iphone-3g-s-fully-disassembled21

Facebook amène ses 500 millions d’affiliés sur le marché effervescent de la géolocalisation, avec son nouveau service « Facebook Places ». Des utilisateurs servis sur un plateau aux publicitaires qui pourront décortiquer leurs habitudes et les livrer aux petits annonceurs.

La géolocalisation est un marché en plein essor, dont le modèle commercial n’échappe à personne : elle permettra de développer une publicité ultra-ciblée. « Savoir où sont vos amis (…) peut être utile dans la vie de tous les jours, mais le réel but est de faire de l’argent en vendant des publicités ! », souligne Jérôme Thorel, représentant en France de l’ONG Privacy International.

Les réseaux sociaux de géolocalisation existent depuis 2006. Ils sont portés par le succès des smartphones. D’après le cabinet Gartner, le marché pesait déjà plus de 1,6 milliard d’euros en 2009. Selon Borrell Associates, les revenus générés par ces services pourraient dépasser 3 milliards d’euros en 2015.
Pour 500 millions d’utilisateurs sur Facebook

Vous êtes en train de boire un verre ou de faire les magasins et vous souhaitez qu’un ami se joigne à vous. Il suffit de se signaler sur Facebook avec un check-in (enregistrement). Un message s’affiche alors sur votre mur, mentionnant le lieu, la date, l’heure et éventuellement les autres amis présents dans la zone. Votre nom et votre photo accompagnés d’une mention « Here now » s’affichent au même moment sur la page du lieu ciblé. Le tout fonctionne grâce à la géolocalisation par GPS ou par antenne-relais. Mais cela répond-il vraiment à un besoin ?

Selon une étude de Deloitte en 2007, 99 % des consommateurs font confiance à l’avis exprimé par d’autres consommateurs. Près de 62 % lisaient les commentaires avant d’acheter. En France, une étude plus récente citée par slate.fr et menée conjointement par l’agence de communication Internet Spintank et l’institut de sondage Opinion Way affichait des résultats similaires : 87 % des Français considèrent les avis de consommateur comme des sources fiables ou très fiables. Si l’on ajoute à ces commentaires l’outil de géolocalisation, on peut obtenir de véritables guides urbains (« city guides ») sociaux, chacun pouvant choisir son restaurant, son hôtel, son bar, au vu de ce qu’en disent ses amis.

A vec Facebook Places, on entre dans une nouvelle ère de l’intelligence collective et du partage de bons plans. Tout au bénéfice… de Facebook. Gratuit pour ses membres, « Facebook a un seul moyen de gagner de l’argent, c’est la publicité ciblée », explique Alain Pannetrat, expert en technologies de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), organisme indépendant de protection de la vie privée en France. Il souligne que « leur intérêt économique est d’obtenir un maximum d’informations sur leurs utilisateurs » afin de proposer « une pub sur mesure ».

Il s’agit de qualifier une large audience pour ensuite affiner davantage la stratégie publicitaire. Les gains de Facebook pourraient déjà dépasser le milliard de dollars cette année. Le réseau social se renforce aussi davantage sur l’internet mobile : 150 millions de personnes accèdent régulièrement à Facebook depuis leur smartphone.
Une synchronisation parfaite

Google, « l’entreprise qui détient le plus d’informations sur les individus » aujourd’hui, construit au jour le jour le profil des internautes en suivant leur navigation à l’aide de cookies, rappelle Alain Pannetrat. Google indexe en temps réel les réseaux sociaux, ce qui lui permet de regrouper des informations et d’analyser des habitudes de vie et de consommation, au point de pouvoir prédire où vous êtes susceptible de vous rendre pour pouvoir vous offrir ensuite des publicités encore plus orientées sur vos goûts et vos activités. L’endroit où l’utilisateur se trouve, ce qu’il projette de faire ou de visiter sont autant de renseignements que Google pourra exploiter en faveur des annonceurs.

La géolocalisation permet la rencontre entre un petit annonceur (bar, restaurant) et un client repéré et hyper-ciblé. Ce type de publicité n’a pas besoin d’un gros volume de diffusion. Il présente l’avantage d’être simple à mettre en œuvre et peu coûteux.

Avec la géolocalisation, la publicité n’est plus vécue comme un élément extérieur agressif, elle s’intègre dans l’environnement social de l’utilisateur. Les lieux visités (bars, magasins, musées etc.) peuvent tenir un historique de vos passages pour mieux vous servir et entretenir la fidélité (offres spéciales, bons de réductions, etc.).

La mort de Foursquare ?

Foursquare et Gowalla figurent officiellement comme partenaires de Facebook. Ce dernier propose un service très similaire à ses prédécesseurs si l’on excepte leur aspect plus ludique avec les badges et les « maires », c’est-à-dire les clients les plus fidèles d’un endroit. Les utilisateurs pourront synchroniser les informations publiées sur ces sites avec leur compte Facebook. Foursquare pourrait profiter pour un moment du « buzz » créé autour de ce nouveau service et voir le nombre d’utilisateurs exploser.

La sécurité des données liées aux services de géolocalisation n’est pas tout à fait clairement garantie et d’aucuns décrivent déjà les dangers de ce nouveau service qui pourrait faire la joie, notamment des cambrioleurs.

Facebook Places est une option installée par défaut, opt-out, donc. C’est à l’utilisateur de la désactiver : Facebook considère les utilisateurs comme seuls responsables de ce qu’ils veulent afficher ou pas.

Le droit à l’oubli est quasiment inexistant. Avec des informations difficiles à effacer, on obtient un cocktail qui pourrait s’avérer vraiment toxique pour la vie privée.

Cristina Dascalu (St)

Politique de respect de la vie privée de Facebook : http://www.facebook.com/note.php?note_id=10150163941490301