Exclusif : une startup belge lance le paiement par Facebook

Par posté le 26 mars 2012

La startup belge Paycento veut aider les éditeurs à monétiser leur contenu en ligne grâce à un système innovant de micro-paiement.

Et si les internautes payaient pour le contenu numérique? C’est le rêve que caressent secrètement nombre d’éditeurs et blogueurs depuis des années. Pourtant, depuis que l’Internet est devenu un média accessible au grand public, aucun système de paiement n’a réellement fait ses preuves : carte de crédit, SMS, PayPal… Aucune de ces solutions ne fonctionne efficacement pour les micro-paiements en-dessous d’un euro. Seul Apple a réussi à développer un cercle vertueux, gravitant autour de son AppStore et de son catalogue d’applications. Mais la commission prélevée par la société de feu Steve Jobs se révèle souvent prohibitive.

La startup belge Paycento s’est attaquée à ce défi de la monétisation. “Nous avons analysé que le micro-paiement se heurte à deux difficultés”, explique Pieter Dubois, co-fondateur. “La première est que l’achat doit être réalisable sans effort, tout en garantissant l’identité du client. Le deuxième point de friction concerne l’alimentation de votre compte et la rentabilité de la transaction. Il faut savoir que, jusqu’à présent, aucun moyen de paiement ne permet de diminuer les frais de transaction en-dessous de 50 cents.” Ce qui empêche de facto de vendre un article à 20 ou 30 centimes sur son blog ou sur son site.

Pour résoudre la première question, Paycento authentifie l’utilisateur grâce au compte qu’il a créé sur un réseau social (Facebook, Twitter, Google +, LinkedIn…). Une fois l’internaute identifié, son compte Paycento est débité du montant fixé par l’éditeur, généralement quelques centimes. En somme, vous “payez” avec votre compte Facebook ou Twitter. “Le gestionnaire du site n’a pas accès à vos données personnelles”, précise notre interlocuteur. “Nous vérifions seulement si votre compte Facebook est bien associé à un autre sur notre plate-forme. De la sorte, le paiement ne prend qu’un ou deux clics maximum.” De son côté, Paycento – qui a sagement breveté ce procédé – se rémunère en prenant une commission sur l’achat, “mais dans des proportions bien moindres que les autres opérateurs”, promet Pieter Dubois.

Voilà pour l’écueil du paiement. Quid de l’alimentation du compte ? “Nous avons réfléchi à une mécanique qui va inciter l’internaute à franchir le pas. Tout d’abord, l’éditeur peut par exemple autoriser la consultation gratuite de cinq articles avant que le sixième ne soit payant.” On retrouve ici une idée assez proche du “paywall” mise en place par le NY Times aux Etats-Unis. ”Ensuite, Paycento permet à l’éditeur de distribuer des crédits virtuels, échangeables contre du contenu numérique sur son site.” Enfin, plus surprenant, l’utilisateur peut aller en négatif – avec un plafond de quelques euros seulement – sur son compte Paycento. “Il ne s’agit pas d’un système de crédit, nous ne jouons pas le rôle d’une banque”, précise Pieter Dubois. “Puisqu’il s’agit de consommation d’un contenu numérique qui autrement serait gratuit, ce découvert ne correspond pas réellement à une perte. Le coût est donc marginal pour l’éditeur. L’idée est de rendre l’utilisateur captif, de le familiariser avec notre système et, in fine, de l’amener à payer pour un contenu qu’il apprécie.”

C’est pourquoi Paycento se positionne autant comme un moyen de paiement que comme un “conversion engine”, c’est à dire un instrument qui aide à fidéliser et monétiser une audience en l’incitant à aller jusqu’au bout de l’achat.

Reste que le plus dur est à venir pour cette startup : convaincre les premiers éditeurs et, surtout, devenir un standard adopté par les internautes. C’est pourquoi, à côté des tractations commerciales avec les grands groupes, Paycento a développé des extensions pour WordPress et Drupal, deux des outils de gestion de contenu les plus utilisés sur la planète, de sorte à permettre aux milliers de blogs et sites de tester cette solution grandeur nature. Payento propose également des API ouvertes aux développeurs, ce qui signifie que ces derniers peuvent s’emparer de la plate-forme pour la recycler dans d’autres usages et terminaux (mobile, tablette, QR code…).

Paycento a-t-elle une chance de réussir ? Avouons-le, ce projet attise l’excitation du geek qui sommeille en nous. Parce que son succès contribuerait à résoudre l’impossible équation économique de nombreux éditeurs qui sont tombés dans le piège de la gratuité sur le Net, en espérant un jour une hypothétique rentabilisation par la publicité. Bien sûr, Paycento ne sauvera pas la presse, ni les industries culturelles laminées par la grande vague numérique. Mais ce serait une sacrée bouffée d’air frais pour tous les producteurs de contenu qui, chaque jour, enrichissent la Toile, de leur plume ou de leurs images.

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7 Comments

  1. Barnabé

    26 mars 2012 at 23 h 27 min

    Quand on a dit: “Puisqu’il s’agit de consommation d’un contenu numérique qui autrement serait gratuit, ce découvert ne correspond pas réellement à une perte.”, on a tout dit… Du vent quoi!

  2. Xavier

    26 mars 2012 at 23 h 57 min

    L’excellent livre ‘Free’ de Chris Anderson (http://amzn.to/GTfvU8) nous a appris que les prix symboliques ne fonctionnent pas sur internet. Esperons pour Paycento qu’il se soit trompé :)

  3. olm

    27 mars 2012 at 10 h 19 min

    le seul problème : à nouveau un truc centralisé, privé, par des types qui s’en mette plein les fouilles… et qui “brevètent” une idée. (non valable en Europe d’ailleurs ce brevet, où on ne peut breveter des logiciels)
    on est loin de l’échange de main à main sans intermédiaire d’une monnaie légitime.

  4. François Palan

    27 mars 2012 at 15 h 12 min

    @Barnabé: je crois que tu n’a pas compris. Il s’agit d’essayer de monétiser du contenu qui, en temps normal, serait distribué gratuitement (page d’article, vidéo etc.). Donc, il y a un manque à gagner mais pas de perte à proprement parler.

  5. François Palan

    27 mars 2012 at 15 h 14 min

    @olm: si le système était public, cela ne changerait au problème: un intermédiaire est nécessaire à la transaction et cet intermédiaire a un coût, that’s it.

  6. G

    27 mars 2012 at 17 h 14 min

    Tss, tss, tss. http://bitcoin.org/

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