Dans une chronique parue dans Le Monde, Tahar Ben Jelloun raconte Nicolas Sarkozy le déjeuner qu’il a partagé avec le président français Nicolas Sarkozy à l’Elysée. De l’entrée au dessert, l’écrivain évoque les sujets de conversation qui ont émaillé la rencontre : débat sur la laïcité, Afghanistan, relations houleuses du président avec les médias, … On retiendra ce passage concernant Facebook : “Ce truc-là dévore nos enfants; chaque fois je récupère mon fils (Louis, 14 ans) dans un état qui l’empêche de bien faire ses devoirs.”

Le fils de Nicolas Sarkozy n’est pas le seul – loin de là – à passer des heures sur le réseau social. Selon une vaste enquête européenne commandée par la Commission, 38 % des 9-12 ans ont un profil sur un réseau social. Chez les 13-16 ans, le chiffre monte à 77 %. Mais un quart d’entre eux disent que ce profil est « public », c’est-à-dire accessible par n’importe qui. Et un sur cinq y révèle son adresse ou son numéro de téléphone.

Dans Le Soir, ce mardi, nous avons demandé l’avis de deux spécialistes sur la question : “Faut-il limiter l’âge sur les réseaux sociaux ?” “Officiellement, Facebook a un âge minimum, qui est 13 ans. Mais, étant donné son énorme popularité, tout le monde veut y être, y compris les plus jeunes. Facebook affirme avoir des moyens pour identifier ceux qui n’ont pas 13 ans et chaque jour, efface plusieurs milliers de profils…”, estime Antonio A. Casilli, chercheur à l’École des hautes études en sciences sociales (Paris), et auteur de « Les liaisons numériques » (Seuil).  Est-ce suffisant ? “La question n’est pas de dire si c’est bien ou mal pour un enfant d’être sur Facebook : dans l’absolu, ce n’est pas plus dangereux que d’être dans un lieu public avec ses parents…  C’est une question d’apprentissage.”

Quels sont les principaux dangers d’un tel réseau pour les enfants ? Pour Olivier Bogaert, porte-parole de la “Computer Crime Unit” et co-auteur de “Surfons tranquille”, “A partir des infos disponibles sur un réseau social, on peut récupérer pas mal de données comme celui sur la question secrète qui peut parfois donner accès au compte mail. Et donc de s’approprier d’autres informations ou d’usurper l’identité, de se faire passer pour quelqu’un d’autre… En milieu scolaire, cela peut mener à du harcèlement voire à des campagnes de lynchage virtuel. Le piratage de comptes est très fréquent. En ce qui concerne les mineurs, il ne faut pas négliger l’intérêt de certaines personnes mal intentionnées en matière de pédophilie avec un processus de séduction qui va s’enclencher au motif qu’il s’agit d’un « ami » du même âge.”

La commissaire européenne Neelie Kroes a donc appelé tous les sites de socialisation en ligne à « immédiatement » modifier les réglages des profils des mineurs afin que, par défaut, ils soient inaccessibles à partir d’un moteur de recherche ou pour des personnes que les enfants n’ont pas identifiées comme des « amis ».