exacte. Pour le consommateur en tout cas, difficile de ne pas succomber aux charmes de la musique en streaming gratuite, voire même de dépenser quelques euros par mois pour y avoir accès en illimité. Il sera intéressant de mener une étude complète d’ici deux à trois années, une fois que ces services se seront totalement implantés sur le marché et que les utilisateurs auront leurs habitudes. En l’état, il est difficile de juger, même si Spotify présente des avantages et des défauts, tout comme n’importe quel autre canal de diffusion.

Un service qui joue de son auto-promotion

Spotify, tout comme Deezer, tentent d’augmenter leur base de données d’utilisateurs, c’est un fait. Pour ce faire, ils lancent  régulièrement de nouvelles actions, promotions, offres, applications et même parfois des initiatives plus originales, comme les lecteurs, qui paraissent soudain être d’excellentes idées. Le récent lecteur exportable de Spotify, par exemple, est fantastique si vous voulez partager de la musique sur votre blog, mais à condition que vos lecteurs utilisent aussi Spotify, condition sine qua non pour pouvoir écouter les morceaux sélectionnés. L’ennui, c’est que l’aspect promotionnel du service en gêne certains. C’est notamment le cas des artistes, qui voient mal comment un lecteur exportable de Spotify pourrait bien leur servir  avec des rémunérations aussi basses et des concurrents (dont iTunes, ou Amazon), qui rapportent bien plus. Difficile en effet de comprendre quel intérêt pourrait avoir un artiste à coller un lecteur audio pour ses propres fans et envoyer ainsi de l’audience à Spotify. C’est ce qu’on pourrait appeler de la publicité gratuite pour le service. Dans un tel contexte, difficile de supporter de telles initiatives, qui peuvent être vues de différentes manières. Certains en tout cas, n’hésitent pas à appeler au boycott du service, tandis que d’autres poussent à une utilisation massive en affirmant qu’il s’agit d’une initiative prometteuse. Pour l’heure, le streaming musical semble encore bien mystérieux pour certains, et il est difficile de dire s’il sera réellement un atout pour l’industrie musicale à l’avenir. Ceci étant dit, si la plupart des labels travaillent avec, c’est qu’ils y voient sans doute un secteur d’avenir…

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8 Comments

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  2. seb

    13 avril 2012 at 13 h 40 min

    Le problème, encore une fois, c’est que les gros artistes ne touchent jamais assez de sous. Et donc préfère vous vendre un album à 6€ (pour du virtuel!)
    Avant on nous les vendaient à 18€ mais on avait un support physique, un livret.

    Alors quand Spotify donne 0,05 cent forcement on rale.

  3. Aris

    13 avril 2012 at 14 h 04 min

    En fait c’est très clair : le problème qu’a l’industrie musicale, que ce soit avec spotify ou avec le “téléchargement illégal” selon leurs termes, c’est la concurrence, pas le fait que l’un soit légal et l’autre non.
    Leur modèle commercial est démodé, ils doivent s’adapter ou disparaitre.

    • Arnaud

      13 avril 2012 at 14 h 37 min

      Tout à fait d’accord. Ils veulent rester dans le passé dans leur petit confort de vente à l’ancienne mais ils ne comprennent pas que c’est dépassé. Ils n’arrivent pas a inventer leurs propres réseaux de distribution et d’écoute en lignes donc ils attaques toutes les sociétés qui innovent dans ces domaines…

  4. Vince iTouch

    13 avril 2012 at 15 h 55 min

    FINI le dictat des majors ?!

    Certes le “téléchargement illégal” est un manque à gagner. D’un autre côté… avec Spotify, pas de campagnes de promos, pas de supports physiques, pas de stocks (=> aucun risque)… Mais je soupçonne les majors de vouloir se faire un max de fric sur le dos de leurs clients… Peut-être rêvent-ils de vendre à 18€ un album digital ?

    Bref, les “grosses pointures” se font des co…les en or…

    Voyez aussi le fric qu’ils se font sur les “rééditions”… l’album blanc des Beatles sorti en 1966 (46 ans, quand même) est toujours vendu 25-30€ (!) puisqu’il est remasterisé à chaque fois.

    Le grand hic dans l’histoire c’est que les technologies ont tout chamboulés. Quand j’avais 13 ans… Le walkman (gros comme une boîte à tartine) était à la mode… et nous étions tous très heureux d’avoir une K7 de 90 minutes dans la poche pour écouter une copie des disques que nous avions à la maison… AUjourd’hui les iPods et autres permettent de se balader avec sa collection de musique et même mieux “d’ici peu” (encore cher) d’écouter n’importe où sa musique en streaming…

    L’industrie est complètement dépassée et rêve du temps passé. POur peu qu’un artiste se soit fait connaître via le WEB et il n’y a plus besoin d’industrie musicale, pas de managers des ventes et des responsables marketings ou de directeurs artistiques. La grande difficulté est de se faire entendre dans les milliards de fichiers .MP3 en streaming…

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  6. Jul

    19 avril 2012 at 17 h 15 min

    Bonjour,

    Je m’adresse au rédacteur de ce billet car je me pose la question suivante: “par rapport au graphique que vous donnez, et en particulier aux revenus générés par le streaming sur spotify, pourriez-vous s’il-vous-plaît nous donner vos sources ?”

    En effet, je ne retrouve que des chiffres bien différents sur le net, à savoir 0,0036€ par streaming (http://www.spotidj.com/spotifyroyalties.htm), 0,007€ (http://www.imusiciandigital.com/blog/?p=340), voire entre 0.0036 et 0.0043€ (http://www.hypebot.com/hypebot/2012/02/spotifys-royalty-rate-grew-only-0001-for-indie-artists-in-2011.html).

    Je n’ai vu nulle part le chiffre que vous mentionnez, et pourtant j’aimerais qu’il soit exact, étant moi-même un auteur-compositeur-interprète dont le répertoire se trouve sur Spotify.

    Bien à vous,

    Jul

  7. Mrt

    8 novembre 2013 at 17 h 54 min

    Jul, le prix annoncé dans l’article est pour un album il me semble. Les prix que tu as trouvé ça-et-là sont pour un seul “stream” = un seul morceau. Donc pour un album d’environ 10 titres… faites le calcul ;)

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