Spotify est né en Suède, le pays d’origine du Parti Pirate et de Pirate Bay, l’un des plus gros sites de téléchargement illégal. En réponse à ces nouvelles habitudes de consommation la société a décidé de diffuser gratuitement et légalement de la musique sur le web. Le directeur européen de Spotify, Jonathan Forster a présenté son produit lors du lancement en Belgique.

Les services offerts sont relativement identiques en quoi pouvez-vous de vous différencier ?

Nous parions sur trois critères : la vitesse, la simplicité et le social. Cette dernière caractéristique fait partie de l’ADN de la société, vous pouvez envoyer nos musiques sous formes de liens sur Skype, Messenger et Facebook. Ce que nous ne sommes pas c’est un arbitre du goût, nous ne sommes pas des conseillers. On est des geeks, on aime la technologie et on veut que notre service soit toujours plus performant. Spotify est un outil pour accéder à 15 millions de chansons et les organiser en listes de lecture et les partager. Nous venons d’élargir la discothèque d’un pays en un seul coup. On ne prend pas toujours la peine de souligner à quel point c’est important.

Pourquoi Spotify arrive-t-il si tard en Belgique alors qu’il est déjà présent en Grande Bretagne et en France ? Il y a un grand intérêt de la part des Belges.

Oui, un de vos politiciens a annoncé sur Twitter la venue de Spotify en Belgique il y a quelques semaines et notre centre de presse a été inondé de demandes, on n’y comprenait rien !

Dès le début de Spotify, nous avons lancé notre service dans tous les pays possibles, ce qui était un peu idiot parce que notre version française était très mal traduite. Ensuite nous avons décidé de nous attaquer au marché américain. Toutes les grosses maisons de disque sont là-bas, nous sentions que nous devions leur prouver quelque chose. Nous avons lancé notre service aux États-Unis cet été. À présent nous nous tournons à nouveau vers l’Europe.

Deezer a également annoncé sa venue en Belgique en partenariat avec Belgacom. Vous n’avez pas imaginé ce genre d’accord ?

Non, pas en Belgique. Au Royaume Uni nous travaillons avec Virgin Media et avec SFR en France. Nous avons beaucoup d’expérience avec les télécoms, mais il faut réfléchir au bon moment pour ces partenariats. Si tous les Belges avait aujourd’hui une ligne sur Spotify dans leur facture de téléphone, ça ne leur parlerait pas.

Le marché belge du streaming s’agrandit de plus en plus avec la venue de We7, Deezer, Spotify et peut-être bientôt Sony Music Unlimited. Vous n’avez pas peur de la concurrence ?

Notre premier concurrent c’est la musique piratée et le fait qu’elle fasse partie des habitudes des consommateurs. Nous ne nous soucions pas de la concurrence, on se concentre plutôt sur la technologie. Ce qui nous rend heureux c’est qu’à travers ces autres services, c’est notre modèle qui devient la norme, alors qu’auparavant la gratuité était mal vue. En Angleterre, d’autres services de streaming gratuit existaient avant notre arrivée, mais Spotify récolte le plus grand succès. C’est aux utilisateurs de tester les différents services et de choisir ce qui leur correspond le mieux.

Comment Spotify peut-il être rentable si vous comptez 2 millions d’abonnés sur 10 millions d’utilisateurs ?

Au plus nos membres utilisent la version gratuite, au plus ils auront envie de passer en premium. Nos statistiques tendent à le prouver. Mais je ne vais pas vous mentir nous avons des objectifs chiffrés pour la Belgique en terme d’abonnés. C’est un gros pari, non seulement pour nous, mais aussi pour l’industrie musicale qui le fait avec nous. Quand notre fondateur Daniel Ek est arrivé à New York en disant « Bonjour, je viens de Suède et je voudrais distribuer votre musique gratuitement », ils avaient déjà entendu ça quelque part. Mais nous sommes arrivé à un moment où l’industrie a compris qu’il était temps de parier sur un nouveau modèle. Quelques personnes ont mis leur carrière en jeu et ils nous ont soutenu. Trois ans plus tard nous savons que les revenus de la musique digitale sont plus importants sur les marchés où Spotify est présent et personne n’a perdu son boulot. En Suède, nous signons aujourd’hui les plus gros chèques de l’industrie musicale, Spotify est plus utilisé que la télévision. La Suède c’est un peu notre but pour le futur à un niveau mondial.

Aujourd’hui les inscriptions passent automatiquement par un compte Facebook, ce qui n’était pas le cas à vos débuts. Pourquoi ce changement ?

Nous avons intégré Facebook depuis longtemps, mais depuis le F8 nous avons étendu notre partenariat. Facebook est devenu le passeport en ligne des internautes. Avant, pour partager de la musique de Spotify sur Facebook, les utilisateurs étaient redirigés sur une autre page et devait remplir un formulaire d’inscription fastidieux, maintenant c’est terminé en deux clics.

Mais il y a eu pas mal de polémiques suite à cet accord.

Oui, il y a deux inquiétudes et parfois les utilisateurs ne savent pas tout à fait ce qu’ils veulent. Ce serait plus simple qu’ils expliquent leurs problèmes et qu’ils laissent à d’autres le soin de les régler. Personne n’a jamais demandé à avoir un téléphone sans boutons, mais c’était une excellente idée.

La première inquiétude était de ne pas tout partager, vous pouvez désormais choisir ce que vous partagez. La seconde était de pouvoir s’inscrire sans Facebook. Aujourd’hui vous devez avoir un compte Facebook pour vous inscrire à Spotify et là c’est plus nuancé. Nous voulons que tout le monde puisse avoir Spotify, donc en restreindre l’accès à travers un autre service peut paraître étrange. Pour ceux qui n’y voient aucun problème, passer par un compte Facebook est beaucoup plus simple et ils sont majoritaire. Les personnes qui ne veulent pas utiliser Facebook ne doivent pas forcément partager quoi que ce soit, ils ne doivent pas utiliser leur compte Facebook de manière régulière, ils peuvent s’inscrire uniquement pour Spotify, même si l’expérience qu’ils en auront sera moins intéressante sans son aspect social. Reste ceux pour qui c’est une question idéologique. Ils sont en désaccord avec Facebook et nous avons du mal à comprendre cette idée. Difficile d’imaginer la vie sans le plus grand réseau social au monde. Nous écoutons nos utilisateurs et nous sommes prêt à faire machine arrière si nous constatons un réel problème, mais nous savons aussi qu’il y a parfois un décalage entre ce que les gens disent et ce qu’ils font réellement sur internet.