Donner du sens à un épais rapport statistique, passer d’un ensemble de chiffre rébarbatif à un graphique interactif truffé d’informations compréhensibles par tous, c’est l’objectif du “journalisme de données” qui se développe de plus en plus sur internet.

Porté par les grands médias anglo-saxons, et plus particulièrement par le New York Times et le Guardian en Angleterre, le “data journalism” est “une nouvelle façon d’enquêter”, explique Caroline Goulard, cofondatrice d’une start up de visualisation des données, Dataveyes. Ici, point de coups de fil, de rencontres ou de carnets de note noircis. “Le journaliste use de sources qu’il n’a pas l’habitude d’exploiter, explique l’entrepreneuse. Il se saisit de volumineux rapports, il en dégage du sens, des tendances, il sert de médiateur entre les données et le grand public”.

Mais, et c’est une nouveauté considérable, le journaliste n’est plus seul: il travaille de concert avec un graphiste et un développeur informatique pour mettre les données en images et les rendre aussi pratiques et intelligibles que possible.Tout est dans l’image. “On assimile très rapidement une quantité d’informations énorme si la représentation est bien étudiée, explique Caroline Goulard. Sur des sujets difficiles ou techniques, avec un lectorat souvent pressé, l’attention est bien mieux captée”. Les exemples d’application sont nombreuses: statistiques sur la criminalité, performances des universités, dépenses publiques… “Cela permet de dégager des tendances qu’on ne verrait pas le nez collé sur de gros volumes de données”, ajoute-t-elle. 

Mais de surcroît, et à la différence de l’infographie, il ne s’agit pas seulement d’une représentation. L’interactivité autorise l’exploration: le lecteur paramètre, filtre, zoome et interroge la base de données, il passe du général au local afin de trouver l’information la plus pertinente pour lui. Aujourd’hui, le journalisme de données est balbutiant en France. La valeur ajoutée est pourtant incontestable pour les sites d’informations dont les contenus peinent à se différencier les uns des autres, qui sont de plus en plus concurrencés (blogs…) et qui n’ont pas encore trouvé leur modèle économique.

Le souci, c’est que l’exploitation et la mise en forme de données demande des investissements et du temps, un personnel rôdé aux statistiques et familier des nouvelles technologies, au moment même où la presse est en crise. Et pour ne rien arranger, selon Caroline Goulard, “les journalistes sont d’une totale frilosité par rapport aux données, ils sont dans la plume, le littéraire”. En filigrane, la peur de ne plus sortir des rédactions. Mais le journalisme de données est complémentaire de l’enquête sur le terrain assure la dirigeante de Dataveyes qui souligne aussi que celui-ci répond en partie à la crise de confiance envers les médias: “On lit un rapport et on ne se contente pas du communiqué de presse. On donne ensuite accès à des chiffres: ce n’est pas plus objectif, mais c’est plus transparent”.

(afp)