Être présent sur internet, c’est aujourd’hui la garantie de se faire connaître pour les petites et moyennes entreprises. Pourtant, selon une étude de marché menée par Ipsos, plus de la moitié des PME belges n’ont pas de site internet.

Google, Belgacom et Bpost ont voulu remédier à ce constat en lançant le mois dernier la campagne Votre entreprise en ligne. L’offre est alléchante : un hébergement et un site web gratuit pendant six mois,  un nom de domaine .be offert pour un an, pour 100€ de publicité sur Google AdWords et des réductions importantes sur les envois de colis pour les entreprises de vente en ligne. Le trio voudrait que cette action attire 20 000 nouvelles PME sur la toile, un but louable en somme.

Concurrence déloyale ?

Mais alors que la promotion des géants de la communication bat son plein, une poignée de professionnels du web se rebelle.

« Cette offre décrédibilise le travail des agences web. » s’inquiète Mathieu Bazelaire. Le patron de l’agence namuroise Dogstudio craint surtout la réaction de ses clients « s’il voient que ce qu’on leur fait payer à un tarif normal, ils peuvent le développer gratuitement. Comment peut-on lutter ? »

Créateur d’une agence digitale et agitateur à l’origine du mouvement de grogne, Frédéric della Faille craint une concurrence déloyale. Il s’insurge : « en période de crise, ce sont les PME qui nous donnent du travail. » La cible justement visée par la campagne de Google, Belgacom et Bpost. Le patron du Bureau 347 tient à réagir, avant tout, par la créativité. Mais il tente à présent de rassembler une dizaine d’experts du web pour mettre un juriste sur l’affaire. « Conceptuellement et légalement, je ne comprends pas leur offre, admet-il. Ca n’est pas possible de faire du gratuit, il y a des salaires à payer. » Pire encore, explique Frédéric della Faille, la force de frappe publicitaire des trois géants est inaccessible pour les petites agences.

Pour Mathieu Bazelaire le vrai problème vient de la communication : « le site donné en exemple, c’est un site d’e-commerce qu’il est impossible de développer gratuitement. »

Le professionnel estime que la campagne est une mauvaise pub pour le trio, mais il ne voit pas de raison d’impliquer la justice. Il a par contre décidé de mettre fin aux discussions en cours avec Bpost dans le cadre d’un partenariat avec son agence.

De la place pour tout le monde

Julien Blanchez, directeur marketing pour Google Belgique, se défend pourtant de marcher sur les plates bandes des petites agences digitales. “Sur la moitié des PME belges qui n’ont pas de site internet, précise-t-il, 75% n’en voient même pas l’intérêt. Or c’est un réel levier de croissance économique” Selon lui, l’initiative est plus globale et vise à conscientiser le marché et les décideurs belges à l’importance du web.

En Belgique, Google estime que les freins à l’exploitation de l’internet par les petites entreprises sont le prix et la complexité. “Nous travaillons donc sur la conscientisation et l’éducation au web, pour que ces PME se mettent en ligne.” explique Julien Blanchez. Selon le directeur marketing, l’initiative bénéficiera à tout le secteur et il ironise : “la campagne a été lancée dans treize pays différents. Il n’y a qu’en en Belgique que nous rencontrons cette réaction de méfiance.”

Même son de cloche chez Belgacom : “Les web designers sont l’étape qui vient après notre offre.” précise son porte-parole, Jean-Louis Bougnet. L’entreprise de télécom espère voir de plus en plus d’agences web se joindre à l’initiative. “Notre but c’est que le cachet des trois partenaires puisse, à terme, crédibiliser les agences qui se joindront à notre campagne.” En effet, Google et Belgacom effectue une vérification du sérieux et du professionnalisme des entreprises qui souhaitent se joindre au mouvement. Mais ils insistent : il y a de la place pour tout le monde.